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RUTH

H.L.Heijkoop

 

Table des matières :

1        Introduction

2        CHAPITRE 1

3        CHAPITRE 2

4        CHAPITRE 3

5        CHAPITRE 4

 

 

 

1         Introduction

Deux livres dans la Bible portent le nom d’une femme : Ruth et Esther. Ruth était une Moabite et Esther, une Juive. Mais toutes deux ont manifesté, dans des circonstances très particulières et de manière inattendue, de la piété et de la fidélité envers Dieu.

Le nom de Ruth revient douze fois dans le livre qui porte son nom. À part cela, nous ne le trouvons qu’une seule fois dans la parole de Dieu ; et à une place tout à fait remarquable : dans la généalogie du Seigneur Jésus (Matt. 1, 5).

Le livre en lui-même est un magnifique exemple de la façon dont le Saint Esprit peut nous entretenir de circonstances domestiques sous une forme qui, tout naturellement, dirige nos pensées sur une vérité importante. Ici, l’attention est attirée sur l’un des titres les plus précieux du Seigneur Jésus : celui de Rédempteur. Le mot hébreu (Goël) revient neuf fois dans ce livre. Il apparaît, en outre, à plusieurs reprises en Ésaïe et ici ou là dans d’autres livres. Il est traduit — suivant le contexte dans lequel il se trouve — par : celui qui rachète, celui qui a le droit de rachat, vengeur, mais le plus souvent par « Rédempteur ». De sorte que, comme l’a dit un autre, le mot à lui seul mériterait une étude.

La place de ce livre — entre les Juges et Samuel — est aussi très particulière. Dans les Juges, nous voyons l’éloignement du peuple ; son incapacité totale de maintenir un témoignage national au seul vrai Dieu au milieu des ténèbres de l’idolâtrie en Canaan et dans les pays environnants. Comme conséquence Dieu place les fils d’Israël sous sa discipline, en permettant que leurs ennemis dominent sur eux (Juges 2, 6-22).

Il est vrai que Dieu intervient toujours à nouveau en grâce : il a suscité des juges qui les libéraient et leur apportaient ainsi un soulagement dans leur oppression. Mais aucun des juges ne les introduisit dans la jouissance paisible de l’héritage que Dieu leur avait donné. Ce n’était chaque fois qu’une restauration partielle. Et même si, dans certains cas et dans certaines circonstances, ces juges ont pu être un type du Seigneur Jésus, ils n’ont manifesté que trop clairement leur imperfection. Même ceux qui ont été les types les plus frappants de Christ, tels Gédéon et Samson, ont entraîné le peuple dans de faux chemins. Le livre de Ruth est lié à celui des Juges par son premier verset : « Et il arriva, dans les jours où les juges jugeaient... ».

Nous trouvons, en revanche, dans le livre de Ruth, quelqu’un qui peut être un rédempteur parfait : Boaz. Son nom signifie : « En lui est la force ». C’est un « homme puissant et riche » (2, 1). Il est le libérateur (ou rédempteur). Il peut racheter complètement et élever jusqu’à lui même Ruth la Moabite qui, faisant partie des ennemis de Dieu, ne possède pas le moindre droit. Il rachète l’héritage et suscite une semence pour jouir de tout l’héritage. Nos regards sont ensuite dirigés sur David qui établira le royaume en puissance et introduira tout le peuple dans le repos du plein héritage. Cela nous amène aux livres de Samuel.

Voilà pourquoi le livre de Ruth commence par la fuite d’Élimélec hors du pays de Dieu et se termine par la mention du nom de David, l’homme selon le cœur de Dieu. Ce court récit sert de trait d’union entre les livres des Juges et de Samuel. Il nous montre que, au sein de la faiblesse, et pendant la ruine et le désordre du temps des Juges, Dieu, dans sa providence, agit en secret pour accomplir ses conseils de grâce : susciter la semence d’Abraham, qui sera la parfaite bénédiction de son peuple et aussi celle de toutes les nations.

Dans ces livres, nous avons sans doute l’histoire d’Israël en type. Dans le livre des Juges, c’est la ruine totale et l’apostasie. « En ces jours-là, il n’y avait pas de roi en Israël ; chacun faisait ce qui était bon à ses yeux » (Juges 21, 25). « C’est moi qu’ils ont rejeté, afin que je ne règne pas sur eux » (1 Sam. 8, 7). Puis, dans le livre de Ruth, nous voyons Christ, le Rédempteur, délivrer le pauvre résidu d’Israël, qui a tout perdu à cause de l’infidélité du peuple (c’est la raison pour laquelle il est représenté par Ruth la Moabite — s’identifiant avec le peuple abandonné (Naomi) qui avait tout perdu sous la discipline de Dieu), le ramener dans la pleine possession de l’héritage et en faire sa femme.

Mais toutes ces choses ne sont-elles pas arrivées à Israël comme types pour nous ? Et n’ont-elles pas « été écrites pour nous servir d’avertissement, à nous que les fins des siècles ont atteints » (1 Cor. 10, 11) ? Est-ce que les principes qui ont amené la ruine d’Israël ne sont pas les mêmes que ceux qui sont à l’origine de la chute et de l’apostasie de l’assemblée ? Et n’en est-il pas exactement de même de la grâce de Dieu qui intervient toujours à nouveau en délivrance, tant dans l’histoire d’Israël que dans celle de l’assemblée ? Ne voyons-nous pas le parallèle entre le livre des Juges et les sept premiers chapitres de 1 Samuel d’une part, et Apocalypse 2 et 3 d’autre part ? Et entre Ruth et Philadelphie en Apocalypse 3, 7-13 ?

C’est sous cette lumière que j’aimerais laisser parler le livre de Ruth : à notre conscience, lorsque nous considérons les dangers et les conséquences de l’abandon de la place que Dieu nous a donnée ; à notre cœur, lorsque nous méditons sur la bonté et la grâce infinies de notre Boaz.

 

2         CHAPITRE 1

Les premiers mots : « Et il arriva, dans les jours où les juges jugeaient » indiquent à quelle époque le récit de notre livre se situe. Le temps des juges s’est étendu sur une longue période ! Il a commencé après la mort de Josué (Juges 2, 6-23) pour aller jusqu’à la fin de la vie de Samuel, au moment où le peuple réclama un roi (1 Sam. 8). Si ces termes ne donnent ainsi aucune indication de temps précise, c’est évidemment dans l’intention de diriger nos pensées sur l’état qui caractérisait cette période.

L’étude du livre des Juges fait clairement apparaître que la suite chronologique des événements s’y termine au chapitre 16. Les chapitres 17 à 21 placent ensuite devant nous, par deux circonstances particulières, l’idolâtrie et l’immoralité qui caractérisaient le peuple. Et Dieu a pris soin de nous montrer d’une part qu’il en était ainsi, non pas seulement à la fin du temps des juges comme résultat du désordre et de la domination des peuples étrangers, mais déjà immédiatement après la mort de Josué et des anciens ; et d’autre part que la ruine était générale et ne se limitait pas uniquement au commun du peuple. Le jeune lévite de Juges 17 et 18 était un petit-fils de Moïse (18, 30). C’est lui qui a introduit l’idolâtrie dans la tribu de Dan où elle s’est maintenue jusqu’à la transportation des dix tribus, six siècles plus tard. Et les circonstances des chapitres 19 à 21 se sont-déroulées alors que Phinées, le petit-fils d’Aaron, était souverain sacrificateur. Qu’était-il advenu du zèle pour Dieu qu’il avait manifesté dans le désert (Nomb. 25, 1-13) ? La mention de ces noms montre clairement que ces événements se sont produits au début du temps des juges.

Dans ces cinq derniers chapitres des Juges, il est dit quatre fois qu’en ces jours-là, il n’y avait pas de roi en Israël (17, 6 ; 18, 1 ; 19, 1 ; 21, 25) ; et deux fois il est ajouté : « Chacun faisait ce qui était bon à ses yeux ».

Est-il surprenant qu’il y ait eu une famine dans le pays, en de tels jours ? Ce n’était certes pas un état normal ! Parlant de Canaan, Dieu avait dit au peuple que c’était un pays ruisselant de lait et de miel, « un pays où tu ne mangeras pas ton pain dans la pauvreté », un pays qui « boit l’eau de la pluie des cieux — un pays dont l’Éternel, ton Dieu, a soin, sur lequel l’Éternel, ton Dieu, a continuellement les yeux, depuis le commencement de l’année jusqu’à la fin de l’année » (Deut. 8, 9 ; 11, 11, 12) ! Mais dans ce même chapitre et dans d’autres, Dieu avait déclaré que si le peuple se détournait de Lui, il fermerait les cieux, « en sorte qu’il n’y ait pas de pluie, et que la terre ne donne pas son rapport, et que vous périssiez rapidement de dessus ce bon pays que l’Éternel vous donne ». Est-ce que Dieu, dans son juste gouvernement, ne se devait pas d’envoyer la famine, lorsque le peuple se détourna de Lui pour servir d’autres dieux ? Et ne devait-il pas aussi le faire, afin de réveiller les consciences et de produire la repentance ?

En ces temps-là, la famille dont nous parlent ces versets séjournait à Bethléhem de Juda. Il s’agissait d’Élimélec, l’Éphratien, de sa femme Naomi et de leurs fils Makhlon et Kilion. Les noms de ces quatre personnes ne se retrouvent nulle part ailleurs dans la parole de Dieu. Les premiers versets de Héb. 7 ne nous indiquent-ils pas dans quelle intention Dieu donne, dans sa Parole, des noms qui, en eux-mêmes, n’auraient pour nous aucune signification ? Bethléhem signifie « maison du pain » ; Juda : « Il sera loué » ; Éphrata : « lieu de fertilité » ; Élimélec : « mon Dieu est roi » ; Naomi : « ma gracieuse, mes délices ; ma bien-aimée ou ma joie ».

Ces noms ne présentent-ils pas une magnifique image de ce que Dieu a donné à son peuple ? à Israël, mais également à l’Assemblée ! Il y a un lieu où le Seigneur a, si j’ose m’exprimer ainsi, ses greniers, et où, par conséquent, il y a du pain en abondance (Michée 5, 2 ; Jean 6, 32-58). Ce lieu est aussi celui de l’adoration, le lieu où la louange et les actions de grâces sont apportées au Seigneur. Et combien ce lieu est fertile ! Quels fruits y sont produits ! Et c’est là que demeurent un homme qui, par son nom, proclame que son Dieu est roi, bien qu’il n’y ait pas de roi en Israël, et que même Israël ait rejeté son roi (1 Sam. 8, 7), et une femme qui est les délices de Dieu, la joie de Dieu.

Sommes-nous assez conscients de la beauté du lieu où le Seigneur Jésus rassemble les siens autour de Lui (Matt. 18, 20) ? Où le Seigneur a sa maison du pain, pour nourrir sans cesse nos âmes de Lui-même ? Où nous pouvons Lui apporter la louange et les actions de grâces de nos cœurs ; oui, où nous pouvons l’adorer ? Où il est au milieu de ceux qui le confessent comme Seigneur (Rom. 10, 9) ? Réalisons-nous ce que cela signifie pour Lui de trouver dans ce lieu des personnes qui y sont véritablement de cœur ? C’est en cela qu’il a sa joie ; ce sont là ses délices.

Mais Dieu veut la vérité dans l’homme intérieur ! Lorsque nous nous trouvons dans le lieu de la bénédiction et que nous y jouissons de ce que le Seigneur donne ; lorsque nous Lui adressons des cantiques et des actions de grâces, il regarde si nos cœurs sont sincères ou si nos paroles ne vont pas au-delà de l’état pratique de notre cœur. Il nous connaît et nous sonde ! Et dans son gouvernement, il doit parfois envoyer une famine, pour nous amener à revenir à nous-mêmes et à nous placer dans sa lumière pour nous juger.

N’en avons-nous pas fait l’expérience ? N’avons-nous jamais éprouvé, à Bethléhem — la maison du pain — que nous restions insatisfaits, que nous ne recevions point de nourriture ? Qu’avons-nous alors fait ? Ce n’est pas un état normal, lorsque nous nous trouvons dans le lieu où nous sommes rassemblés autour du Seigneur, que de rester sur notre faim. Nous sommes-nous alors tournés vers le Seigneur pour apprendre de Lui pourquoi il en était ainsi ? Si oui, il nous l’a certainement indiqué ! Mon cœur s’était-il détourné de Lui et ne trouvait-il dès lors plus aucune jouissance dans le pain céleste qu’il donne ? ou nous étions-nous éloignés ensemble de Lui de sorte que, dans son gouvernement, il a dû « briser le bâton du pain » ?

Ou bien avons-nous peut-être agi comme Élimélec qui, malgré son beau nom — mon Dieu est roi — a suivi son propre chemin et a fui la maison du pain où régnait alors la famine ? Élimélec n’a pas recherché la cause de cette famine. Et maintenant que Dieu envoyait une épreuve, la valeur de sa profession se manifestait. Il ne s’enquit pas de la volonté de Dieu, mais se chercha un lieu où il pensait trouver de la nourriture.

Nous pouvons professer d’une manière très belle que le Seigneur Jésus est notre Seigneur. Nous pouvons confesser être assemblés au nom du Seigneur Jésus (en prenant là notre place, ou même en en rendant témoignage ou peut-être encore en nous en glorifiant un peu) ; nous pouvons témoigner ainsi que nous sommes assemblés à son nom, c’est-à-dire que nous sommes là où il est l’hôte, là où sa volonté seule fait autorité et où nous n’avons rien à dire. Mais cela correspond-il à la réalité ? Reconnaissons-nous en pratique dans le rassemblement, dans la vie d’assemblée (et dans notre vie privée) qu’il est le Seigneur et que la seule chose qu’il nous convient de faire est de demander : Seigneur, que veux-tu que nous fassions ? (que je fasse ?) et alors, ne faisons-nous que ce qu’il attend de nous ? Dieu cherche la vérité dans le cœur !

Dieu — et l’Israélite spirituel aussi — avait déjà discerné que quelque chose n’allait pas dans la vie de foi d’Élimélec. Pourquoi avait-il appelé ses fils Makhlon (maladie) et Kilion (douleur, épuisement, consomption) ? Ce n’était pas une manifestation de foi. Ni davantage le signe d’un bon état. Combien souvent ne voit-on pas, à notre famille, que quelque chose n’est pas en ordre. Dans combien de cas le déclin manifeste ne commence-t-il pas dans la famille, en ce qu’on laisse trop de liberté aux enfants. Cela prouve en tout premier que quelque chose fait défaut chez les parents. Comparer Nomb. 11, 10 :

« Et Moïse entendit le peuple pleurant, selon ses familles » !

Dieu envoie alors une grande épreuve : il y a une famine dans le pays. Que va faire Élimélec ? Agira-t-il en accord avec le témoignage qu’il avait rendu pendant si longtemps déjà — pendant toute sa vie : mon Dieu est roi ? Ce n’était apparemment qu’une profession de la bouche et non pas une réalité dans le cœur ! Élimélec ne recherche pas la volonté de l’Éternel. Il quitte la maison du pain — le lieu de l’adoration et du fruit véritable.

Il peut certes alléguer d’excellentes excuses pour prouver qu’il ne fait rien de mal. Est-ce que, peu de temps auparavant, le petit-fils de Moïse, le lévite, n’avait pas aussi quitté Bethléhem de Juda (Juges 17, 8) ? Ce que fait un petit-fils du grand Moïse, un homme qui était également un lévite, ne peut pourtant pas être faux ! Abraham lui-même, le père des croyants, n’est-il pas sorti du pays — et même pour aller en Égypte — alors que la famine régnait dans le pays (Gen. 12, 10) ? Et ne pensant qu’à ses aises, Élimélec oublie les tristes résultats du comportement de Jonathan et d’Abraham.

Il ne va d’ailleurs pas en Égypte, mais dans les champs de Moab, à une cinquantaine de kilomètres seulement. Moab n’est-il pas apparenté à Israël ? Et les champs de Moab ne sont-ils pas des lieux bénis ? Balaam, inspiré par l’Esprit de Dieu, n’a-t-il pas dit en voyant le peuple dans ces mêmes plaines de Moab : « Que tes tentes sont belles, ô Jacob ! et tes demeures, ô Israël ! Comme des vallées elles s’étendent, comme des jardins auprès d’un fleuve, comme des arbres d’aloès que l’Éternel a plantés, comme des cèdres auprès des eaux » (Nombres 24, 5, 6) et : « L’Éternel, son Dieu, est avec lui, et un chant de triomphe royal est au milieu de lui » (Nomb. 23, 21).

N’est-ce pas dans les plaines de Moab que Moïse a donné presque toutes les ordonnances du livre des Nombres, à partir du chap. 22, 1, et tout le Deutéronome ? Et de plus, Élimélec n’a pas l’intention de quitter définitivement Bethléhem et le pays ! Il ne veut pas davantage s’allier avec les Moabites ! Il ne compte y séjourner que pendant une courte période, comme étranger, tant que durera la famine dans le pays ; et ensuite, il veut rentrer.

Toutes ces choses sont vraies et pourtant c’est de la désobéissance flagrante envers Dieu. Élimélec ne s’était pas inquiété de la volonté de Dieu, sinon il ne serait jamais parti. Dieu avait donné le pays à son peuple, afin qu’il y demeurât à toujours. Les champs de Moab pouvaient n’être qu’à une faible distance de Bethléhem : le Jourdain était entre eux deux. Pour entrer dans le pays de Canaan et par conséquent pour venir à Bethléhem, il faut traverser le Jourdain — en type, être mort et ressuscité avec Christ (*). Cela n’était pas nécessaire pour Moab.

 

(*) Le Jourdain parle de la réalisation dans notre cœur et dans notre vie, par le Saint Esprit, de notre mort avec Christ et de notre résurrection avec Lui. La mer Rouge, de l’œuvre positive de Dieu par laquelle nous sommes délivrés — Christ mort et ressuscité pour nous. La mer Rouge nous conduit hors d’Égypte, dans le désert. Le Jourdain ne nous introduit pas dans le désert, mais dans le pays : les lieux célestes de l’épître aux Éphésiens.

 

L’homme animal peut y entrer ! Et certes, Moab est apparenté à Israël, tant du côté maternel que du côté paternel. Mais c’était le fruit d’une union contre nature, engendré dans l’ivresse et l’inceste (Gen. 19, 30-38). Le dieu Kemosh de Moab n’était pas l’Éternel ! Le nom « Moab » signifie : « du père », mais aussi : « quel père ? ». À qui appartenait Moab ? Pas à l’Éternel ! L’Éternel l’avait en telle abomination qu’il avait interdit à Israël de laisser entrer un seul Moabite dans la congrégation de l’Éternel ; même leur dixième génération ne devait pas y entrer. En revanche, Israël ne devait pas avoir en abomination l’Égyptien, avec lequel il n’avait pas de lien de parenté, et il pouvait laisser entrer sa troisième génération dans la congrégation de l’Éternel (Dent. 23, 3-8). Et même si les Moabites étaient disposés à recevoir amicalement un Israélite qui s’enfuyait de son pays pour venir séjourner parmi eux, ils n’en demeuraient pas moins réellement les ennemis les plus acharnés du peuple de Dieu. N’avaient-ils pas fait tout ce qui était en leur pouvoir pour anéantir le peuple de Dieu, par des sorcelleries, en l’entraînant dans l’immoralité, l’idolâtrie et les guerres (Nomb. 22-25 ; Juges 3, 12-14) ? Et dans l’avenir, il en sera de même ! Le Ps. 83 les cite parmi les peuples qui se diront l’un à l’autre : « Venez, et exterminons-les, de sorte qu’ils ne soient plus une nation et qu’on ne fasse plus mention du nom d’Israël ». N’entendons‑nous pas, de nos jours déjà, ces paroles menaçantes parmi les peuples arabes qui formeront bientôt cette puissante confédération ? « Tu ne chercheras jamais leur paix, ni leur prospérité, tous tes jours », avait dit Dieu.

Les champs de Moab avaient certes été des lieux bénis autrefois, avant que le peuple entrât dans le pays. Mais maintenant, ils ne l’étaient plus. Dieu avait conduit son peuple plus loin, dans le plein héritage, dans le pays. Retourner en arrière, aux choses anciennes, après que Dieu a conduit plus avant, c’est dédaigner les bénédictions de Dieu, mépriser l’amour et la grâce de Dieu. « C’est pourquoi, laissant la parole du commencement du Christ, avançons vers l’état d’hommes faits » (Héb. 6, 1).

Sommes-nous meilleurs qu’Élimélec ? Ne cherchons-nous pas parfois mille raisons pour justifier qu’il n’y a pas de mal à quitter « le lieu » ? Mais aucun de ces motifs ne tient devant Dieu. C’est précisément ce qui semble être apparenté au peuple de Dieu, ce qui a la forme du témoignage de Dieu, mais ne l’est pas, parce que cela vient de l’homme animal et que l’autorité du Seigneur Jésus n’y est pas la seule règle ; ce qui, extérieurement, paraît être lié au témoignage de Dieu, au peuple de Dieu qui est rassemblé au nom du Seigneur Jésus — c’est précisément cela que Dieu hait le plus — ce qu’il ne peut pas supporter en rapport avec son peuple !

Aucun raisonnement ne tient devant Dieu, sinon son commandement ! Nous n’avons qu’à obéir ! Élimélec n’est pas allé à Moab afin de croître, avec sa famille, dans la connaissance de Dieu. Ni davantage afin de glorifier là le Seigneur au milieu des coutumes et des voies du monde (chrétien). Il s’y était rendu pour satisfaire ses propres désirs naturels. Si nous examinions nos motifs à la lumière de Dieu, nos véritables mobiles seraient vite manifestés — est-ce vraiment seulement obéissance ? Si Dieu retient sa pluie de Bethléhem, parce qu’il n’y est pas honoré, l’est-il donc plus en Moab ? La famine fournissait justement à Élimélec l’occasion de montrer sa foi par ses œuvres (Jacq. 2, 18).

Mais de plus, n’y avait-il aucune disposition pour les pauvres dans les statuts et les ordonnances de la parole de Dieu ? Voir par exemple : Deut. 15, 7-11 ; 24, 12, etc. Et n’y avait-il pas à Bethléhem un libérateur puissant et riche, qui était prêt à aider ? Ils le connaissaient et ils connaissaient aussi ses sentiments ! Lorsque plus tard, sous la discipline de Dieu, Naomi revient dans le pays, nous voyons l’effet produit sur elle quand Ruth mentionne le nom de Boaz. Ils s’en étaient allés uniquement parce qu’ils ne pensaient pas à lui et parce qu’ils n’avaient pas confiance en lui. N’en est-il pas de même pour nous ? Irions-nous notre propre chemin pour nous sortir de difficultés, si nous pensions davantage au Seigneur, notre vrai Boaz, si nous avions davantage confiance en Lui ?

Quel était le motif profond qui poussa Élimélec et Naomi à s’en aller à Moab ? Dans ces temps angoissants, alors que les difficultés s’ajoutaient les unes aux autres et que les voisins n’étaient d’aucun secours, les circonstances parurent insurmontables à leur foi. Ils ne sont pas les seuls à avoir fait une telle expérience. Combien nombreux sont ceux qui, bien que sauvés par la foi, chancellent à l’heure de l’épreuve, pour ce qui en est de la marche par la foi. Combien de personnes se confient en Dieu pour le salut de leur âme, mais sont craintives et inquiètes quant aux besoins de leur famille. Celui qui a dit : « Je ne te laisserai point et je ne t’abandonnerai point », n’est-il donc plus là ? Quelle immense perte de connaissance, de la connaissance que nous avions même acquise une fois, lorsque le vrai Libérateur est oublié et que le cœur languit après le monde !

Comme chacun de nous, Élimélec avait besoin du secours de Dieu. Il pouvait bien y avoir de la nourriture en Moab ; mais la vie, le souffle, toutes choses sont dans la main de l’Éternel. Se détourner de Lui et perdre la vie et le souffle en cherchant de la nourriture est de la folie et pire encore. Pourtant tel était en fait le chemin choisi par Élimélec. Et hélas ! c’est la voie que suivent beaucoup d’autres. L’intention d’Élimélec était de séjourner comme étranger seulement dans les champs de Moab. Mais il y mourut et ses fils s’y établirent et épousèrent des femmes moabites. Le père cherche les choses du monde ; les enfants, le monde lui-même. La mort intervient et réduit tous leurs plans à néant. N’est-ce pas l’expérience de plusieurs ? Qui n’a jamais été témoin de telles choses ? « Il y a telle voie qui semble droite à un homme, mais des voies de mort en sont la fin » (Prov. 14, 12 16, 25). Quelle différence lorsque nous agissons comme les Israélites en Nombres 9, 15-23 !

Élimélec chercha à échapper à la discipline de Dieu et il tomba dans le piège de Satan. Il en sera toujours ainsi. Dieu dit à Israël : « Comme si un homme s’enfuyait de devant un lion, et qu’un ours le rencontrât ; ou qu’il entrât dans la maison et appuyât sa main contre le mur, et qu’un serpent le mordît » (Amos 5, 19). Si nous agissons selon notre propre volonté nous ferons l’expérience que « ce qu’un homme sème, cela aussi il le moissonnera. Car celui qui sème pour sa propre chair moissonnera de la chair la corruption ; mais celui qui sème pour l’Esprit moissonnera de l’Esprit la vie éternelle » (Gal. 6, 7, 8). Élimélec se détourna de la source de la vie et il découvrit que la coupe qu’il s’était préparée était remplie de mort, une triste mort — expérience que Jonas fit aussi une fois. C’est le comble de la folie de s’imaginer que nous pouvons marcher avec Dieu, alors que nous allons notre propre chemin, sans nous enquérir de ses voies. « Ne soyez pas séduits ; on ne se moque pas de Dieu » !

Quelle différence nous présente le Seigneur Jésus ! Lorsqu’il eut faim et que Satan voulut l’inciter à s’engager, comme le fit Élimélec, sur un chemin de propre volonté, en faisant que des pierres deviennent du pain, il répondit : « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Matt. 4, 4 ; Deut. 8, 3). Élimélec avait-il oublié ces paroles prononcées par Moïse si peu de temps auparavant ? L’Écriture nous invite à suivre les traces du Seigneur Jésus (1 Pierre 2, 21).

Il y avait du pain en Moab. Et aussi du vin, image de la joie. Voir 2 Rois 3, 4 ; Ésaïe 16 ; Jér. 48. Il y avait de grands troupeaux, et par conséquent des pâturages, des champs à cultiver et des vignes. N’y avait-il donc pas de nombreux points communs avec Canaan, le pays ruisselant de lait et de miel, où mûrissaient de si grosses grappes de raisins (Deut. 11, 10-15 ; Nomb. 13, 24) ? Mais il y avait plus ! Moab était très hautain et orgueilleux. Et les hautes pensées qu’il avait de lui-même paraissaient fondées. Car, contrairement à Israël, il n’avait connu ni la captivité, ni les épreuves. « Moab a été à son aise dès sa jeunesse, et tranquille sur sa lie ; il n’a pas été versé de vase en vase, et il n’est pas allé en captivité : c’est pourquoi son goût lui est demeuré, et son parfum ne s’est point changé » (Ésaïe 16, 6 ; Jér. 48, 11). Est-ce que le cœur qui ne se tient pas près du Seigneur Jésus ne désire pas éviter toutes les difficultés et toutes les épreuves de la foi, et se reposer dans la tranquillité ?

Ce ne sont toutefois pas là les voies de Dieu. « Celui que le Seigneur aime, il le discipline, et il fouette tout fils qu’il agrée. » « Si vous êtes sans la discipline à laquelle tous participent, alors vous êtes des bâtards et non pas des fils » (Héb. 12, 5-11). Et où y a-t-il plus d’épreuves et d’exercices pour la foi que précisément dans le lieu où les enfants de Dieu sont assemblés au nom du Seigneur Jésus ?

Lorsque les croyants possèdent des statuts ecclésiastiques et une confession, établis par des hommes (quand bien même ils sont persuadés que ceux-ci sont tout à fait conformes à la parole de Dieu), ils ont des directives qu’ils n’ont qu’à suivre dans toutes les situations pouvant se présenter et auxquelles ils peuvent se référer en cas d’objections. Mais s’ils sont assemblés à son Nom, reconnaissant par là que Lui seul a autorité et qu’ils n’ont qu’à exécuter ce qu’il leur commande dans chaque cas particulier, il en va tout autrement. Pour toute demande d’admission à la Table du Seigneur, il faut alors s’enquérir : « Seigneur, que veux-tu que nous fassions ? » Pour toute chose, qu’elle soit grande ou qu’elle soit petite, il faut demander au Seigneur ce qu’il veut que nous fassions dans ce cas précis. Toute décision de l’assemblée et toute décision de la réunion de frères pour ce qui concerne les questions administratives, doivent se réduire à une seule expression : « Telle est la pensée du Seigneur ». Les entretiens ne seront alors plus un simple échange de pensées personnelles, mais une recherche en commun de la volonté du Seigneur. Ce sont des exercices de cœur, afin de n’exprimer aucune opinion propre, mais d’apprendre à véritablement discerner la pensée du Seigneur, dans ce cas particulier.

Si un règlement d’église spécifie comment les réunions doivent se dérouler et qui doit prendre une part active dans le service, il n’y a, à cet égard, plus guère de difficultés. Mais là où la direction est laissée au Saint Esprit ; là où personne n’a le droit d’agir si ce n’est le Saint Esprit, pour faire ce qu’il veut et par qui il veut, alors commencent les exercices de cœur. Comment pouvons-nous connaître la direction de l’Esprit si nous ne nous tenons pas près du Seigneur et ne nous plaçons pas consciemment sous sa conduite ? Comment pouvons-nous savoir, chacun pour soi, si le Saint Esprit veut nous employer en cet instant, et pour quoi ? Pour cela il faut être dépendant et vigilant, mais aussi se tenir à la disposition du Saint Esprit, afin de pouvoir être employé par lui. Et comment l’assemblée sait-elle si ce qu’un frère fait est réellement produit par le Saint Esprit ? Il faut être près du Seigneur et aussi être spirituel pour discerner la direction du Saint Esprit. Et comment faut-il agir si la chair se manifeste ? Et où la chair a-t-elle plus l’occasion de se manifester que là où une pleine liberté est laissée au Saint Esprit ? Il n’y a pas d’endroit où la chair trouve davantage d’occasions d’agir que là où tout doit être de l’Esprit et spirituel. Il n’y a pas d’endroit où Satan cherche davantage à tout gâter que précisément là où les croyants professent que le Seigneur Jésus a toute autorité et qu’ils n’ont, eux-mêmes, rien à dire. Et ceux qui sont assemblés ainsi sont encore des hommes sur la terre. Ils ont encore la chair en eux et sont parfois encore, hélas ! charnels. Parmi eux aussi se sont glissés, sans doute à cause de leur manque de dépendance au Seigneur, des agents de Satan, déguisés en anges de lumière.

Comment l’assemblée doit-elle agir si la chair se manifeste ? Comment savoir si ce n’est pas peut-être un manque de connaissance, de la faiblesse, chez un frère bien intentionné, ou si c’est l’activité de la volonté propre ? Dans le premier cas, il faut avoir de la patience et chercher à instruire dans l’amour ; la seconde éventualité ne doit en aucune façon être tolérée ; mais là aussi, il faut agir d’une manière spirituelle.

Comment pouvons-nous savoir, chacun individuellement, de quelle manière agir quant à notre responsabilité envers le Seigneur, lorsque des faiblesses ou des activités de la chair et de la volonté propre se manifestent au milieu des croyants ? Où est la limite entre la patience et l’obligation de se séparer selon sa volonté, de vases à déshonneur ?

Tels sont les exercices de la foi et de la vie spirituelle qui se rencontrent à Bethléhem de Juda. Et Dieu l’a voulu ainsi. Il connaissait la folie de nos cœurs enclins à l’indépendance. Aussi ne nous a-t-il pas donné pour l’assemblée un code dans lequel nous aurions trouvé pour chaque cas particulier un article nous indiquant comment agir. Le Nouveau Testament contient surtout des principes, de sorte que toujours à nouveau se pose la question : comment le principe (et quel principe) doit être appliqué dans ce cas ? Et si le Saint Esprit habite dans chaque croyant et dans l’assemblée, c’est afin que nous puissions recevoir sans équivoque possible la réponse divine, mais seulement si nous prêtons attention à la voix douce du Saint Esprit. Et nous ne le pouvons que lorsqu’il n’y a rien de non jugé dans notre cœur ou dans notre vie ; lorsque nous sommes en communion pratique avec le Seigneur.

Ces exercices n’existent pas en Moab. Moab a été à son aise dès sa jeunesse, et tranquille sur sa lie, comme nous l’avons lu. Est-ce que le cœur naturel n’aspire pas à ce repos ? Surtout lorsque le combat spirituel a été intense et long, et que nous nous sommes lassés ? Élimélec laissa les difficultés pour le repos de Moab ; et il pensait trouver là, en plus du pain, le lait et le vin (la joie).

Il y a certes des vignes en Moab. Mais ce ne sont pas le moût et l’huile que l’Éternel donne à son peuple dans son pays (Deut. 11, 14). Les fruits de la vigne sauvage peuvent bien servir de nourriture, mais ils ne produisent que la mort (2 Rois 4, 38-40). Il y a du pain en Moab, mais est-il l’aliment du nouvel homme ? C’est le pain de l’homme animal, de ceux qui n’ont pas traversé le Jourdain, c’est-à-dire, qui ne sont pas morts et ressuscités avec Christ. Le nouvel homme, l’homme de la résurrection, a besoin d’une autre nourriture, le blé que Dieu donne — celui qui a crû dans le pays, fertilisé par la pluie du ciel (le Saint Esprit) (Deut. 11, 11-14 ; Josué 5, 2-12 ; 2 Rois 4, 41).

Élimélec ne voyait pas la différence entre le pain de Moab et celui de Bethléhem. Comment le croyant aurait-il une vision juste et claire si son œil n’est plus fixé sur le Seigneur seul ? Lorsque l’œil est simple, le corps tout entier est plein de lumière — mais alors seulement ! Élimélec l’a découvert — trop tard pour lui, hélas ! Mais ces choses n’ont-elles pas été écrites pur nous servir d’avertissement à nous que les fins des siècles ont atteints (1 Cor. 10, 11) ?

Dans les types de l’Écriture, la femme est généralement en rapport avec la position, et l’homme, avec l’énergie de la foi (ou l’insuffisance de cette énergie) dans les circonstances où l’homme est considéré comme type ; d’une manière générale donc, avec l’état pratique de ceux qui se trouvent dans cette position. Cela se vérifie une fois encore avec Élimélec et Naomi. Élimélec — la profession de « mon Dieu est roi » — meurt bientôt. Lorsque, dans la désobéissance pratique et la volonté propre, nous quittons le lieu, nous pouvons encore maintenir, au début, l’apparence d’une belle profession. Mais lorsque nous nous engageons sur un chemin qui éloigne de Dieu, où aboutirons-nous si Dieu, dans sa grâce, ne nous rencontre et ne nous ramène sous sa discipline ? Le premier pas n’est peut-être qu’un tout petit écart, un écart si petit que notre cœur endurci ne remarque pas qu’une distance s’est établie entre le Seigneur et nous. Mais la fin sera la perdition éternelle, la séparation éternelle d’avec Dieu, à moins que le Seigneur ne nous arrête avant ce moment !

La vie du témoignage végète dès qu’elle se trouve en Moab et qu’elle cherche à se nourrir du pain de Moab. Puis elle s’éteint tout à fait ; elle meurt ! Ce qui subsiste, c’est le féminin, la position publique ; une veuve sans espérance, sans la moindre manifestation de vie, sans aucune possibilité de produire du fruit ; sans espoir de changement. Quelle différence lorsque nous reportons nos pensées à Bethléhem de Juda — la maison du pain comme lieu de l’adoration, et le témoignage vivant de l’autorité de Dieu, du Seigneur, là dans un milieu où « il n’y avait pas de roi en Israël ; chacun faisait ce qui était bon à ses yeux » ; c’est là qu’était la position publique : « Naomi » — ma gracieuse, ma joie. Elle est maintenant devenue « Mara » — amère.

En chaque croyant, il y a cet attrait pour Moab ! J’ai lu une fois l’histoire d’une brebis qui chaque fois qu’elle entendait une chèvre, voulait s’échapper du troupeau. Le berger racontait que la brebis avait été nourrie par une chèvre jusqu’à ce qu’elle ait pu brouter seule. Elle avait alors été ajoutée au troupeau de moutons et vivait parmi les moutons. Mais chaque fois qu’elle entendait la voix d’une chèvre, elle cherchait à quitter le troupeau. N’en est-il pas ainsi de nous ?

Que Dieu nous accorde de ne pas nous éloigner du Berger. Lorsqu’un vrai croyant fait un faux pas, il revient ; mais toujours avec une grosse perte pour lui-même, pour ceux qu’il aime et pour le témoignage. Pensons à Abraham en Gen. 12. Le Pharaon n’a-t-il pas dû le tenir pour un menteur, un homme en qui il ne pouvait pas avoir confiance ? Quel préjudice pour le témoignage du Dieu d’Abraham. Est-ce que le choix de Lot se serait porté sur les plaines de Sodome et Gomorrhe si Abraham ne l’avait pas emmené avec lui en Égypte ? Lot vit la plaine du Jourdain comme le jardin de l’Éternel, comme le pays d’Égypte. Il ne discernait plus la différence entre l’Égypte et le paradis. Et plus encore la triste histoire d’Agar et d’Ismaël n’était-elle pas le résultat du séjour d’Abraham en Égypte et de son mensonge au Pharaon ? Aujourd’hui encore les Juifs subissent les conséquences pénibles de la conduite d’Abraham. Combien nous pensons peu au danger d’un premier faux pas et de ses suites. Les parents chrétiens reviennent peut-être en arrière lorsqu’ils se sont écartés ; leurs enfants, rarement ou jamais. Élimélec voulait séjourner peu de temps, comme étranger, en Moab. Ses fils s’y établirent et prirent des femmes moabites. Ils étaient perdus pour le peuple de Dieu. Si des enfants leur étaient nés — Dieu ne l’a pas permis — ils auraient fait partie des ennemis de Dieu, car aucun Moabite ne devait entrer dans la congrégation de l’Éternel, même pas leur dixième génération. Mais de plus, ils habitaient en Moab (voir notamment Néhémie 13). Et aussi l’héritage était à jamais perdu.

Nous rencontrons parfois des personnes qui rendent un magnifique témoignage. On pourrait penser que ce sont des anges venus du ciel. Mais ensuite, elles font une chute et paraissent ne jamais devoir se relever. Les vrais croyants se relèvent. Nous le verrons en Naomi. En Gen. 8, 6-9, le corbeau et la colombe s’envolèrent tous deux de l’arche. La colombe revint, mais non le corbeau, car il avait une autre nature que la colombe. Il pouvait trouver tant le repos que la nourriture parmi les cadavres qui flottaient à la surface des eaux du jugement.

Ne pensons pas que le danger que des corbeaux s’introduisent parmi ceux qui portent le nom de « frères » n’existe pas. Celui qui a peut-être été le plus grand incrédule de la seconde moitié du siècle passé avait été auparavant, pendant quelques années, en communion à la Table du Seigneur et son ministère était très apprécié. C’était un disciple de J. N. Darby. Par la suite, il se rendit en Perse, comme missionnaire, avec quelques-uns des premiers frères. À son retour, il fut accueilli avec réserve, car certains bruits circulaient à son sujet. Ses réponses aux questions qui lui furent posées étaient celles d’un incrédule. Son exclusion de la Table du Seigneur suscita une tempête de protestations chez plusieurs qui le tenaient pour un cher croyant et qui trouvaient qu’il parlait si bien. Il se joignit à certaines églises libres qui le reçurent à bras ouverts, d’autant plus qu’il ne ménageait pas ses critiques à l’égard des frères. Il prêcha encore pendant quelques années et laissa enfin tomber le masque en publiant un livre d’une incrédulité totale : « Phases de la foi ». Il tomba dans un rationalisme complet et mourut dans cet état, pour autant que nous le savons. C’était le frère du cardinal bien connu, Newman.

Nous voyons donc Naomi en Moab. Son foyer s’est éteint : elle n’a plus de nom, ni d’héritiers sur la terre. Quel témoignage de la perte de la bénédiction qui était pour toute la création. Est-ce qu’un tel état aurait été possible avant la chute ? Rencontre-t-on aujourd’hui quelque chose de plus commun ? Pour une création ruinée, il ne peut y avoir de bénédiction que sur le terrain de la rédemption. Naomi aurait dû le savoir, par le livre de l’Exode. Mais Dieu, dans sa grâce, se sert de son manquement pour la faire entrer dans une vérité beaucoup plus profonde. Elle apprendra à connaître non seulement la rédemption, mais, en type, le Rédempteur Lui-même.

Quand nous la considérons ainsi, ne pensons-nous pas tout de suite aux paroles du Seigneur à Sardes en Apoc. 3 : « Tu as le nom de vivre, et tu es mort. Sois vigilant, et affermis ce qui reste, qui s’en va mourir ». N’avons-nous pas là une description frappante de l’état de cette famille. Le nom de famille pouvait bien encore être Élimélec — mon Dieu est roi. Mais tous les hommes, tant Élimélec lui-même que ses fils, sont morts. Il ne reste qu’une veuve n’ayant point d’autre avenir qu’une mort solitaire. Voilà le résultat d’un séjour de dix ans en Moab. Nous savons que dix est le chiffre de la responsabilité. Cinq est celui de l’homme (quatre) soutenu et contrôlé par Dieu (un) ; c’est ainsi la responsabilité de la créature envers le Créateur qui veut lui aider à y répondre ; mais cela comporte des exigences. Dix égale deux fois cinq, donc la manifestation complète de la responsabilité.

N’y a-t-il pas toujours manquement total, chaque fois que Dieu confie quelque chose à notre responsabilité ? Seule la grâce peut nous garder. Combien n’avons-nous pas lieu d’être reconnaissants de ce que, lorsque nous avons tout gâté, la grâce intervient toujours à nouveau et donne une porte ouverte. Non pas un retour à ce que nous avons gâté. Mais la grâce donnera toujours autre chose ; et le plus souvent, quelque chose de meilleur que ce que nous possédions auparavant. Sardes ne se repentant pas, Dieu a donné une porte ouverte. Non pas toutefois pour revenir au début de Sardes, mais une porte sur Philadelphie.

La porte ouverte de Philadelphie ne signifie pas la liberté d’annoncer l’Évangile. Elle n’a rien à faire avec cela. Même lorsqu’il s’agit de l’Évangile, une porte ouverte ne signifie pas qu’il n’y a pas d’opposition ; mais bien plutôt le contraire. L’apôtre Paul écrit : « Car une porte grande et efficace m’est ouverte, et il y a beaucoup d’adversaires » (1 Cor. 16, 9). Une porte ouverte veut dire que le Seigneur montre clairement quel chemin nous avons à suivre. Et dans un monde où Satan règne, cela impliquera toujours une forte opposition et de grosses difficultés.

En Apoc. 2 et 3, il s’agit de la place de l’Assemblée comme témoin responsable du Seigneur Jésus et de Dieu. Et précisément les trois dernières assemblées, Sardes, Philadelphie et Laodicée, ont plus particulièrement ce caractère. La porte ouverte est en relation avec cela. C’est la lumière que Dieu a donnée à Philadelphie quant à la manière d’être un vrai témoignage sur la terre, dans des temps où ce qui prétend être l’assemblée (église), Thyatire et Sardes, est mis de côté en tant que tel par Dieu.

C’est ce que nous trouvons ici dans le livre de Ruth. Dans les premiers versets, nous avons vu une allusion à la place que l’assemblée sur la terre aurait dû occuper, mais qu’elle a abandonnée. Et maintenant, dans le pays de Moab, après que Naomi a fait l’expérience des conséquences de ses voies, Dieu ouvre la porte à la restauration : il fait entendre que Dieu a visité son peuple pour lui donner du pain.

Oui, il y a restauration lorsque nous nous sommes écartés. Mais seulement une fois que nous avons appris quelles sont les conséquences de notre égarement ; lorsque nous avons vraiment vu que la fin d’un chemin de propre volonté est la mort ; lorsque nous nous tenons, humiliés, devant Dieu et que nos pauvres cœurs ont appris que le pain ne se trouve qu’auprès de Dieu.

Quels exercices de cœur ne voyons-nous pas chez Naomi. Lorsqu’elle avait quitté Bethléhem, elle se croyait pauvre et elle pensait aller au-devant d’un avenir meilleur. Elle a maintenant expérimenté quel prix le monde, Satan, exige pour ce qu’il offre. Et le prix doit être payé d’avance. « Je m’en allai comblée, et l’Éternel me ramène à vide » (v. 21). Elle avait alors son mari et ses fils ; elle avait son héritage au milieu de son peuple ; elle habitait à Bethléhem de Juda ; son nom était : Naomi — mes délices — elle était consciente de la faveur de Dieu. Maintenant elle a tout perdu et son nom est Mara — amertume. Toutes ses sources naturelles sont taries et son avenir est obscurci par ses tristes expériences. Elle ne peut guère parler d’autre chose que de sa peine, de son âge et de son abandon. Elle n’a même pas une parole d’encouragement pour celles qu’elle aime et qui, comme elle, sont veuves.

D’une manière générale, nous ne mesurons ce que nous possédions que lorsque nous l’avons perdu par notre propre faute. « Car les lèvres de l’étrangère distillent du miel, et son palais est plus doux que l’huile ; mais à la fin elle est amère comme l’absinthe, aiguë comme une épée à deux tranchants. Ses pieds descendent à la mort, ses pas atteignent le shéol, de sorte qu’elle ne pèse pas le sentier de la vie ; ses voies sont errantes : elle n’a pas de connaissance… Éloigne ta voie d’auprès d’elle, et ne t’approche point de l’entrée de sa maison ; de peur que tu ne donnes ton honneur à d’autres, et tes années à l’homme cruel » (Prov. 5, 3-13).

N’est-ce pas là une description exacte de ce qui arrive lorsque nous nous éloignons du Seigneur et abandonnons le lieu où nous sommes avec Lui ? Combien ont dû répéter pour eux ces paroles ! Sommes-nous conscients des merveilleux privilèges que nous avons reçus ? Que, par grâce, nous avons un lieu où nous pouvons nous rassembler autour du Seigneur Jésus ? Un lieu où nous pouvons, ici-bas déjà, être auprès de Lui, parce qu’il est là personnellement présent ? Où nous pouvons Lui apporter la reconnaissance de nos cœurs pour tout ce qu’il a fait pour nous, et notre adoration pour ce qu’il est, pour ce que nous discernons de Lui, là, en ce lieu ? Et où il nous ouvre toujours à nouveau ses greniers pour nous faire part de ses richesses afin que nous soyons nourris ? Sommes-nous conscients que par grâce nous habitons à Bethléhem de Juda (la maison du pain, où il est loué) ?

Oui, il y a restauration ! Lorsque, sous la discipline de Dieu, nous avons appris que nous avons tout perdu, et que nos cœurs repensent avec douleur aux jours dans lesquels nous étions si riches, Dieu ouvre une porte ! Dieu ne donne pas de pain en Moab. Quand Dieu donne du pain, c’est à Bethléhem — la maison du pain. Mais il fait parvenir la nouvelle à Naomi, en Moab, qu’il a visité son peuple et lui a donné du pain. Sa présence personnelle ne se trouve nulle part ailleurs qu’à Bethléhem de Juda. Mais dans sa providence, il intervient dans les circonstances, afin que nos cœurs soient encouragés à revenir.

Nous voyons ensuite quelque chose de magnifique. Les deux belles-filles de Naomi partent avec elle. Nous pourrions dire : « Quel témoignage pouvait rendre cette femme ? » Effectivement, le vrai témoignage — Élimélec : mon Dieu est roi — est mort. Il ne reste plus qu’une manifestation évidente de pauvreté et de mort. Mais nous trouvons alors la puissance du témoignage personnel. Naomi n’en est pas moins l’image d’une croyante — même si ce n’est que l’image d’un résidu « sur le point de mourir ».

La grâce de Dieu opérait dans son cœur. Elle se souvient des jours passés de bénédiction, alors qu’elle était « mes délices » consciente de la faveur de Dieu. Elle se souvient de toutes les choses précieuses que la grâce de Dieu avait données et donnait à son peuple. Elle en parla à ses belles-filles, quoiqu’avec une profonde tristesse, parce qu’elle n’y avait plus part. Elle a sans doute mentionné Bethléhem de Juda ; le peuple de Dieu qui habitait là ; le Dieu d’Israël. Pourtant ce qu’elle disait n’était pas un vrai témoignage de Dieu ! Nous voyons dans les versets suivants combien elle juge mal Dieu. Elle le rend encore responsable de ses tristes circonstances. Mais ce qu’elle rapporte et son désir de retourner, fait toutefois une profonde impression sur ces jeunes femmes. Elles voient que leur belle-mère croit pour elle-même ce qu’elle déclare.

Telle est aussi la puissance du témoignage personnel. Certes, la parole de Dieu a une puissance vivante ! Elle accomplit tout son bon plaisir. Notre témoignage n’a toutefois de force que dans la mesure où l’on sent qu’il vit dans notre cœur. Pensez-vous que vos enfants vous croiront si vous leur dites qu’il est absolument nécessaire de connaître le Seigneur, que cela rend tellement heureux, mais qu’ils n’en remarquent rien dans votre vie pratique ? Pensez-vous que nos frères dans la foi nous prêterons un grand crédit lorsque nous leur parlerons de la valeur de la place que, par la grâce de Dieu, nous pouvons occuper et de la nécessité d’obéir à la parole de Dieu, s’ils voient que ces choses n’exercent aucune influence dans notre vie pratique ?

Le langage de Jean 1, 29-37 est très clair. Au v. 29, Jean dit : « Voilà l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde ! » C’est une vérité d’une valeur insurpassable. Elle va plus loin que ne le pensent la plupart des croyants ; car elle nous conduit à l’état éternel : les nouveaux cieux et la nouvelle terre, dans lesquels la justice habite ; à l’époque où les cieux et la terre et toutes les choses qui y sont seront à nouveau réconciliés avec Dieu et manifesteront une harmonie et une gloire divines. Jamais Jean n’a oublié cette vérité. Il mit ces paroles par écrit des dizaines d’années plus tard. Et dans l’Apocalypse, il présente encore l’Agneau « comme immolé ». Mais au moment même où Jean le Baptiseur fit cette déclaration, elle n’eut aucun effet sur ceux qui l’entendirent. Le lendemain cependant, lorsqu’il dit seulement : « Voilà l’agneau de Dieu », sans y ajouter aucune autre vérité, ses disciples le quittent et suivent l’Agneau. Ses dernières paroles les avaient convaincus de la gloire que devait avoir la Personne qui exerçait une telle influence sur le cœur de ce grand prophète.

C’est ce que nous voyons là en Naomi. Lorsqu’elle se lève pour retourner à Bethléhem, Orpa et Ruth vont avec elle. Combien cela a dû rafraîchir le cœur de Naomi. Cet attachement et cet empressement chez ces deux jeunes Moabites, à tout quitter pour se joindre au peuple de Dieu, et se tourner des idoles vers le Dieu vivant !

Mais nous voyons alors l’effet pernicieux de l’éloignement de Dieu. Plus ces femmes se rapprochent de Bethléhem, plus le pas de Naomi se fait lent. Nous ne pouvons être qu’en malédiction ou en bénédiction ; il est impossible d’être neutre. Nous pouvons presser les autres à aller au Seigneur Jésus, ou alors nous les éloignons de Lui. Orpa voulait aller (v. 7 et 10) et celle qui avait été en Moab la fait reculer. Naomi savait pourtant où elle la renvoyait ! Au v. 15, elle dit à Ruth : « ta belle-sœur est retournée vers son peuple et vers ses dieux ». Qui à Bethléhem aurait autrefois jamais cru possible que Naomi parlerait une fois ainsi ? Lorsqu’on commence à s’écarter, on ne sait pas où l’on s’arrêtera.

Pourquoi Naomi ne voulait-elle pas emmener Ruth et Orpa avec elle à Bethléhem ? les amener au Dieu d’Israël ? Voulait‑elle cacher à ses anciens amis de Bethléhem sa honte et son péché d’avoir permis à ses fils d’épouser des jeunes filles moabites ? Oh ! le misérable orgueil qui fait que nous préférons précipiter les autres dans la perdition plutôt que laisser paraître ouvertement notre honte. Ne voyons-nous pas la même chose chez David en 2 Sam. 11 ? Plutôt la mort d’un serviteur juste et fidèle que la manifestation publique de son propre péché.

Combien de personnes ont été éloignées du Seigneur par le faux zèle déployé par leurs amis ou par leurs parents pour leur procurer un avantage terrestre et des plaisirs charnels ! Et cela en mésusant du nom du Seigneur et sous le masque de la « vérité ». « Par de douces paroles et un beau langage, ils séduisent les cœurs des simples » (Rom. 16, 18). Combien de personnes placent leurs enfants dans la gueule du lion en recherchant pour eux une position terrestre élevée, et demandent ensuite au Seigneur que le lion ne leur fasse point de mal !

Combien il est nécessaire pour nous qui vivons au milieu d’une chrétienté en ruine de veiller, sachant que nos paroles et nos actes sont soit en aide, soit en obstacle à ceux qui nous entourent. Prenons garde à ne pas donner de place en nous à l’activité de la chair et à ne pas l’encourager chez nos enfants et chez nos amis, nous souvenant que si en cela nous servons Christ, nous sommes agréables à Dieu et approuvés des hommes (Rom. 14, 18). Car le royaume de Dieu n’est pas manger et boire, mais justice, et paix, et joie dans l’Esprit Saint.

Naomi sentait que la position de ses belles-filles était tout à fait différente de la sienne. Elle était une Israélite qui retournait vers son peuple, vers son lieu de naissance et vers son Dieu, mais qui portait les conséquences de sa propre infidélité et qui devrait les subir dans l’avenir. Orpa et Ruth devaient quitter leur peuple, leur parenté et leurs dieux pour aller dans un pays et vers un peuple au milieu desquels elles n’avaient aucune part ; vers un Dieu qu’elles ne connaissaient qu’au travers du faible témoignage de Naomi. L’affection et le soutien de Naomi ne suffisaient pas à justifier un tel abandon de tout ce qui avait caractérisé leur vie jusqu’alors, de tout ce qui avait été leur raison d’être.

Nous voyons ainsi comment un croyant peut s’enfoncer loin des principes de Dieu. Naomi est pleine d’amertume sur son sort et elle cherche à empêcher ses belles-filles de le partager avec elle. Elle leur montre qu’elles auraient de meilleures perspectives d’avenir en restant en Moab qu’en venant avec elle. En Canaan et au milieu de son peuple, elles ne seraient que des étrangères. Et elle n’avait plus de fils pour rétablir la relation que la mort avait rompue. Pourquoi iraient-elles en Canaan ? Est-ce que l’Éternel ne les bénirait pas si elles restaient en Moab ?

Dangereux enseignement ! Service pernicieux ! On ne prend pas l’âme en considération ; l’éternité est oubliée et Dieu — sa bonté et sa grâce — sont totalement ignorés. Hélas ! cela convenait bien à Orpa, mais n’était-ce pas sa perte ? Combien de fois la conviction de péché est étouffée ; combien souvent une conscience éveillée est brimée ! Combien de jeunes cœurs ont été induits en erreur et détournés du droit chemin par des parents chrétiens qui espéraient de cette manière obtenir quelques avantages terrestres pour leurs enfants.

Comme nous l’avons déjà relevé, le féminin, dans les types de la parole de Dieu, est en relation avec la position, et le masculin, avec l’état pratique. Pourquoi Naomi ne parle-t-elle que de la maison de la mère ? Selon l’ordre divin de la famille, il est normal de parler de la maison du père ou alors de la maison familiale. La « maison du père » est en rapport avec l’état et avec ce qui se rattache à cet état. Aussi Boaz, au chap. 2, 11, souligne d’abord que Ruth a quitté la maison de son père. La « maison de la mère » indique la position, mais vue dans ce qu’elle a d’attrayant, l’amour naturel et les liens qui s’y trouvent. Naomi évite de rappeler l’état pratique ; comment la mention du lieu où elle-même n’avait trouvé que la mort et les ténèbres et dont Dieu a déclaré qu’il sera une désolation à toujours (Soph. 2, 9), pourrait rebuter les jeunes femmes de monter avec elle à Bethléhem de Juda, la maison du pain, où Dieu est loué ! Comment la comparaison entre un esclave de Satan placé sous le jugement d’un Dieu saint et juste, et un fils de Dieu rendu agréable dans le Bien-aimé, ne pourrait jamais retenir un pécheur de se réfugier auprès du Seigneur Jésus ! Comment la comparaison entre ce qui est représenté par Thyatire et Sardes d’une part, et par Philadelphie de l’autre, ne pourrait jamais conduire un croyant à choisir l’une des deux premières, alors qu’il voit le jugement du Seigneur sur elles, quelque petite et faible que Philadelphie puisse être !

Pour persuader les jeunes femmes de rester en Moab, Naomi place devant elles ce qui en soi n’est pas mauvais, mais au contraire attrayant et donné, à l’origine, par Dieu : et cela doit servir maintenant à les retenir en Moab. Le vin peut réjouir le cœur de Dieu et des hommes ; en soi, il peut ainsi certainement être quelque chose de bon ; toutefois, celui qui veut être un nazaréen et veut, par conséquent, se séparer entièrement pour le Seigneur, ne doit prendre ni vin ni boisson forte (Nomb. 6 ; Luc 22, 18). Dans un monde où le Seigneur est rejeté, celui qui veut vivre près de Lui, devra souvent renoncer à des choses qui en elles-mêmes ne sont pas mauvaises, qui peut-être même sont bonnes, mais qui l’empêchent d’être seulement pour le Seigneur.

Le rappel de la maison de la mère et la mention d’un mariage ne suffisant pas à rebuter les jeunes femmes, Naomi reprend le dernier sujet. Elle connaît le point faible des jeunes filles moabites. Toute l’existence de Moab est la conséquence de la volonté de l’ancêtre maternelle d’avoir — quel que dût en être le prix — des rapports avec un homme et d’enfanter des enfants (Gen. 19, 30-38). Et ses filles manifestèrent les mêmes dispositions (Nomb. 25, 1). Quelle impression ont dû faire sur Orpa et Ruth les paroles de Naomi qui nous sont rapportées ici (v. 11-13) !

Combien de jeunes croyants, à cause d’un mariage, n’ont jamais pris, ou ont abandonné, la place de séparation. Combien de parents ou d’amis ont entraîné, par ce même argument, des jeunes croyants à ne pas prendre cette place ! Celui qui aime père ou mère, femme ou enfants plus que moi, n’est pas digne de moi !

Naomi évoque ensuite son abandon : pas de mari, pas d’enfants et ainsi pas d’espoir ; et elle en rejette la faute sur Dieu. Ne connaissait-elle pas les passages de l’Écriture où sont décrits les tendres soins de Dieu pour les veuves et les étrangers ? Avait-elle oublié l’existence et le caractère de Boaz, cet homme puissant et riche ? Et non seulement elle essaie d’effrayer Ruth et Orpa en leur ôtant tout espoir de secours de sa part, mais elle donne, par là, une image absolument fausse de Dieu : « La main de l’Éternel s’est étendue contre moi » ! Elle accuse Dieu de toutes ses difficultés et de sa situation désespérée, au lieu de reconnaître qu’elle s’est attirée toutes ces choses sur elle-même en ayant abandonné Dieu, le lieu et les bénédictions que Dieu lui avait donnés. Ce n’était pas Sa main qui avait conduit Élimélec et Naomi en Moab ! Ils avaient quitté de leur propre choix le lieu où ils auraient fait les mêmes expériences que le psalmiste : « Voici, l’œil de l’Éternel est sur ceux qui le craignent, sur ceux qui s’attendent à sa bonté, pour délivrer leur âme de la mort, et pour les conserver en vie durant la famine » (Ps. 33, 18, 19).

Oh ! puissions-nous, lorsque ceux qui nous entourent ont le désir sincère de choisir le côté du Seigneur, ne pas les baiser et les induire en erreur en cherchant à les engager à retourner en arrière et à trouver du repos là où nous savons qu’il ne peut pas y en avoir.

Il est bon de s’occuper d’eux pour mettre leur sincérité à l’épreuve, les amener à peser le prix. De voir si leur conscience est purifiée des œuvres mortes pour qu’ils servent le Dieu vivant (Héb. 9, 14). Mais ne les découragez pas par de sombres prédictions. Si vous leur parlez de la nuit et de ses douleurs, mentionnez-leur aussi le matin et ses joies. Si vous évoquez l’opprobre hors du camp, ne passez pas sous silence les gloires à l’intérieur du voile. Si vous faites allusion au petit nombre de ceux qui sont rassemblés autour du Seigneur Jésus, de leurs faiblesses et de leurs manquements, parlez aussi de la gloire de Celui qui est là au milieu d’eux et du merveilleux privilège de pouvoir se placer ainsi sous la direction du Saint Esprit, d’être employé par Lui pour ce à quoi il veut nous employer. Si vous parlez de la séparation, tant du monde irréligieux que du monde religieux, et de la nécessité de se tenir à l’écart de beaucoup de choses qui en elles-mêmes ne sont peut-être pas mauvaises, peut-être même de choses données par Dieu dans sa création, dites aussi combien est précieuse la conscience d’avoir l’approbation du Seigneur Jésus, et la communion avec le Père et avec le Fils, qui ne peut être goûtée pratiquement que dans ce chemin. Car la grâce de Dieu nous enseigne que « reniant l’impiété et les convoitises mondaines, nous vivions dans le présent siècle sobrement, et justement, et pieusement, attendant la bienheureuse espérance et l’apparition de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ, qui s’est donné lui-même pour nous, afin qu’il nous rachetât de toute iniquité et qu’il purifiât pour lui-même un peuple acquis, zélé pour les bonnes œuvres » (Tite 2, 11-14). Ainsi enseignés, ils seront en état d’endurer la tentation ; et, manifestés fidèles, ils recevront la couronne de vie, qu’Il a promise à ceux qui L’aiment (Jacques 1, 12).

Les paroles et la façon d’agir de Naomi firent une profonde impression sur Orpa et sur Ruth. Toutes deux pleurèrent ; mais pour Orpa la tentation était trop grande. Elle avait connu le même bon départ que Ruth. Elle paraissait aimer sa belle-mère et même le peuple de sa belle-mère, car elle aussi avait dit : « Non, mais nous retournerons avec toi vers ton peuple » ! Elle voyait maintenant ce que cela lui coûterait, et le prix était trop élevé. Il lui manquait la foi qui voit celui qui est invisible (Héb. 11, 27). « Et nous voyons qu’ils n’y purent entrer à cause de l’incrédulité » (Héb. 3, 19). La grande épreuve de sa vie se présentait, et elle succomba. Le moment de la décision était là, et elle le laissa passer. Avec la plus haute profession d’amour, elle rompit les liens qui l’unissaient aux objets de cet amour et retourna en arrière. En arrière pour toujours !

La parole de Dieu ne donne pas beaucoup de détails sur Orpa ; elle consacre le livre à l’histoire de sa belle-sœur. Il ne lui est cependant fait aucun tort. Le bon témoignage que Naomi rend à son sujet nous est rapporté. Naomi reconnaît pleinement et avec reconnaissance ce qu’Orpa a fait et ce qu’elle a été pour les vivants et pour les morts. Comme épouse et comme belle-fille, dans le mariage et dans le veuvage, elle s’est comportée en femme de bien. Il est juste aux yeux de Dieu de reconnaître et d’estimer ce qu’il peut y avoir d’attrayant dans un homme. Quel modèle n’avons-nous pas à cet égard dans notre précieux Sauveur. La seule fois où il est dit dans l’Écriture que le Seigneur aime un incrédule, c’est lorsqu’il regarde le jeune homme riche et voit combien il est aimable (Marc 10, 17-21). Mais la bonté naturelle, aussi droite soit-elle, n’a encore jamais amené la volonté à se soumettre à Dieu. La chair est toujours opposée à l’Esprit (Gal. 5, 17).

Les souffrances de Naomi avaient renforcé son désir de trouver quelque chose de meilleur que Moab. Elle voulait reconsidérer son chemin et retourner au Seigneur qui, dans son amour immuable, avait de nouveau donné du pain à son peuple. Voilà ce qui mit Orpa à l’épreuve. Son cœur était en Moab ; là elle pouvait marcher avec Naomi. Mais lorsque le cœur de Naomi se tourne vers Dieu, vers Son peuple et vers le lieu où Il habite, la vraie position d’Orpa est manifestée. Elle rompt les liens qui l’attachent à tout ce qu’elle semble aimer et retourne vers son peuple et vers ses dieux, aimable comme toujours, prodiguant les plus tendres marques d’affection. Ainsi contre toute attente, le « moi » l’emporte. Il en fut de même du jeune homme riche et il était pourtant tout triste. L’incrédulité, aussi aimable et attrayante soit-elle, ne s’élève jamais au-dessus des principes de ce monde.

Que de fois ne l’avons-nous pas constaté de nos jours. Combien de croyants, qui discernaient quelque chose de la vérité de Dieu au sujet du rassemblement de ses enfants, et qui donnaient l’impression de vouloir obéir, sont revenus en arrière parce que le prix était trop élevé — et généralement, d’une manière définitive. Lorsque, par manque de foi, on refuse de franchir la porte ouverte d’Apoc. 3, 8, il n’y a d’habitude plus de retour. Combien il importe, quand le jour de la décision se présente, de dire avec foi : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » et de marcher dans ce chemin « comme voyant celui qui est invisible » !

Orpa signifie vraisemblablement « sa nuque ». Elle n’avait pas une volonté brisée. Aussi retourna-t-elle en Moab, le lieu où la volonté de Dieu n’est pas prise en considération et où les désirs naturels peuvent être satisfaits. Le résultat en est qu’elle aura part au jugement qui tombera sur Moab. Sardes s’appuie sur le monde et s’est identifiée à lui ; aussi sera-t-elle traitée comme le monde : le Seigneur viendra sur elle comme un voleur dans la nuit, de la même manière qu’il viendra pour le monde (Apoc. 3, 3 ; 1 Thess. 5, 4).

Orpa pouvait retourner, mais Ruth s’attacha à Naomi. Et alors Naomi brandit son dernier argument : la solitude qui serait dorénavant la part de Ruth.

Ce n’étaient pas de vaines paroles. Y a-t-il quelque chose de pire que d’être isolé et seul ? Lorsque le Seigneur était sur la terre, il a dû dire qu’il était un passereau solitaire sur un toit ; qu’il a cherché quelqu’un qui eût compassion, mais qu’il n’a trouvé personne. « Je suis devenu un étranger à mes frères, et un inconnu aux fils de ma mère » (Ps. 69, 8). Si Lui qui était toujours en communion avec le Père a tellement ressenti la solitude, comment ne l’éprouverions-nous pas nous aussi profondément ?

Et cette solitude sera notre part dans la mesure où nous marcherons dans l’obéissance. « Pensez-vous que je sois venu donner la paix sur la terre ? Non, vous dis-je ; mais plutôt la division. Car désormais ils seront cinq dans une maison, divisés : trois seront divisés contre deux, et deux contre trois ; le père contre le fils, et le fils contre le père ; la mère contre la fille, et la fille contre la mère, etc. » (Luc 12, 51-53).

Rien ne pouvait toutefois arrêter Ruth. Elle ne voulait pas d’idoles, mais la satisfaction des besoins de son cœur. Le nom Ruth signifie « satisfaction ». Elle recherchait la satisfaction ; non pas celle des désirs de ses sens, de son corps, de sa nature, mais des aspirations de sa vie nouvelle. Est-ce qu’une idole pouvait la lui donner ? Est-ce qu’un mariage, une famille à soi, pouvait la lui procurer ? Beaucoup de jeunes gens s’en laissent persuader. Les regrets d’avoir agi avec folie font suite au dégrisement. Mais il est alors trop tard. Ruth ne tomba pas dans ce piège de Satan !

Elle ne se laissa pas davantage arrêter par la connaissance de la situation de sa belle-mère — une pauvre veuve. Nous avons vu que Naomi, dans cette position, est une image du témoignage de Dieu sur la terre. Elle a tout perdu dans cet endroit étranger. Et maintenant, comme un très petit résidu, elle retourne au lieu où le vrai témoignage de Dieu devait être établi. Et la discipline de Dieu pèse sur elle. Ruth discerne bien tout cela et son cœur en est attristé : aussi elle pleure. Mais elle voit la porte ouverte que le Seigneur donne (Apoc. 3, 8). Et rien ne peut retenir celui qui la voit.

Philadelphie est petite et a peu de force. La synagogue de Satan, ceux qui sur la base des traditions et des formes, prétendent être le peuple de Dieu, ne la reconnaissent pas. Elle n’a pas de grandes œuvres. Ceux qui en font partie ne sont, personnellement, pas meilleurs que les autres ; ils se sentent au contraire faibles et insignifiants et ils se courbent sous la discipline que Dieu exerce sur l’assemblée. Il n’y a rien d’attrayant en elle pour la chair, pour l’homme animal. Mais ceux dans le cœur desquels se trouve le désir : « Oh ! Seigneur ! accorde-moi cette seule chose : de pouvoir toujours marcher fidèlement avec toi ! » ne se laissent pas arrêter lorsque le Seigneur leur montre la porte ouverte !

Quelle magnifique confession fait Ruth. Ses paroles font clairement voir qu’il ne s’agit pas simplement de mots ; c’est le langage d’un cœur fermement décidé, qui a pesé le prix. Non pas que Ruth eût pu expliquer à d’autres la portée de ses paroles. Elle ne connaît pas encore Boaz personnellement, comme celui qui habite à Bethléhem ; l’homme puissant et riche. Elle ne connaît même pas encore Bethléhem et tout ce qui est en relation avec ce lieu. Elle est attirée par ce qu’elle a vu en Naomi, discernant que celle-ci possédait quelque chose qui devait être précieux et qu’elle n’avait pas elle-même. Ses paroles ne sont pas le résultat d’un examen approfondi des pensées de Dieu ou d’une expérience réelle de tout ce qui se trouve à Philadelphie. C’est plutôt l’instinct de la foi qui pressent des vérités importantes, sans pouvoir les indiquer dans la parole de Dieu ou sans les connaître par l’expérience. C’est l’onction de la part du Saint, par laquelle un petit enfant en Christ connaît toutes choses et n’a pas besoin que personne ne l’enseigne (1 Jean 2, 20, 27).

Ruth adresse aussi ses paroles à Naomi. Elle veut s’identifier à elle. Elle apprendra bientôt que cela implique qu’elle est liée à Boaz, unie à lui. Et alors seulement elle discernera clairement la pleine portée de ses propres paroles.

Lorsque quelqu’un sort directement du monde par la conversion et plus encore, lorsqu’un croyant de Sardes voit la porte ouverte, il n’y a le plus souvent pas aussitôt une pleine compréhension des pensées de Dieu. Comment cela se pourrait-il ? Car, dans les voies de Dieu, nous n’apprenons à bien connaître ses pensées qu’en les réalisant dans l’obéissance. La plupart du temps, seule une petite partie de la vérité est discernée : le plein Évangile, la connaissance de la délivrance qu’il apporte aux hommes. Souvent même, des personnes ne sont attirées que parce qu’elles reçoivent davantage de nourriture pour leur âme ou, peut-être, par le lien fraternel entre les croyants. Mais si leur cœur est droit et soumis au Seigneur, elles auront beaucoup plus. L’instinct de leur foi leur fera sentir ce qu’il y a de juste dans ces choses, même si tout ne leur est pas encore clair par l’Écriture.

Par « instinct de la foi », je n’entends évidemment pas la sentimentalité. Le premier est spirituel, la seconde est de l’homme naturel. Et si le discernement instinctif des pensées de Dieu n’est pas suivi par leur contrôle et leur confirmation cherchés dans la Parole écrite de Dieu, Satan saura s’en servir pour nous conduire, par le moyen de nos sentiments, dans des chemins de propre volonté.

Par cette confession de foi vraie, Ruth prend place dans la lignée des héros de la foi, bien qu’elle ne soit pas une Israélite. En 2 Sam. 15, nous trouvons un autre de ces héros : Itthaï, le Guitthien. Lorsque David dut s’enfuir parce que son propre fils s’était révolté contre lui et que la plus grande partie de son peuple le rejetait et suivait le rebelle, l’étranger, le Guitthien, dit : « L’Éternel est vivant, et le roi, mon Seigneur, est vivant, que dans le lieu où sera le roi, mon Seigneur, soit pour la mort, soit pour la vie, là aussi sera ton serviteur ! » C’est la consécration du cœur, telle que nous la trouvons chez un Élisée en 2 Rois 2, 2, 6 ; ce dévouement qui amène Pierre à répondre à la question du Seigneur : « Et vous, voulez-vous aussi vous en aller ? » par ces mots : « Seigneur, auprès de qui nous en irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ».

Dans le cœur de tout croyant, il y a le désir de suivre le Seigneur Jésus. Si ce souhait n’existait pas, ce serait la preuve que la personne dont il s’agit n’est pas un croyant, qu’elle n’est pas née de nouveau. Mais la grande question est de savoir si ce qui est dit des 144 000 en Apoc. 14 est vrai de nous : « Ce sont ceux qui suivent l’Agneau où qu’il aille ». En Matt. 14, 29, il y a douze disciples dans la nacelle. Mais seul Pierre la quitte pour être près du Seigneur. Est-ce que les autres n’aiment pas le Seigneur ? Nous le savons bien. Mais le prix à payer pour être près de Lui était trop élevé pour eux. Ils auraient dû descendre de la nacelle, seule ressource que connaît l’homme pour pouvoir être sur l’eau sans enfoncer. Ils auraient dû abandonner tout ce en quoi ils s’étaient jusqu’alors confiés et être satisfaits de Lui seul. Le prix était trop élevé pour leurs pauvres cœurs. Mais pour Ruth il n’était pas trop cher : « Où tu iras, j’irai » !

Et combien significatives sont les paroles qu’elle dit ensuite : « Où tu demeureras, je demeurerai » ! Elle ne parle pas « d’habitation permanente ». L’assemblée n’a pas de lieu d’habitation sur la terre, pas davantage que sa Tête, le Seigneur rejeté. Elle est une étrangère sur la terre et sa bourgeoisie est dans les cieux. Le temps de son séjour sur la terre est appelé, dans l’Écriture, la nuit, la nuit du rejet du Fils de Dieu (Rom. 13, 11-14 ; 1 Thess. 5, 4-7 ; Jean 13, 30 ; 2 Pierre 1, 19). Pour elle la nuit prendra fin lorsque l’étoile du matin viendra pour l’enlever de ce lieu où règne la nuit. Et pour la terre, la nuit prendra fin lorsque le soleil de justice se lèvera, avec la guérison dans ses ailes (Mal. 4, 2).

Mais aussi longtemps que l’assemblée vit dans un monde duquel le Seigneur est rejeté, ce temps où le rejet et les souffrances sont également sa part, c’est la nuit. Et combien plus maintenant que la chrétienté dans son ensemble ne reconnaît plus l’autorité du Seigneur et s’est pratiquement faite un avec le monde. Mais Ruth s’identifie au témoignage, alors que celui-ci porte le caractère d’une veuve et que c’est la nuit. Elle s’attend à des souffrances de la part du monde. Elle sait que les frères et sœurs ne sont pas toujours aimables, que la chair se manifeste souvent au milieu d’eux. Que Satan également agit parmi eux et crée des difficultés. Mais c’est le témoignage de Dieu et ainsi elle veut y être liée quelles que soient les circonstances. Elle peut alors dire : « Ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu ». Elle ne choisit même pas ceux avec lesquels elle veut s’unir ! Ceux qui sont rattachés au témoignage, qui sont la famille de Dieu, la propriété du Seigneur Jésus, voilà son peuple. C’est avec eux qu’elle veut s’unir, sans s’inquiéter de ce qu’ils sont personnellement comme hommes ; du caractère qu’ils ont, de leur position sociale, du pays dans lequel ils vivent. Et le Dieu du résidu, nous pouvons dire, le Dieu du Seigneur Jésus, est son Dieu, de même que, dans le Nouveau Testament, il est parlé du Dieu et Père du Seigneur Jésus. Et comme le Seigneur Jésus Lui-même le dit après la résurrection : « Mon Père et votre Père…  mon Dieu et votre Dieu ».

« Là où tu mourras, je mourrai. » Où meurt le croyant ? Il n’est pas ici question de notre position en vertu de l’œuvre du Seigneur Jésus. À cet égard, il est dit de tout croyant qu’il est mort avec Christ (Rom. 6, 8 ; Col. 3, 3). Mais il s’agit de la réalisation pratique de cette vérité dans notre cœur et, par conséquent, dans notre vie. L’apôtre Paul dit en Gal. 2, 20 : « Je suis crucifié avec Christ ; et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi — et ce que je vis maintenant dans la chair, je le vis dans la foi, la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi ».

Il ne dit pas ici « nous », mais « je ». C’est la réalisation personnelle de ce qui, dans le principe, est vrai de tous les croyants. Au chap. 6, 14, Paul ajoute : « La croix de notre Seigneur Jésus Christ, par laquelle le monde m’est crucifié, et moi au monde ». La croix de Christ est le lieu où les rapports entre le Seigneur et le monde ont été fixés. Le Seigneur est venu sur la terre avec un message de grâce pour le monde. « Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même » (2 Cor. 5). Mais le monde n’a pas voulu de Lui, ni de la grâce de Dieu. Sa réponse a été la croix. « Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous. » Et ensuite le sépulcre ; car c’est ainsi que le monde procède à l’égard de ceux dont il s’est débarrassé ; il les ensevelit afin de ne plus avoir besoin de s’occuper d’eux ou de penser à eux.

Ruth était satisfaite de mourir et d’être ensevelie avec Naomi. Elle était prête à prendre exactement la même place, même si cela signifiait la rupture complète d’avec la vie qu’elle avait menée jusqu’alors, et sa disparition des pensées mêmes de ceux avec lesquels elle avait été liée jusqu’alors. Sommes-nous aussi prêts à prendre cette place avec le Seigneur Jésus ? La place du rejet total du Seigneur Jésus et, par conséquent, de la rupture de tous les liens. Le monde en a entièrement fini avec le Seigneur et le Seigneur n’a, pour le moment, plus rien à faire avec le monde : il ne fait pas de demandes pour le monde (Jean 17, 9) ! Un jour, il demandera le monde (Ps. 2, 8), et alors il le jugera. Et nous partagerons cette place avec Lui (1 Cor. 6, 2).

Nous l’avons reconnu dans le baptême. Nous avons été baptisés pour la mort du Seigneur (Rom. 6, 3) et ainsi nous avons été ensevelis avec Lui. Aucun d’entre nous n’aura compris sur le moment même la pleine signification de cet acte, pas davantage que Ruth ne pouvait embrasser du regard la pleine portée de ses paroles. Mais le même instinct de la foi, qui fit prononcer ces mots à Ruth parce que son cœur ne désirait rien d’autre que d’être uni à Naomi, a pu nous faire exprimer dans le baptême la vraie confession de foi selon l’Écriture. En a-t-il été ainsi ? Et l’avons-nous dès lors réalisé, même dans la faiblesse ? Nos cœurs peuvent-ils dire maintenant au Seigneur Jésus : « Là où tu es mort, je veux être mort ; là où tu es enseveli, je veux être enseveli. Je veux te suivre où que tu ailles ; même dans le chemin du rejet complet par ce monde, et de la séparation totale » ? Nos cœurs peuvent-ils dire : « Oh ! Seigneur ! accorde-moi de toujours marcher fidèlement avec toi » !

Naomi ne cherche alors plus à arrêter Ruth. Peut-on s’opposer à une telle fermeté ? Ainsi elles marchèrent ensemble jusqu’à Bethléhem. Toutes les deux languissent d’y être. L’une à cause de ses souvenirs : elle se rappelle la position, les bénédictions qui étaient siennes autrefois. La seconde, parce que les récits de sa belle-mère l’ont amenée à réaliser combien cela devait être merveilleux d’habiter à Bethléhem de Juda comme le peuple de Dieu, et de jouir là de tout ce que Dieu, dans sa bonté, donne à son peuple. Peut-il y avoir un doute quant à ce dont elles se sont entretenues en chemin ? Le cœur de Ruth ne devait-il pas brûler d’en entendre toujours davantage et le cœur de Naomi n’était-il pas prêt à répondre à toutes les questions de Ruth ?

Elles arrivent ainsi à Bethléhem. Et là elles trouvent la vraie disposition caractérisant les habitants de Bethléhem. Est-ce que ceux qui ont affaire tous les jours avec Boaz, ceux qui habitent chez lui, ne partageraient pas ses sentiments ? Celui qui demeure près du Seigneur et qui vit jour après jour avec Lui, est transformé à son image. L’amour du Christ nous étreint ! Ceux qui se sont éloignés et qui reviennent sont alors reçus avec joie. Notre cœur nous pousse alors à appeler Naomi de son nom « Naomi », c’est-à-dire, la gracieuse, la bien-aimée.

Toutefois, à Bethléhem précisément, Naomi voit quel est son état par opposition à ce qu’il était autrefois et à celui de ses anciens amis de Bethléhem. Ses paroles nous font sentir dans quel triste état se trouve encore son cœur. Elle a bien appris quelque chose. Elle reconnaît qu’elle s’en est allée et que l’Éternel l’a ramenée. Elle est certes revenue, mais non pas d’elle-même. Dieu avait permis qu’elle entende dire qu’Il avait visité son peuple pour lui donner du pain. Le v. 6 dit expressément que c’est cela qui la fit revenir.

Nous savons que ce sont l’intercession et la grâce du Seigneur Jésus qui ramènent nos âmes. « Il restaure mon âme ; il me conduit dans des sentiers de justice, à cause de son nom » (Ps. 23, 3). De nous-mêmes, nous ne serions jamais revenus. Nous ne le voulons pas et n’en avons d’ailleurs pas la force. Nous ne voulons pas, car c’est précisément parce que nous avons laissé agir notre propre volonté que nous nous sommes détournés. Et cette volonté nous maintient loin du Seigneur, car elle Lui est opposée. « Ce sont les bontés de l’Éternel que nous ne sommes pas consumés, car ses compassions ne cessent pas » (Lam. 3, 22).

Il est vrai que, lorsque nous allons en Moab, nous perdons notre nom de Naomi ; celui-ci devient Mara (amertume) parce que nous perdons notre joie. Et rendons-en grâces à Dieu, car sinon nous y resterions peut-être toujours et, à la fin, nous y serions ensevelis. Moab est le pays de l’amertume pour le croyant. Naomi ne l’avait jamais vu aussi clairement qu’au moment où elle était de retour à Bethléhem. Maintenant seulement elle discerne nettement combien elle avait été comblée lorsqu’ils avaient quitté Bethléhem, et combien elle était dépouillée maintenant. Elle avait perdu son mari, ses deux fils et elle Était trop âgée pour prendre un nouveau mari. Pas la moindre possibilité de changement, car elle était trop âgée pour avoir des fils. Son héritage était perdu. Il ne lui restait que sa vie de dénuement, et à ses côtés une autre veuve qui, en outre, était une Moabite.

Si Dieu est infini dans sa grâce, il ne nous épargne cependant pas les conséquences de nos égarements. Il est un Dieu de vérité qui a déclaré : « Ce qu’un homme sème, cela aussi il le moissonnera. Car celui qui sème pour sa propre chair moissonnera de la chair la corruption ; mais celui qui sème pour l’Esprit moissonnera de l’Esprit la vie éternelle » (Gal. 6, 7, 8). Par conséquent, nous devons apprendre ainsi d’une manière pratique douloureuse ce que Dieu avait voulu nous enseigner par sa Parole, dans sa lumière, à savoir qu’en moi, c’est-à-dire en ma chair, il n’habite point de bien (Rom. 7, 18). Et que le bonheur et la prospérité ne se trouvent que dans le chemin de l’obéissance. Naomi dit que l’Éternel l’a abattue (litt. : a témoigné contre elle). Elle emploie ici le mot que nous trouvons en Ex. 20, 16 : « Tu ne diras point de faux témoignage contre ton prochain ». Effectivement, il avait témoigné contre elle par ses actes dans son gouvernement, et son témoignage n’est pas faux. Et le cœur de Naomi avait été ramené par là à languir après les bénédictions dans la maison de Dieu, la maison du pain (Bethléhem).

« Le Tout-Puissant » est le nom par lequel Dieu s’est révélé à Abraham (Gen. 17, 1) pour l’encourager et pour fortifier sa foi, lorsque Dieu lui donna des promesses qui, à vues humaines, étaient irréalisables. C’est ce nom de Dieu que Naomi reprend, mais elle l’emploie d’une tout autre manière. « Le Tout-Puissant m’a remplie d’amertume » et « Le Tout-Puissant m’a affligée ». Elle le rend responsable de son amertume et de ses circonstances, des pertes qu’elle a subies. La toute-puissance de Dieu n’est ni son réconfort, ni le soutien de sa foi mais, selon ses pensées, la cause de sa douloureuse situation. Que le cœur humain est insensé lorsque ses yeux ne sont pas éclairés, dans la proximité du Seigneur. L’éloignement du Seigneur va toujours de pair avec la perte de la lumière et de la sagesse. Et comme on le constate toujours, lorsque cet état se prolonge la lumière et l’intelligence d’autrefois ne reviennent pas complètement après la restauration. Nous le voyons chez Naomi et nous le voyons aussi très clairement dans la vie de David.

Est-ce que le fait qu’elles arrivèrent à Bethléhem au commencement de la moisson des orges n’aurait pas dû convaincre tout à fait Naomi de la grâce de Dieu ? L’orge est la première des céréales à venir à maturité (Ex. 9, 31, 32 ; Ruth 2, 23). Le froment suit, puis les raisins. Naomi et ses belles-filles avaient entendu dire en Moab que Dieu avait donné du pain à son peuple. Alors seulement elles revinrent. N’auraient-elles pas dû s’attendre à ce qu’une grande partie de la moisson des orges, sinon toute la moisson, soit déjà faite ? Elles voient maintenant que la moisson va commencer ; Dieu semble les avoir attendues pour tuer le veau gras. Combien grande est la bonté du Dieu que nous adorons.

J’aimerais encore m’arrêter sur quelques détails. Remarquons que, à l’exception du v. 4, les indications de temps, dans ce livre, ne sont données qu’en relation avec la moisson. Au v. 4, qui parle du séjour en Moab, c’est la manière du monde de compter le temps qui est adoptée. Mais dès qu’il s’agit de la vie à Bethléhem, l’état de la moisson est la seule indication de temps. Cela nous renvoie à Deut. 16, où nous voyons aussi l’année de Dieu divisée d’après la moisson et la vendange, mais fondée sur la Pâque et se terminant par la fête des Tabernacles, après que toute la moisson a été recueillie et préparée. De même aussi le livre de Ruth se termine par le mariage après les travaux de l’aire.

Puis j’aimerais attirer l’attention sur le fait remarquable qu’au v. 22 il est dit expressément que Ruth était revenue (*) des champs de Moab. N’est-ce pas justement une belle confirmation de la portée prophétique et spirituelle de l’Ancien Testament, comme 1 Cor. 9, 9, 10, par exemple, nous l’enseigne très clairement ? Tous ceux qui connaissent quelque peu les prophéties relatives au rétablissement d’Israël voient en Ruth le type du résidu croyant d’Israël dans les derniers jours, représenté ici par une Moabite, pour montrer combien Israël s’est éloigné en fait. Toutefois, comme je l’ai déjà dit, mon intention n’est pas de parler de la signification prophétique du livre de Ruth, mais de sa portée spirituelle pour nous.

 

(*) Selon les traductions anglaise et allemande de J. N. D.

 

Quelle différence ne voyons-nous pas entre Naomi et Ruth ? Naomi est manifestement l’image d’un croyant qui s’est écarté, tandis qu’en Ruth, nous avons quelqu’un qui en est à son premier amour. Elle n’a pas autant de connaissance que Naomi ; et ce qu’elle sait, elle l’a appris de sa belle-mère. Mais l’instinct de sa foi lui fait apprécier les choses justement. Ce que Naomi a dû apprendre dans un chemin d’égarement, à savoir que la chair n’est bonne à rien, Ruth l’a appris à sa conversion, dans la communion avec le Seigneur. Et parce qu’elle marche dans la réalisation pratique de ces choses, elle ne connaît pas les mêmes douloureux exercices de cœur que Naomi. Nous n’entendons aucune plainte sortir de sa bouche, bien qu’apparemment sa situation fût plus difficile que celle de Naomi. L’amour et la foi règnent dans son cœur, et s’élèvent au-dessus des circonstances.

Comme nous l’avons vu d’après Ex. 9, 31, 32 et Ruth 2, 23, la moisson des orges est la première récolte. Deut. 16 et Lév. 23 nous permettent de retirer de cela un important enseignement. La moisson des orges commence au mois d’Abib. Abib signifie : « épis verts ». La Pâque devait être égorgée alors, car ce n’est que sur le fondement de l’agneau pascal égorgé qu’il peut y avoir ici sur la terre du fruit pour Dieu et de la bénédiction pour l’homme. Nous trouvons la même pensée en 2 Sam. 21 : la mort comme expiation pour le péché au commencement de la moisson des orges (v. 3, 9). Mais ensuite, la gerbe des prémices devait être apportée et le sacrificateur c’tournoiera la gerbe devant l’Éternel, pour que vous soyez agréés » (Lév. 23, 11). C’est une image du Seigneur Jésus ressuscité. Comparez aussi 2 Rois 4, 40-43.

Lorsque Naomi et Ruth arrivèrent à Bethléhem, l’agneau pascal venait d’être égorgé et les hommes pieux de Bethléhem avaient apporté au sacrificateur la gerbe des prémices. N’est-ce pas dans le but d’attirer notre attention là-dessus que l’Écriture nous mentionne que c’était le commencement de la moisson des orges ? La vie à Bethléhem est caractérisée comme étant une vie de résurrection fondée sur l’œuvre accomplie à la Croix.

Arrivé à la fin du chapitre, j’aimerais en donner un court résumé. Au début nous trouvons l’état de l’assemblée tel qu’il était à Éphèse (Apoc. 2, 1-7). Extérieurement, tout est bien (Élimélec : mon Dieu est Roi et Naomi : mes délices, l’agréable). Mais le Seigneur voit déjà l’abandon du premier amour (représenté dans les noms qu’Élimélec et Naomi ont donnés à leurs enfants). Au v. 3, nous voyons Pergame (habiter là où est le trône de Satan) ; Élimélec — mon Dieu est roi — meurt. Le vrai témoignage aux droits d’un Seigneur rejeté est mort. Le v. 4 présente peut-être Thyatire : pleine association de l’assemblée avec l’idolâtre Moab, qui cependant a extérieurement des liens de parenté. V. 5 : Sardes. Tu as le nom de vivre et tu es mort. Et dès le v. 6 : Philadelphie, le retour à ce qui est dès le commencement ; non pas dans la gloire d’autrefois ; mais dans une grande faiblesse et dans la conscience de la culpabilité du fait de son propre éloignement, ce qui est figuré par Naomi. Mais aussi le premier amour, comme nous le voyons en Ruth. Et encore un sentiment instinctif plus grand de ce que sont les pensées du Seigneur. Enfin à Bethléhem — la maison du pain — la moisson des orges : la connaissance de l’œuvre accomplie à la Croix, mais aussi de la résurrection, du caractère de résurrection de l’assemblée. Dans les chapitres suivants, nous trouvons le caractère complet de Philadelphie, dans la manière selon laquelle Ruth est parfaitement unie à Boaz.

 

3         CHAPITRE 2

Le premier verset nous donne le but de ce chapitre : présenter à Ruth Boaz, l’homme puissant et riche. Puis, dans les versets suivants, nous voyons comment cela se produit. Cette manière de traiter un sujet se retrouve souvent dans les Écritures, surtout dans les Psaumes. Le premier verset donne un état ou présente une vérité, tandis que les versets suivants montrent comment le Psalmiste est arrivé dans cette situation ou à la connaissance de cette vérité. L’Écriture procède ainsi afin que nous ne nous égarions pas quant à ce que le Saint Esprit veut placer devant nous d’une manière particulière.

Lorsque tout est perdu par la mort et que la vie dans la position s’en est allée à la suite du décès de tout homme dans la famille, il ne peut y avoir de rétablissement que dans la puissance de la résurrection, et cela en rapport avec quelqu’un qui a le droit et le pouvoir de délivrer. C’est ce qui nous est présenté en Boaz. Il est un type du Seigneur ressuscité.

Quitter Moab et venir à Bethléhem au commencement de la moisson des orges est naturellement le début de la délivrance. Mais pour pouvoir goûter la joie d’une pleine délivrance et être un vrai témoignage du Seigneur glorifié dans le ciel, il faut que l’âme apprenne à le connaître d’une manière personnelle comme Rédempteur. La différence est grande, selon que le cœur regarde à la délivrance ou au Rédempteur.

Boaz signifie « en lui est la force ». Il est appelé « un homme puissant et riche ». On trouve la même expression (bien que cela n’apparaisse pas dans le texte français), dans les cas de Gédéon et de Jephté (Juges 6, 12 et 11, 1), qui ont été des sauveurs en Israël. Le Seigneur a pu dire : « Toute autorité m’a été donnée dans le ciel et sur la terre » et : « J’ai été mort ; et voici, je suis vivant aux siècles des siècles ; et je tiens les clefs de la mort et du hadès » (Matt. 28, 18 ; Apoc. 1, 18).

Dieu veut diriger nos yeux sur un Homme vivant, glorifié dans le ciel qui, comme Fils de l’homme, a reçu tout ce que l’amour divin a voulu donner à l’homme. Et en plus Dieu l’a fait asseoir à sa droite comme Chef sur toutes choses. Et cette personne glorieuse est un parent du mari de Naomi (Héb. 2, 11-15) et a le droit de rachat.

Quelle pensée glorieuse — dans une époque telle que celle qui nous est présentée ici, et dans le temps où nous vivons, alors que la vraie position chrétienne que Dieu nous a donnée n’est pratiquement plus connue ni goûtée. Remarquons bien que Boaz était un parent d’Élimélec. Naomi ne pouvait recourir à Boaz que par le moyen de Ruth, par le moyen de la foi, qui nous a été montrée en Ruth ; et aussi seulement en reconnaissant l’autorité absolue du Seigneur (Élimélec signifie mon Dieu est roi).

Ruth ne connaît pas encore Boaz. Mais sa foi a besoin instinctivement d’une Personne comme son objet et c’est ce qu’elle cherche. Elle recherche Celui aux yeux duquel « je trouverai grâce ». La nouvelle que Dieu avait donné du pain à son peuple et la foi en cette parole ont amené Naomi, qui était entièrement démunie, et Ruth, l’étrangère, à Bethléhem. La nouvelle se révéla vraie ; la foi en la parole de Dieu et en la bonté de Dieu ne confond jamais. C’était le moment de la moisson. Mais comment celles qui avaient perdu leur héritage et n’avaient ni labouré ni semé obtiendraient-elles du pain ? Là aussi la grâce de Dieu a tout préparé.

Il est touchant de voir, dans le livre du Deutéronome, comment Dieu prend soin de l’étranger aussi. Et s’agissant de la moisson, Dieu enjoint de laisser la gerbe oubliée pour l’étranger, pour l’orphelin et pour la veuve ; de même en Lév. 19, 9, 10 et 23, 22, Il donne au pauvre les blés des coins des champs ainsi que les épis et les grains tombés.

Ce n’est pas que les étrangers et les pauvres aient eu un droit à ces choses ! Comment un étranger aurait-il eu un droit dans l’héritage du peuple de Dieu ? De même le pauvre n’avait aucun droit. Dieu avait donné à chaque Israélite un héritage, de sorte qu’il n’y avait aucune raison d’être pauvre. S’il y avait pauvreté, c’est qu’il y avait eu faute, et châtiment de Dieu. Comment alors parler de droit ! Dieu avait donné ces ordonnances à ceux qui, par sa grâce possédaient des champs et des vignes, afin qu’ils puissent manifester Sa pensée — une pensée de grâce, de miséricorde et de bonté — envers ceux qui n’avaient pas le moindre droit.

Il y a lieu de remarquer que l’initiative d’aller glaner dans les champs ne vient pas de Naomi, mais de Ruth. Naomi connaissait sans doute mieux que Ruth la parole de Dieu et les dispositions qu’Il avait prises. Mais le cœur de Ruth — qui en fait ne connaissait encore que peu toutes les bonnes choses que Dieu avait données à son peuple — désirait apprendre à les connaître. Et son zèle à chercher lui fera rencontrer Boaz.

La première condition de la croissance spirituelle chez un croyant est un attachement simple à la vérité connue. Et ce caractère se manifeste d’une manière très belle en Ruth. Elle a sacrifié toute espérance selon la nature pour s’attacher à Naomi et à ce qu’elle représentait pour elle. Lorsque l’âme saisit la vérité avec cette ténacité inébranlable qui ne recule devant rien, achetant bien la vérité, mais ne la vendant jamais — même si elle ne sait pas la raison qui la fait agir, il y aura une croissance rapide. À celui qui a, il sera donné. Le dévouement à un objet digne élève une femme et cela lui sied. Sinon elle est privée de la vertu la plus élevée de sa position. Si elle néglige cette consécration ou pense à elle-même, comme Ève envers Adam ou l’assemblée envers Christ, il en résultera un grand désordre.

L’attachement à la vérité, à ce que nous savons être réellement vrai et bon, est le premier grand trait d’une âme préparée et apte à servir et à rendre témoignage. Si nous n’avons pas cet attachement, combien toutes nos actions et nos expressions seront imparfaites, car nous n’aurons pas de centre fixe. Les hommes ont cru au mensonge de Satan à l’égard de Dieu et ont marché dans cette voie, se glorifiant eux-mêmes, tandis qu’ils poursuivaient leur route en inimitié contre Dieu. Pour être au milieu de tels hommes un témoin de Dieu, il nous faut en premier lieu et avant toute chose être courageux en ce qui concerne la vérité. Si nous manquons en cela, il est clair que notre capacité d’être un témoin sera très incomplète. Et plus encore, en cherchant à rendre témoignage, nous déshonorerons précisément le Nom que nous prétendons servir. Nous n’avons pas un cœur qui puisse maintenir, sans partage, même la première condition du service. Nous pouvons posséder une certaine mesure de bonnes dispositions, comme l’exprimait le baiser d’Orpa, mais nos sentiments ne s’appuient pas sur ce qui seul est vrai ; nous nous détournerons bientôt après nos propres voies. On ne peut jamais assez insister sur l’importance d’un vrai attachement à la vérité.

Il est précieux de voir chez de jeunes croyants le désir d’aller glaner dans le champ de la moisson. Et quel champ avons-nous dans la parole de Dieu ! Nous ne pouvons pas assez encourager les jeunes. Ils trouveront derrière les moissonneurs beaucoup d’épis, épis que les moissonneurs — des croyants plus avancés dans la vérité — laissent tomber, mais qui seront pour eux une « nourriture au temps convenable », des vérités simples, évidentes.

Puissions-nous saisir ces vérités avec une foi simple, dans notre cœur ! Nous connaissons assez Dieu pour pouvoir compter sur sa faveur. Ruth ne se dit pas en elle-même : « Je suis indigne et je ne peux pas prétendre à glaner des épis dans l’héritage du peuple de Dieu ». Elle compta sur la faveur et la grâce de Dieu, tout en étant consciente de sa propre indignité. Et en cela, elle glorifia Dieu, car il est glorifié lorsque nous plaçons très haut son amour et sa grâce. Mais combien peu de jeunes croyants se contentent de la modeste position d’un glaneur. Trop souvent ils essaient de prendre celle de moissonneurs (docteurs ou évangélistes), avant d’être à même, « par le fait de l’habitude » d’avoir « les sens exercés à discerner le bien et le mal » (Héb. 5, 14). De cette manière, ils n’apprennent pas réellement à connaître le Seigneur Jésus. Lui qui est humble de cœur nous exhorte à apprendre de lui (Matt. 11, 29). Il enseignera sa voie aux débonnaires (Ps. 25, 9).

Une seconde condition de la croissance spirituelle apparaît aussi d’une manière particulière dans l’histoire de Ruth. C’est l’obéissance, une obéissance simple, sans condition. Elle vit qu’il n’y avait pas d’autre accès à la bénédiction qu’en allant glaner ; c’est pourquoi elle voulut le faire. Mais bien que ce fût un travail humble et que ce fût manifestement le seul chemin, elle ne voulait pas le suivre dans l’indépendance de celle qui avait apporté dans sa vie l’influence divine et spirituelle. Il n’y a pas de preuve plus claire d’une œuvre de Dieu qu’un esprit de soumission. Et l’obéissance n’est pas difficile là où règne l’amour.

Lorsque ces deux choses — l’attachement à la vérité connue et l’obéissance — se trouvent dans un croyant, Dieu peut donner de la croissance. Alors il nous amène sous l’attention personnelle du Seigneur Jésus.

Ruth entra « fortuitement » dans un champ de Boaz. La providence de Dieu est en activité pour nous. Ce n’est pas l’intention de Dieu que nous nous laissions diriger seulement par sa providence (Ps. 32, 8, 9). Il veut nous conduire par son œil, de sorte que nous allions notre chemin avec une intelligence consciente. Mais lorsque nous suivons notre chemin avec foi, sa providence agit en accord avec notre foi. Et si, étant jeunes dans la foi, nous ne connaissons pas encore bien sa Personne, sa Parole et la direction de son Esprit, sa providence agit alors en accord avec l’état de notre cœur. Comme les deux conditions préalables mentionnées dans le paragraphe précédent se trouvaient en Ruth, la providence de Dieu la guida vers l’un des champs de Boaz afin que les désirs de sa foi y trouvent leur satisfaction.

Quelle est la différence entre un champ de Boaz et un autre champ en Bethléhem ? C’est que les droits de Boaz y sont reconnus. Dans son champ, les ouvriers sont ses serviteurs. Celui qui a reçu un ordre du Seigneur de travailler à son œuvre doit accomplir son travail en obéissance à son Seigneur qui lui en a donné l’ordre. Il est à son service. Et il se distingue en cela de tout serviteur qui a accepté un mandat des hommes et qui doit ainsi agir selon des instructions humaines, pour accomplir les tâches que ces hommes lui ont confiées.

Un champ de Boaz est donc un champ où sont reconnus les droits de Boaz de tout régler et où en toute chose la seule question qui se pose est : « Seigneur, que veux-tu que nous fassions, et comment devons-nous le faire ? » Il y a toujours là son « serviteur qui était établi sur les moissonneurs ». Les passages de 1 Cor. 12, 1-11 et Gal. 5, 17 nous montrent clairement les pensées de Dieu à ce sujet. En Actes 16, 6-10 nous trouvons un exemple pratique en ce qui concerne le travail des ouvriers.

Certes, le Seigneur Jésus a droit à la domination. Un jour tout sera assujetti sous ses pieds, toute langue devra confesser qu’il est Seigneur et tout genou se ploiera devant lui (Phil. 2). Mais Dieu veut que ce droit soit reconnu maintenant déjà par ceux qui ont accepté le Seigneur comme Seigneur. « Afin qu’en toutes choses il tienne, lui, la première place », Dieu Lui a donné toute puissance et « l’a donné pour être chef sur toutes choses à l’assemblée » (Col. 1, 18 ; Éph. 1, 22). Et dans l’assemblée, le Seigneur exerce la direction par le Saint Esprit. Un « champ de Boaz » est réalisé lorsque des croyants se rassemblent comme membres du corps de Christ dans sa dépendance, en reconnaissant ses droits d’ordonner et de régler toutes choses comme Il le veut.

Quelle merveilleuse relation existera alors entre le Seigneur et les siens sur ses champs ! Nous le voyons au verset 4. Celui qui a expérimenté ce que c’est de travailler ainsi dans un champ de Boaz, sait combien cela est beau. On apprend là à connaître toutes ses bontés, sa sagesse, son aide, sa compassion, ses consolations comme nulle part ailleurs.

Il y a bien des années, je rentrais avec un frère de l’étranger où nous avions travaillé ensemble quelques semaines ; nous avions dû nous occuper de nombreuses difficultés et nous étions exténués, corporellement et spirituellement aussi. À un moment, il dit en soupirant : « Si l’on veut vivre tranquillement, il ne faut pas s’employer à l’œuvre du Seigneur. Combien nous aurions pu mieux utiliser notre temps ! » « Tu as raison », lui répondis-je, « mais un autre travail comporte aussi un autre maître ». Il répliqua aussitôt : « Non, non, ne changeons pas ! » La personne du maître compensait au double ou au triple les difficultés du travail.

Boaz arriva dans son champ au milieu des moissonneurs et des servantes et les bénit : « L’Éternel soit avec vous ! » Est-ce que cela ne nous fait pas penser aussitôt à Jean 20, 19-23 ? Le vrai Boaz, le Seigneur ressuscité vient au milieu des siens, rassemblés comme tels, séparés de tous ceux qui ne lui appartiennent pas. « Le soir donc étant venu, ce jour-là, le premier de la semaine, et les portes du lieu où les disciples étaient, par crainte des Juifs, étant fermées, Jésus vint, et se tint au milieu d’eux. Et il leur dit : Paix vous soit ! Et ayant dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples se réjouirent donc quand ils virent le Seigneur. »

Ne connaissons-nous pas cela, par expérience, lorsque nous sommes rassemblés autour du Seigneur ? Il nous montre d’abord ses mains et son côté, dans le pain rompu et le vin versé, lorsque nous avons pris place à sa Table. C’est toujours là la première chose. Est-ce que nous ne nous sommes pas réjouis, lorsque nous l’avons vu ? Et notre réponse à l’ouïe de son « Paix vous soit ! » et à la vue de ses mains et de son côté, percés pour nous, n’a-t-elle pas été que nous Lui avons apporté la louange et la reconnaissance de nos cœurs (Ruth 2, 4). Puis, il est encore au milieu de nous pour nous combler, nous enseigner, nous donner la puissance et nous envoyer dans son service (Jean 20, 21-23). Celui qui est un avec le peuple du Seigneur, rassemblé en son nom (Matt. 18, 20) connaîtra la joie d’avoir communion avec le propriétaire du champ et fera l’expérience qu’il s’intéresse à tout ce qui le concerne.

Nous avons vu que « le serviteur qui était établi sur les moissonneurs » est un type du Saint Esprit. Le Seigneur a envoyé du ciel le Saint Esprit pour convaincre le monde de péché, de justice et de jugement, et pour nous conduire dans toute la vérité (Jean 15, 26 ; 16, 7-14). Il est le vrai représentant du Seigneur sur la terre. Il exerce l’autorité du Seigneur Jésus dans les réunions de l’assemblée et aussi sur les serviteurs du Seigneur (1 Cor. 12, 4-11 ; Gal. 5, 17 ; Actes 16, 6-10). Nous l’avons déjà vu sous ce même type en Gen. 24.

Quand nous pensons à cela, combien ce qui nous est présenté ici est merveilleux ! Un entretien entre des Personnes divines, et nous sommes l’objet de leur conversation.

Ce n’est pas le seul passage de l’Écriture où nous trouvons cette pensée. En Gen. 1, 26, la création de l’homme fait l’objet d’une consultation dans la Déité, en Héb. 10, 5-10, c’est la rédemption, en Zach. 6, 13, la bénédiction dans le Millénium. En Jean 17, le Fils parle de nous au Père. Et nous voyons en type, en Gen. 24, 66, comment le Saint Esprit raconte au Seigneur Jésus, lorsque l’assemblée est introduite dans la maison du Père, toutes les choses qu’Il a opérées lors de l’appel de l’épouse, de sa préparation pour l’époux et de son voyage au travers du désert jusque vers son époux.

Mais ici, nous trouvons une conversation au sujet d’une seule personne : une jeune croyante. Boaz ne demande pas qui est, mais à qui est cette jeune femme. Le Seigneur Jésus connaît chaque croyant, même le plus jeune (v. 11). Mais sa question est : à qui appartenons-nous ? Appartenons-nous au monde ou à nous-mêmes ou à Lui ? Il ne s’agit pas ici de savoir si nous sommes convertis. Celui qui est vraiment converti appartient au Seigneur Jésus, est sa propriété (1 Cor. 6, 20). Mais en est-il ainsi dans la pratique ? En Rom. 8, 9 il est écrit : « Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, celui-là n’est pas de lui ». Cela veut dire que l’on n’est un chrétien au sens de l’Écriture que lorsqu’on a reçu le Saint Esprit. Et nous verrons plus loin que cela signifie une union réelle, consciente avec Christ, tant dans sa mort que dans sa résurrection.

Le Seigneur Jésus s’intéresse à la croissance spirituelle de chaque croyant, même du plus jeune. Et il lui importe avant tout de savoir à qui nous appartenons. Posons-nous aussi une fois la question à nous-mêmes. Si les choses du monde régissent notre vie, à qui appartenons-nous alors ? Si nous voulons mener notre propre vie et faire ainsi ce qui nous paraît le mieux et ce à quoi nous trouvons le plus de plaisir, ne nous appartenons-nous pas à nous-mêmes ? Lorsque nous appartenons, en pratique, au Seigneur, nous lui demandons ce que nous devons faire, et alors notre vie Lui est consacrée. C’est ce que son cœur réclame. Et c’est ce que le Saint Esprit s’efforce d’opérer en nous Car il cherche la gloire du Seigneur Jésus (Jean 16, 14).

Quelle merveilleuse réponse donne « le serviteur ». Il ne parle pas de son œuvre avec Ruth, ni de la manière dont il l’a conduite. Il ne parle que d’elle et fait un rapport fidèle de sa conduite, de ses faits et gestes. Certes, il doit encore la nommer la jeune Moabite. Il peut dire qu’elle a quitté Moab pour venir à Bethléhem. Il peut raconter qu’elle s’est liée à Naomi, faible témoin. Mais elle n’est pas encore unie à Boaz, elle est encore la Moabite.

Quand quelqu’un est réellement converti, il est « sanctifié » par la nouvelle naissance, séparé du monde (1 Pierre 1, 2 ; 2 Thess. 2, 13). Il n’est plus dans la chair (Rom. 7, 5). Mais il n’est pas encore dans l’Esprit (Rom. 8, 9), il n’est pas encore spirituel (1 Cor. 2, 15). Il peut être charnel (Rom. 7, 14 ; 1 Cor. 3, 3), c’est-à-dire qu’il est bien né de nouveau, mais il n’est pas délivré de la puissance du péché et n’est ainsi pas encore scellé du Saint Esprit (Rom. 7, 14 ; 1 Cor. 3, 1). Ou il est bien scellé, mais la chair a encore des attractions pour lui, telles : la sagesse humaine, les capacités, etc. Cela suppose une volonté charnelle.

Les Israélites s’étaient mis à l’abri du sang de l’agneau et avaient traversé la mer Rouge. Celle-ci représente la mort et la résurrection de Christ pour nous. En type ils avaient ainsi part à toutes les conséquences glorieuses de l’œuvre de Christ. Aussi, Dieu les reconnaît en Horeb comme son peuple. Et cependant ils sont encore, aux yeux de Dieu, entachés de l’opprobre de l’Égypte (Josué 5, 9). Cet opprobre n’est roulé de dessus eux que lorsqu’ils sont entrés volontairement avec l’arche dans le Jourdain et en sont ressortis sur l’autre rive (c’est-à-dire lorsqu’ils se sont consciemment appropriés la mort et la résurrection de Christ, de manière à pouvoir dire : « Je suis mort et ressuscité avec Christ ») et qu’ils ont été ensuite circoncis (c’est-à-dire qu’ils appliquent pratiquement la mort de Christ à leur propre vie (2 Cor. 4, 10-12).

Voilà le point où le Saint Esprit veut amener tout croyant. C’est ce que nous présente l’épître aux Éphésiens : ressuscités avec Christ et assis en Lui dans les lieux célestes (Éph. 2, 6). Cela présuppose que nous sommes un avec Lui, l’homme glorifié dans le ciel (Éph. 1, 23). Ruth doit aussi être amenée là, mais tant qu’elle ne s’abandonne pas entièrement à Boaz, pour être unie à lui (3, 9), elle porte encore le caractère de son origine. Elle est encore la jeune Moabite.

Mais quoiqu’elle n’ait pas encore atteint la pleine croissance (perfection), quel beau témoignage lui est rendu. Elle est revenue avec Naomi des champs de Moab. Ici, c’est de nouveau revenue, exactement comme au chap. 1, 22 (*). C’est comme s’il devait être relevé qu’elle n’appartenait en fait plus à Moab, même si elle était encore une Moabite. Elle a perdu l’esprit hautain et indépendant de Moab (És. 16, 6). Elle sent que tout est grâce et c’est avec humilité qu’elle a demandé si elle pouvait glaner. Cette humilité est si précieuse pour le Saint Esprit que la chose est répétée, bien qu’elle ait déjà été mentionnée au v. 2. Mais ici il est dit qu’elle n’a pas seulement demandé de pouvoir glaner, mais aussi de ramasser entre les gerbes. Glaner est la première chose, l’appréciation de la nourriture de Bethléhem. Ramasser va plus loin. Ce n’est pas encore lier en gerbes, mais cela y conduit. L’âme veut avoir un lien durable, et voir l’enchaînement et la relation entre tout ce que Dieu donne. Cela nécessite de l’intelligence des pensées de Dieu en bénédiction. Et elle sent qu’elle trouvera ce qu’elle cherche là où sont les gerbes, derrière les moissonneurs qui, plus avancés dans la connaissance du Seigneur Jésus et des pensées de Dieu, en tant que serviteurs du vrai Boaz, fauchent le blé à larges coups. Le Saint Esprit observe si le jeune croyant a faim de la parole de Dieu et visite les lieux où ce besoin peut être assouvi. C’est le signe d’une vie saine. Là où la vie est saine, il y a de la faim. Si des croyants, spécialement de jeunes croyants, n’ont aucun appétit pour la parole de Dieu, cela témoigne d’une vie spirituelle faible. Ruth avait cette faim. Elle était si grande que dès le matin — nous pourrions dire dès sa conversion — elle glanait et ramassait avec grand zèle : « Ce qu’elle a été assise dans la maison est peu de chose » (v. 7). Le Saint Esprit informe le Seigneur de notre vie en relation avec les choses qui le concernent, il lui indique la vraie mesure de notre intérêt et de notre zèle. Ne trouvons-nous pas la même chose dans de nombreux passages de la parole de Dieu ? par exemple en 1 Thess. 1, 3 : « Nous souvenant sans cesse de votre œuvre de foi, de votre travail d’amour, et de votre patience d’espérance de notre Seigneur Jésus Christ ».

 

(*) Voir note page 43

 

Maintenant Boaz commence à parler à Ruth (v. 8). Remarquons le changement : Ruth avait pris l’initiative de glaner. Par la providence de Dieu et en accord avec l’état de son cœur, elle était entrée dans le champ de Boaz. Maintenant toute l’initiative passe à Boaz. Il encourage ceux qui sont dans son champ et il les amène, pas à pas, jusqu’à ce qu’ils atteignent le lieu de la pleine bénédiction. Comment pourraient-ils, dans leur indigence, parvenir là par eux-mêmes ? Mais lui, l’homme puissant et riche, peut et veut le faire. Son cœur désire que chacun des siens se confie entièrement en lui, afin qu’il puisse donner selon les richesses de son amour et de sa puissance.

Avec quelle bonté lui parle-t-il, lui laissant tout de suite sentir qu’il pense à elle avec faveur. Quel glorieux modèle pour nous. Sommes-nous attentifs, sur le plan spirituel, aux jeunes croyants qui sont parmi nous ou qui viennent au milieu de nous ? Les encourageons-nous à croître spirituellement ? Les encourager n’est pas seulement l’affaire des croyants âgés. Même le plus jeune peut accomplir ce service. « L’inquiétude dans le cœur d’un homme l’abat, mais une bonne parole le réjouit » (Prov. 12, 25). Le monde est plein d’hommes soucieux, et on en trouve aussi parmi les croyants, souvent. À voir la rareté avec laquelle nous dispensons des paroles d’encouragement, on pourrait croire qu’elles coûtent au moins Fr. 50. — pièce.

Avons-nous une fois pensé aux fruits produits tant par les miracles et par les signes accomplis par le Seigneur, que par ses paroles ? Le Seigneur a accompli de nombreux miracles et signes. Mais combien de conversions en sont résultées ? En Jean 2, 23 nous lisons : « Plusieurs crurent en son nom, contemplant les miracles qu’il faisait » ; il est toutefois ajouté : « mais Jésus lui-même ne se fiait pas à eux, parce qu’il connaissait tous les hommes ». Des miracles et des signes peuvent persuader les sentiments et même la raison ; mais la conscience est rarement atteinte ainsi. En revanche, combien de millions de personnes ont été converties et combien de millions ont été consolées par les paroles du Seigneur. Et il désire que nous l’imitions aussi en cela.

En És. 50, 4 nous lisons que le Seigneur Jésus dit : « Le Seigneur l’Éternel m’a donné la langue des savants, pour que je sache soutenir par une parole celui qui est las. Il me réveille chaque matin, il réveille mon oreille pour que j’écoute comme ceux qu’on enseigne ».

Je crains que souvent nous ne désirions posséder la langue des savants que pour pouvoir faire montre de nos connaissances et de notre intelligence. Le Seigneur Jésus ne l’avait pas pour cela ; aussi les fils de Coré chantaient de Lui : « Tu es plus beau que les fils des hommes ; la grâce est répandue sur tes lèvres : c’est pourquoi Dieu t’a béni à toujours » (Ps. 45, 2).

Avons-nous déjà remarqué une fois qu’il est dit en Col. 3, 17 : « Quelque chose que vous fassiez, en parole ou en œuvre » ? Habituellement nous ne considérons pas les paroles comme des œuvres, mais la parole de Dieu le fait parfois. Nous pouvons faire beaucoup avec nos paroles, beaucoup de mal et beaucoup de bien. Pour apprendre à faire le bien, nous devons être près du Seigneur Jésus. Il dit : « Apprenez de moi » ! comme moi j’ai aussi appris, lorsque j’étais sur la terre (És. 50, 4).

« Ne va pas glaner dans un autre champ. » Le Seigneur Jésus ne veut pas que nous allions dans des champs qui ne sont pas à Lui, où son autorité n’est donc pas entièrement reconnue et où la direction n’est pas entièrement laissée au Saint Esprit. Il est un homme « puissant et riche ». Tous les champs d’alentour sont à Lui. Il a surabondamment pour satisfaire à tous nos besoins.

Mais dans son champ il règle tout et il n’y a aucune place pour la volonté de l’homme. Le principe fondamental est : « C’est l’Esprit qui vivifie ; la chair ne profite de rien ». Un croyant charnel ne veut rien savoir de cela. « Dès lors plusieurs de ses disciples se retirèrent ; et ils ne marchaient plus avec lui » (Jean 6, 60-69). Et le Seigneur demanda aux douze : « Et vous, voulez-vous aussi vous en aller ? » Nous ne devons pas oublier que c’était des disciples qui s’en étaient allés. Ils demeuraient des disciples, mais ne voulaient plus marcher avec lui. N’avoir plus rien à dire et ne devoir qu’obéir, c’est trop pour la chair. Combien cela dut faire du bien au cœur du Seigneur d’entendre la réponse de Pierre : « Seigneur, auprès de qui nous en irions‑nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ». Il y avait là des cœurs auxquels il suffisait, qui sentaient que la vraie bénédiction et la vie effective se trouvaient uniquement dans une vie de communion avec lui, dans une vie régie seulement par sa sagesse, son amour et sa puissance.

« Nul serviteur ne peut servir deux maîtres... vous ne pouvez servir Dieu et les richesses » (Luc 16, 13). Nous ne pouvons servir à la fois le Seigneur Jésus et le monde ou nous-même. C’est parce que nous essayons de le faire qu’il y a tant de froideur, tant de vide et tant de chagrin dans les cœurs, au milieu de nous. La première fois que les Israélites pleurèrent, après avoir été délivrés d’Égypte, c’était parce qu’ils étaient en mauvaise compagnie, avec un peuple mélangé au milieu d’eux (Nomb.11, 4).

En Néhémie 13, 23, 24, nous lisons : « En ces jours-là aussi, je vis des Juifs qui avaient pris des femmes asdodiennes, ammonites, et moabites ; et leurs fils parlaient à moitié l’asdodien et ne savaient pas parler le juif ». Chez combien de croyants ne voyons-nous pas la même chose ! Les cinq premières minutes, on croit qu’ils sont dans le champ de Boaz. Mais les cinq minutes d’après, ils parlent la langue d’autres champs. Et on remarque habituellement très vite chez leurs enfants qu’ils ne parlent pas la langue « du pays ».

Si nous prenons publiquement la place de séparation, si nous sommes dans le champ où Boaz seul a autorité et où « son serviteur » seul dirige tout, puis que nous allions aussi dans d’autres champs où l’on ne s’enquiert pas uniquement de la volonté du Seigneur et où l’on ne donne pas au Saint Esprit seul la liberté de diriger, cela prouve simplement que nous n’avons aucune confiance dans le Seigneur, dans son amour et dans sa puissance pour nous donner tout ce dont nous avons besoin, et que nous ne sommes pas disposés à n’avoir aucune volonté propre ni à demander seulement : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » Dieu désire que nous soyons séparés. « Voici, c’est un peuple qui habitera seul » (Nomb. 23, 9). « Soyez saints (séparés), car moi je suis saint » (1 Pierre 1, 15-17). Et il désire la vérité dans le cœur. Quand nous prenons publiquement la place de séparation, que ce soit aussi le cas dans la pratique, afin que Dieu puisse dire de nous : « Ce sont ceux qui suivent l’Agneau où qu’il aille » (Apoc. 14, 4).

Peut-être quelqu’un pourrait-il objecter qu’il n’a pas vu beaucoup de force chez ceux qui se rassemblent ainsi dans la séparation. Dans un certain sens, c’est juste, car la force n’est pas de l’homme, mais de Dieu. Et comment pourrions-nous attendre de la force extérieure, là où le Seigneur Lui-même dit d’eux : « Tu as peu de force » (Apoc. 3, 8).

Mais avons-nous une notion juste de ce qu’est la force de Dieu ? Nous pouvons l’apprendre au chap. 19 de 1 Rois. Élie n’était pas non plus satisfait de la manifestation de la puissance de Dieu. Alors Dieu lui dit : « Sors, et tiens-toi sur la montagne devant l’Éternel. Et voici, l’Éternel passa, et devant l’Éternel un grand vent impétueux déchirait les montagnes et brisait les rochers : l’Éternel n’était pas dans le vent. Et après le vent, un tremblement de terre : l’Éternel n’était pas dans le tremblement de terre. Et après le tremblement de terre, du feu : l’Éternel n’était pas dans le feu. Et après le feu, une voix douce, subtile. Et il arriva, quand Élie l’entendit, qu’il enveloppa son visage dans son manteau, et sortit et se tint à l’entrée de la caverne. Et voici, une voix lui parla, et dit : Que fais-tu ici, Élie ? »

L’homme naturel ou le croyant charnel aurait dit, lors de l’ouragan, du tremblement de terre et du feu : « Que la puissance, qui peut ainsi disposer des éléments, est grande, impressionnante et dévastatrice » ! Cependant le Seigneur n’était pas dans ces choses, bien qu’il en disposât. De la voix douce l’homme aurait dit : « Quelle faiblesse » ! Toutefois Dieu était là. Et cette voix douce fit qu’Élie sortit de la caverne et enveloppa son visage dans son manteau. Cela l’humiliait et le rendait soumis, en vérité, de sorte que Dieu put lui enseigner son chemin. « Ni par force, ni par puissance, mais par mon Esprit, dit l’Éternel des armées » (Zach. 4, 6 ; voir aussi 1 Cor. 2, 1-5 ; 2 Cor. 12, 9, 10).

« Ne t’en va pas non plus d’ici, mais tiens-toi ici auprès de mes jeunes filles » (v. 8). À première vue, il semble que ces paroles ne font que répéter ce qui est dit dans la phrase précédente. Mais il n’en est pas ainsi. Il s’agit ici de la compagnie que nous devons chercher dans le champ de Boaz. Malheureusement ceux qui s’y trouvent ne sont pas tous pareils quant à leur état spirituel.

Nous avons déjà remarqué que, dans les types de l’Écriture, le féminin est en général en relation avec la position, le masculin, avec l’état pratique. Les moissonneurs représentent ceux qui, dans l’énergie spirituelle, exposent aux croyants la Parole et les pensées de Dieu ; ce sont ceux qui, par leurs dons, nous expliquent la parole de Dieu et la vivent devant nous. Les jeunes filles sont nommées ici pour la première fois. Leur travail consistait à lier les gerbes, donc à rassembler les épis coupés. Mais vu la signification du féminin, nous devons voir en elles ici la position extérieure selon la vérité de Dieu, comme les moissonneurs la présentent objectivement d’après la parole de Dieu. Elles ne sont pas appelées les lieuses de gerbes, mais simplement les jeunes filles, et cela a une grande importance.

De Rebecca, type de l’assemblée, il est dit expressément en Gen. 24, 16 qu’elle était vierge et qu’aucun homme ne l’avait connue. C’était là une condition pour devenir l’épouse d’Isaac. Le souverain sacrificateur ne pouvait prendre pour femme qu’une vierge (Lév. 21, 13, 14). En 2 Cor. 11, 2 l’apôtre écrit : « Je vous ai fiancés à un seul mari, pour vous présenter au Christ comme une vierge chaste ». Et en Apoc. 14, il est dit des 144 000 : « Ce sont ceux qui ne se sont point souillés avec les femmes, car ils sont vierges ». Ézéchiel 16, 26-29 nous présente d’une manière claire ce qu’est la prostitution dans les images des Écritures : c’est abandonner la séparation et avoir communion avec quelqu’un d’autre que Christ, avec le monde.

Il y a des places où l’on n’est pas séparé pour Christ seul, mais où l’on est en communion avec le monde que ce soit dans son caractère inique ouvert ou sous un vernis chrétien. Il n’en est pas ainsi dans le champ de Boaz. Là tout est soumis à l’autorité d’un Seigneur ressuscité, dont Boaz est un type. Pourtant quand il s’agit de l’état pratique de ceux qui sont dans le champ de Boaz, on en trouve malheureusement aussi qui n’ont pas gardé leur virginité, qui ne sont pas uniquement pour le Seigneur Jésus, mais qui ont également communion avec le monde. « Car plusieurs marchent, dont je vous ai dit souvent et dont maintenant je le dis même en pleurant, qu’ils sont ennemis de la croix du Christ », « la croix de notre Seigneur Jésus Christ, par laquelle le monde m’est crucifié, et moi au monde » (Phil. 3, 18 ; Gal, 6, 14).

Le Seigneur nous conseille de chercher une compagnie spirituelle et des rapports spirituels. « Fuis les convoitises de la jeunesse, et poursuis la justice, la foi, l’amour, la paix, avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur » (2 Tim. 2, 22). Et cela est dit à ceux qui se sont purifiés et séparés extérieurement. Il est donc possible de prendre extérieurement une place de séparation, tout en n’étant pas pur intérieurement, et en ne poursuivant pas la justice, la foi, l’amour et la paix. En ayant contact avec des croyants charnels, mondains et ignorants, nous ne croissons pas dans la grâce. Celui qui veut progresser doit rechercher la compagnie de croyants spirituels, qui réalisent pratiquement ce que la parole de Dieu leur enseigne et qui ont un cœur non partagé pour le Seigneur Jésus. Alors le Seigneur peut bénir et donner l’accroissement.

« Aie les yeux sur le champ qu’on moissonne, et va après elles » (v. 9). Dans le champ de Boaz, on moissonne continuellement. Si nous voulons obtenir une portion de tout — si nous voulons ne pas rester en arrière dans la foi — notre œil doit être fixé sur le champ et ne pas errer. Puis nous devons suivre les moissonneurs afin de recevoir de tout un peu et qu’il n’y ait en nous aucun défaut, du fait d’une croissance défectueuse. « Parle à Aaron, en disant : Aucun homme de ta semence, en ses générations, qui a quelque défaut corporel, ne s’approchera... l’homme aveugle, ou boiteux, ou camus, ou qui a l’un de ses membres, plus long que l’autre ; ou l’homme qui a une fracture au pied ou une fracture à la main ; ou celui qui est bossu, ou grêle, ou qui a une tache à l’œil. » (Lév. 21, 17-23 ; 2 Pierre 1, 9, 10 ; Phil. 3, 3, 15). Le Seigneur Jésus ne désire avoir ni nain spirituel ni chrétien malformé. Il désire que nous soyons tous parfaits (le mot « parfait » dans le Nouveau Testament signifie la plupart du temps homme « fait »), c’est-à-dire que nous parvenions à la vraie position chrétienne, telle qu’elle nous est présentée, principalement dans l’épître aux Éphésiens. Mais pour cela, il nous faut avoir appris, pratiquement, la vérité des autres épîtres, telles que les épîtres aux Romains, aux Corinthiens, etc.

« N’ai-je pas commandé aux jeunes hommes de ne pas te toucher. » Ici les moissonneurs sont appelés « jeunes hommes ». Ils sont présentés dans leur mâle énergie, comme nous les trouvons dépeints en 1 Jean 2, 14. Ils sont forts, ils ont vaincu le méchant et la parole de Dieu demeure en eux. Mais il y a souvent danger qu’ils oublient qu’eux aussi ont été de petits enfants en Christ, et qu’ils ne puissent alors plus comprendre les petits enfants, ni les supporter. Ne trouvons-nous pas un exemple de cela notamment en Matt. 15, 23 ; Luc 9, 55 et 18, 15 ? Comment pouvons-nous nous attendre que des nouveaux convertis ou que des croyants venant de cercles où ils n’ont reçu aucun enseignement dans la Parole, voient les choses d’une manière juste et agissent en conséquence. Nous avons besoin d’avoir de la patience à leur égard. Nous devons les éduquer, afin qu’ils progressent à l’état de jeunes hommes et ensuite, si possible, à celui de pères en Christ. Combien souvent nous avons manqué en cela. Mais que c’est beau de voir Boaz encourager ainsi Ruth et lui ôter toute crainte.

« Et si tu as soif, tu iras aux vases, et tu boiras de ce que puisent les jeunes hommes » (v. 9). Comme nous l’avons vu, faucher fait allusion au service oral. Ici, nous avons plutôt un service qui a déjà eu lieu auparavant, mais dont le résultat est encore à notre disposition. Par le moyen de ses serviteurs, notre Boaz a fait préparer des vases pleins d’eau vive rafraîchissante, afin que nous puissions en boire dès que et aussi longtemps que nous avons soif (Jean 7, 38).

Nous pouvons voir là, en premier lieu, la parole de Dieu, les paroles spirituelles données par le Saint Esprit qui communiquent des choses spirituelles (1 Cor. 2, 9-13). Mais en outre nous possédons aussi de grands trésors dans les méditations des « jeunes hommes » qui étaient forts, qui avaient vaincu le méchant et en qui la parole de Dieu demeurait (1 Jean 2, 14). Est-ce que nous mesurons les immenses richesses que le Seigneur a mises dans nos mains par ce moyen ? Quand nous voyons combien peu ces écrits sont demandés et quel usage insignifiant on en fait, nous devons bien en conclure qu’il n’y a pas de soif, aucun intérêt pour la merveilleuse vérité de Dieu et les dons de grâce du Seigneur Jésus. Cependant le Seigneur les a mis à notre disposition. Et il dit à tout humble glaneur : « Si tu as soif, va aux vases et bois de ce que les jeunes hommes ont puisé ». Que le Seigneur nous donne, surtout aux jeunes croyants, d’avoir des cœurs assoiffés, afin que nous buvions à longs traits ce qu’il a préparé pour nous, dans la prévoyance de son amour.

Ruth « tomba sur sa face, et se prosterna contre terre, et lui dit : Pourquoi ai-je trouvé grâce à tes yeux, que tu me reconnaisses, et je suis une étrangère ? » (v. 10).

Combien peu l’âme est préparée aux compassions inattendues de Dieu ! Et comme elles étaient peu nombreuses et faibles en comparaison de ce qui allait suivre ! Cependant il est beau de voir que Ruth reconnaît la bonté de Boaz et sent sa propre indignité. Nous trouvons un trait semblable en Mephibosheth, lorsqu’il se tient devant l’arrière-petit-fils de Boaz et qu’il dit à David : « Qu’est ton serviteur, que tu aies regardé un chien mort tel que moi ? » (2 Sam. 9, 8).

Cette humilité se manifeste toujours lorsque l’âme est placée dans la présence du Seigneur. Le juste Job, cet homme dont Dieu pouvait déclarer « qu’il n’y a sur la terre aucun homme comme lui, parfait et droit, craignant Dieu, et se retirant du mal » (Job 1, 8) dit de lui-même : « Mon oreille avait entendu parler de toi, maintenant mon œil l’a vu : C’est pourquoi j’ai horreur de moi, et je me repens dans la poussière et dans la cendre » (Job 42, 5, 6).

Comment pourrions-nous nous croire quelque chose lorsque nous sommes en présence de cette merveilleuse Personne ? S’il y a en nous de l’orgueil, si nous pensons quelque chose de nous-mêmes, c’est parce que nous ne Le voyons pas à ce moment.

Et ce sont justement sa grâce et sa miséricorde qui nous rendent humbles. Lorsque nous nous voyons nous-mêmes dans sa présence, nous demandons avec confusion : « Pourquoi ai-je trouvé grâce à tes yeux ? » Nous trouvons la réponse dans la connaissance de sa Personne, uniquement.

Lorsque, par sa grâce infinie, je peux dire du Seigneur Jésus : Il est le « Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi » (Gal. 2, 20), je n’arrive pas à le comprendre, tant que je regarde à moi-même. Je ne peux rien trouver en moi de nature à éveiller son amour ; au contraire je ne vois que des choses qui devaient le remplir de dégoût et de colère.

Mais quand je regarde à Lui et que je le connais mieux, alors je peux comprendre. Alors je saisis que cette merveilleuse Personne pouvait m’aimer au point d’aller à la croix pour moi, pour y subir à ma place le jugement d’un Dieu saint qui ne peut pas épargner le péché. Car tout en Lui est infini et parfait. Non seulement il aime, mais il est amour.

Combien Il devient alors grand à mes yeux. Et combien je deviens petit comparativement à Lui. Ce sont justement sa grâce, ses miséricordes qui me rendent petit et humble.

« Et Boaz répondit et lui dit : Tout ce que tu as fait pour ta belle-mère après la mort de ton mari, m’a été rapporté, et comment tu as quitté ton père et ta mère, et le pays de ta naissance, et tu es venue vers un peuple que tu ne connaissais pas auparavant » (v. 11).

Aux v. 6 et 7 nous avons entendu le témoignage du « serviteur qui était établi sur les moissonneurs » (le Saint Esprit). Ici nous avons le témoignage du Seigneur, mais donné à la personne même. Quand nous ne nous donnons pas d’autre témoignage à nous-mêmes sinon que tout ce que nous avons est grâce, alors le Seigneur rend témoignage de nous.

Le Seigneur ne nous demande jamais de donner témoignage de notre travail ou de nous défendre nous-mêmes. Nous avons à rendre témoignage de Lui et de son œuvre et à combattre pour Lui. Si nous le faisons, Lui rendra témoignage de nous et nous défendra. Il peut le faire infiniment mieux que nous-mêmes. Et il nous dira aussi Lui-même ce qu’il pense de nous.

Quel encouragement pour Ruth ! Comment aurait-elle pu penser que l’histoire d’une femme pauvre et étrangère viendrait aux oreilles d’un homme aussi puissant et qu’il en apprécierait tous les détails !

Je ne pense pas qu’elle n’ait jamais considéré comme un sacrifice de sa part de quitter Moab pour se rendre avec Naomi à Bethléhem. Est-ce qu’un enfant de Dieu n’a jamais estimé comme une bonne action de sa part d’avoir été avec ses péchés et sa dette vers le Seigneur et de l’avoir accepté comme son Seigneur et son Sauveur ? Chaque croyant ressent qu’il n’a agi ainsi que par une grâce infinie. Cependant Dieu, dans sa merveilleuse grâce, nous compte comme une grande et bonne action le fait que nous ayons accepté le Seigneur Jésus dans une époque où il est rejeté par le monde. Et il nous a donné une grande récompense ; et il nous donnera bientôt encore davantage : nous avons déjà maintenant — et bientôt encore plus dans l’éternité — une place et des bénédictions dépassant celles de tous les croyants d’avant la croix et d’après l’enlèvement de l’assemblée.

Quel encouragement aussi qu’il soit au fait de tout, à notre égard et qu’il sache également ce qui concerne le travail accompli pour lui. Il se peut que personne ne le voie ou n’en parle, oui, que nous soyons toujours dans l’ombre de quelqu’un d’autre. Le Seigneur cependant voit tout et n’oublie rien. Et est-ce que son approbation et son sourire ne valent pas plus que toute l’approbation et la louange venant de qui que ce soit d’autre ? C’est un moment précieux lorsqu’une âme devient consciente pour la première fois que le Seigneur la connaît et sait tout ce qui la concerne. Et plus nous en sommes conscients, plus cela devient précieux.

Le Seigneur connaît et apprécie parfaitement tout ce qui nous concerne ! Boaz sait tout ce que Ruth a fait pour sa belle-mère, après la mort de son mari, son lien naturel avec Naomi. Il sait comment, pour l’amour de Naomi, elle a quitté son père, le seul homme avec lequel elle était encore en relation, son seul protecteur. Comment, pour sa belle-mère, elle a même quitté sa mère, le centre de son amour et de ses affections selon la nature, et comment elle a aussi quitté le pays où elle était née, pour aller vers un peuple qu’elle ne connaissait pas, parce que c’était le peuple de Naomi. Et il le dit en des termes qui l’associent avec Abraham, le père des croyants (Gen. 12, 1 ; Héb. 11, 8). Le Seigneur connaît toutes nos circonstances, toutes nos difficultés et tous les dangers auxquels nous sommes exposés. Et il peut nous comprendre en tout, parce qu’il a été dans les mêmes circonstances, en grâce pour nous (Héb. 2, 10, 14, 18 ; 4, 15). Pourquoi alors craindrions-nous ?

Nous voyons aussi ici que si le cœur est simple et l’œil dirigé sur le Seigneur, Lui sait comment il peut tirer de la conduite d’un pauvre et faible croyant un témoignage pour Lui-même. Nous commettons souvent l’erreur de nous proposer comme but d’être des témoins. Mais cela aboutit précisément au résultat inverse ; nous ne rendons aucun vrai témoignage, sauf peut-être aux yeux de ceux qui sont incapables d’en juger. La vraie source et la vraie puissance d’un témoignage consistent à ne pas être occupé de soi-même, mais du Seigneur Jésus seul. Ruth ne cherchait pas à être un témoin. Elle suivait le chemin du simple accomplissement de son devoir. Mais cette attitude était liée à un amour vrai envers Naomi et de ce fait, n’était pas séparée, dans son esprit, de la gloire du vrai Dieu. Aller notre chemin dans une simple obéissance, mais par amour pour le Seigneur Jésus — voilà ce qui fait de nous de vrais témoins pour lui. Lorsque nous accomplissons ce qu’il nous commande, nous Le manifestons au monde dans notre vie. Et par la consécration que nous mettrons à agir, le monde verra quelle Personne glorieuse il doit être pour produire en nous un tel attachement.

Remarquons également qu’elle sera davantage récompensée pour son attachement que pour son travail. Si elle avait simplement glané comme d’autres femmes, elle aurait reçu le produit de son travail, et pas davantage. Mais comme son attachement à une personne était le ressort et la force de toutes ses actions, elle reçoit bien plus, comme nous le verrons dans les versets suivants. Et, moralement, il en est toujours ainsi. Quelque grande que puisse être la récompense d’un service fidèle, si celui-ci est fait par attachement au Seigneur, elle en sera infiniment plus grande. Et non seulement cela, mais l’attachement ira — comme chez Ruth — toujours plus loin, jusqu’à un repos et un honneur, complets, et enfin à une union parfaite avec l’objet de son attachement.

« Que l’Éternel récompense ton œuvre, et que ton salaire soit entier de la part de l’Éternel, le Dieu d’Israël, sous les ailes duquel tu es venue t’abriter ! » (v. 12).

Boaz la bénit ; c’est une bénédiction qu’il partagera ensuite avec elle, comme c’est le cas de quiconque bénit. Il désire que le Seigneur récompense son œuvre, et le Seigneur le fit. Son œil était sur elle, lorsqu’elle refusait de retourner en Moab. Il entendait sa déclaration solennelle qu’elle voulait aller par la porte ouverte, alors que Naomi l’engageait à s’en retourner. Il comptait tout cela comme une œuvre faite pour Lui. Et Boaz qui prononçait cette bénédiction lui faisait déjà éprouver que ce n’est pas une chose vide de sens que de chercher refuge sous les ailes du Dieu d’Israël. Et ici de nouveau il l’associe, par ses paroles à Abraham (Gen. 15, 1).

Quelle belle image Boaz utilise relativement aux soins de Dieu pour les siens ! C’est l’image que Dieu Lui-même emploie (voir par ex. Ex. 19, 4 ; Deut. 32, 11). Et le Seigneur Jésus s’en sert aussi, lorsqu’il rappelle comment il avait voulu prendre soin de Jérusalem (Matt. 23, 37). Les poussins ne sont-ils pas parfaitement en sécurité sous les ailes de la poule ? Les ailes de l’aigle ne sont-elles pas assez fortes pour porter ses petits d’une manière sûre ? Pourquoi devrions-nous prendre soin de nous-mêmes ? Si Ruth avait recherché ses propres intérêts, elle n’aurait jamais atteint son but aussi vite et aussi facilement.

« Et elle dit : Mon seigneur, que je trouve grâce à tes yeux ! car tu m’as consolée, et tu as parlé au cœur de ta servante, et pourtant je ne suis pas comme une de tes servantes » (v. 13).

Nous voyons dans ce verset combien les paroles de Boaz avaient encouragé Ruth. La récompense n’est pas le but de la foi, mais la foi en est fortifiée. La foi reste toutefois consciente que c’est pure grâce et elle désire en recevoir encore plus. Tel est le caractère de la foi.

La chair ne veut rien de la grâce, car être obligé de recevoir rabaisse. Et quand elle sait que seule la grâce peut apporter du secours, elle la refuse comme étant trop grande ou en se déclarant trop indigne d’elle. Mais en réalité, c’est aussi de l’orgueil. Le moi est au centre de ses pensées et elle mesure la grâce du Seigneur selon ce qu’elle est elle-même.

La grâce encourage l’âme à avoir une confiance heureuse et elle y répond ensuite. La foi est victorieuse du monde et elle se tourne alors entièrement et avec pleine confiance vers Dieu. Elle ne doute pas de la grâce de Dieu. Elle se confie complètement en Dieu et accepte chacune de ses paroles de grâce. Mais ensuite elle demande encore davantage de grâce. Et en cela elle glorifie Dieu, car il est le Dieu de toute grâce. La foi montre ainsi qu’elle connaît Dieu comme le grand Donateur.

Nous voyons ici la grâce de Boaz aller de pair avec la foi de Ruth. Ruth croit les paroles de Boaz — sachant néanmoins et reconnaissant que tout est grâce — et elle sait dorénavant qu’elle est dans la faveur de Boaz. Nous aussi, nous savons que nous sommes dans la faveur (ou grâce) de Dieu (Rom. 5, 2) ayant cru en Celui qui a ressuscité d’entre les morts Jésus, notre Seigneur qui est mort pour nos péchés et a été ressuscité pour notre justification (Rom. 4, 24, 25). Cette assurance rend Ruth heureuse, mais pas orgueilleuse. Elle reconnaît son autorité sur elle et se déclare sa servante.

Relevons que Boaz parle au cœur de Ruth. C’est aussi toujours ce que le Seigneur fait. Il ne parle pas beaucoup à l’intelligence, mais au cœur et à la conscience ; au cœur pour éveiller des sentiments, à la conscience pour amener à la connaissance de son propre état. C’est une bonne leçon pour nous. Que l’intelligence soit convertie n’a aucune valeur. La conscience doit être amenée dans la lumière de Dieu, et les sentiments du cœur doivent être stimulés.

Ruth reconnaît l’autorité de Boaz sur elle et s’appelle elle-même sa servante, tout en ajoutant qu’elle n’est pas comme une de ses servantes. Elle avait vécu avec les jeunes filles de Moab et savait ce qu’elles étaient. Elle-même était l’une d’entre elles. Et maintenant, elle voit les filles de Bethléhem, qui servaient Boaz, et qui étaient ses jeunes filles et n’avaient ainsi aucune communion avec le monde. Elle voit la différence.

Une sœur m’a raconté une fois ce qu’elle avait éprouvé quand, après avoir été convertie hors du monde, elle avait assisté pour la première fois à la réunion du dimanche matin. Elle constata que toutes les sœurs avaient des cheveux longs et avaient la tête couverte. Elle vit leur aspect extérieur et leur comportement lors du culte, et elle pensa : « Ce sont des personnes si saintes que je n’appartiens pas à leur milieu ». Mais comme Ruth, elle ne pouvait pas s’en aller, car elle sentait que notre Boaz était présent. Et elle voulait être auprès de Lui.

Une sœur qui sert le Seigneur et désire être pour Lui seul — être ainsi sa servante — le montrera également dans son apparence extérieure. Elle demandera aussi en cela comment elle peut plaire au Seigneur et le servir. Elle se parera « d’un costume décent, avec pudeur et modestie, non pas de tresses et d’or, ou de perles, ou d’habillements somptueux, mais par de bonnes œuvres, ce qui sied à des femmes qui font profession de servir Dieu » (1 Tim. 2, 9, 10). Elle aura les cheveux longs et la tête couverte (1 Cor. 11).

La grande tendresse et la bonté de cet homme puissant et riche de Bethléhem apparaissent à la pauvre femme moabite dans toutes ses paroles et dans tous ses actes. Toute l’attention de Boaz se concentre sur elle, et sa grâce inattendue parle à son cœur, comme elle le lui dit. Mais elle n’abuse pas de sa grâce. Il n’y a ni familiarité, ni effronterie, que ce soit en paroles ou en actions. Il s’est abaissé, en grâce, jusqu’à elle, mais cela ne la conduit qu’à s’abaisser elle-même et à l’élever Lui. Elle se prosterne en terre devant lui et reconnaît son indignité. Elle est « une étrangère » et non pas comme l’une de ses servantes. Cependant elle accepte avec humilité et avec étonnement tout ce qu’il fait pour elle — digne sœur de tant de femmes dans les Évangiles.

« Et, au temps du repas, Boaz lui dit : Approche-toi ici, et mange du pain, et trempe ton morceau dans le vinaigre. Et elle s’assit à côté des moissonneurs, et il lui tendit du grain rôti ; et elle mangea, et fut rassasiée, et en laissa de reste » (v. 14).

Comme nous l’avons vu, Ruth allait son chemin dans l’humilité, accomplissant avec simplicité son devoir. Mais Boaz pensait à elle et voulait que d’autres aussi apprennent ce que sa grâce avait opéré dans et envers cette femme moabite. C’est pourquoi il l’invite au repas. Quel signe de faveur pour cette pauvre étrangère !

Ruth ne refuse pas. Elle faisait toujours ce qu’il lui disait et ainsi elle obtint tant de bénédictions. Elle ne disait pas qu’elle était trop pauvre ou que ses vêtements n’étaient pas assez beaux et qu’elle ne pouvait pas accepter l’invitation. Le secret pour recevoir de la bénédiction et pour croître dans la grâce est de faire toujours ce que le Seigneur dit. Il ne nous dit rien qu’il ne désire que nous fassions. Et il veut toujours nous donner la force d’être obéissants.

Ruth était une glaneuse zélée. Toutefois le Seigneur ne désire pas que nous travaillions sans cesse. Il veut aussi que nous prenions le temps de manger et d’être auprès de Lui. Lorsque les disciples vinrent à Lui et Lui rapportèrent « tout ce qu’ils avaient fait, et tout ce qu’ils avaient enseigné » (Marc 6, 30), il leur dit : « Venez à l’écart vous-mêmes dans un lieu désert, et reposez-vous un peu ». Nous sommes souvent tellement occupés de nos paroles et de nos actes, que nous sommes enclins à penser que la puissance et la toute suffisance de l’œuvre dépendent de nous-mêmes, et non pas de Lui. Alors nous avons besoin d’être un moment, seuls avec Lui, et de nous reposer. Plus nous serons assis à ses pieds pour l’écouter et jouir de la communion avec Lui, pour ensuite, partant de là, aller travailler, plus notre service sera béni et fructueux. Ruth n’avait, à la fin, pas moins glané que si elle avait continué à travailler pendant tout le temps du repas. Au contraire, Boaz l’avait si bien pourvue qu’elle avait maintenant beaucoup plus. En outre, elle avait été rassasiée par ce que Boaz lui avait donné, et elle en avait gardé de reste pour le rapporter à Naomi.

Dans la vie courante, il ne viendrait à l’esprit de personne de ne faire que travailler, six jours durant, et de ne manger que le septième. Mais c’est ce que font beaucoup de chrétiens dans les choses spirituelles. Ils pensent qu’il est suffisant de s’asseoir aux pieds du Seigneur le dimanche et de se nourrir alors de nourriture spirituelle. C’est la raison pour laquelle il y a tant de chrétiens faibles, sans force. La nouvelle vie spirituelle, que nous avons reçue lorsque nous sommes nés de nouveau, a également besoin de nourriture chaque jour, et d’une nourriture appropriée. Christ est le pain pour cette vie (Jean 6, 35). Afin de maintenir cette vie, il est nécessaire d’apprécier chaque jour par la foi ce qu’est Christ et ce qu’il a fait (Jean 6, 56). Jour après jour, nous devons récolter et manger notre portion de manne, notre ration de blé de l’année précédente (Jean 6, 27 ; Josué 5, 11).

Ruth avait déjà récolté de la nourriture en glanant. Nous pouvons recevoir beaucoup dans une réunion d’étude ou d’édification, dans la lecture d’une méditation, ou de la parole de Dieu elle-même. Mais ici, cela va plus loin. Ruth est invitée à prendre place à la table de Boaz et à manger avec lui. C’est la même nourriture, mais elle la reçoit maintenant directement de sa main et la mange en sa compagnie. C’est là la communion, avoir une part commune. Et la Parole associe habituellement cette pensée à la « table ».

Ruth voit alors comment Boaz prend soin de ses moissonneurs et de ses servantes. Quelle abondance de nourriture précieuse et de boisson ils reçoivent de la main de leur maître, cet homme riche et puissant. Ne l’avons-nous pas éprouvé nous aussi ?

Mais tout ce que ceux-ci reçoivent est aussi pour elle ! Son cœur et Ses soins sont ouverts pour elle, comme pour ceux qui l’ont déjà servi depuis longtemps, tout indigne qu’elle puisse se sentir. Elle peut s’asseoir auprès des moissonneurs, ces grands travailleurs dans Sa moisson, et avec eux jouir de tout ce que Sa bonté leur donne. Un repas avec tous ceux qui sont en relation avec Boaz, et lui préside la table. Cela ne nous fait-il pas penser au sacrifice de prospérités en Lévitique 3 et 7 ? Là nous voyons toute la famille de Dieu autour de l’autel, mangeant du sacrifice offert : les fils d’Aaron, celui qui a offert le sacrifice, et quiconque d’entre le peuple est pur. Mais Dieu a également sa part, qui est appelée en Lév. 3, 11, 16, Sa nourriture, Son pain. Enfin Aaron, aussi, type de Christ, a sa part (Lév. 7, 31).

En Jean 6, 27-35 nous voyons que le pain que notre Boaz nous donne est la manne, le souvenir du Seigneur Jésus vivant sur la terre. C’est notre nourriture pour le désert, ce monde que nous avons à traverser. Il était comme un Homme sur la terre ; il a passé par toutes les circonstances que nous pouvons avoir à traverser comme croyants, sur la terre. Il a été tenté comme nous, à part le péché. Il a eu faim et soif ; il a connu la fatigue (Jean 4). Il s’est tenu au sépulcre d’un bien-aimé et a pleuré (Jean 11). Il a été solitaire (Ps. 102, 6, 7), il a cherché de la sympathie et des consolateurs (Ps. 69). Oui, dans toutes nos détresses, il a été en détresse (És. 63, 9 ; Héb. 2, 10, 14, 18). En le considérant ainsi avec admiration, nous sommes nourris. C’est le pain des puissants, c’est-à-dire des anges, par lequel ces serviteurs de Dieu reçoivent la force nécessaire à leur service (Ps. 78, 23-25) et par lequel nous aussi, nous recevons la force de servir Dieu et d’accomplir sa volonté dans un monde où Satan règne et où le Seigneur est rejeté. C’est là la première chose dont nous avons besoin, comme croyants, dans ce monde ; et c’est ce que Dieu donne à chacun.

Ensuite, Ruth peut tremper son morceau dans le vinaigre. Le mot hébreu et grec pour vinaigre ne se retrouve, à part notre passage, que dans les versets suivants : Nomb. 6, 3 ; Prov. 10, 26 ; 25, 20 ; Ps. 69, 21 ; Matt. 27, 48 et peut-être au v. 34 ; Marc 15, 36 ; Luc 23, 36 ; Jean 19, 29, 30. Tous les passages dans le Nouveau Testament et le Ps. 69, 21 sont en rapport avec les souffrances du Seigneur sur la croix, et en particulier avec le fait qu’il subissait le jugement de Dieu, lorsqu’il fut fait péché pour nous. Maintenant Ruth peut tremper son morceau dans ce vinaigre. Est-ce que cela ne nous amène pas au passage du Jourdain et à la circoncision du peuple (Josué 4 et 5) ? La mer Rouge nous parle, en type, de la mort et de la résurrection du Seigneur pour nous. En la traversant, nous entrons dans le désert. Le Jourdain nous présente la mort et la résurrection du Seigneur de même que notre mort et notre résurrection avec lui. En le traversant, nous entrons dans le pays. Et dès que le peuple est dans le pays, il doit être circoncis, ce qui n’avait pas eu lieu au désert. Lorsque nous nous approprions la mort et la résurrection du Seigneur pour nous-mêmes, nous considérant ainsi comme morts et ressuscités avec Christ, nous devons être circoncis. C’est l’application pratique du fait que nous sommes morts avec Christ.

Lorsque nous sommes dans le pays, et circoncis, une autre nourriture nous est dispensée. La manne cesse, et nous recevons du vieux blé du pays, des pains sans levain et du grain rôti (Josué 5, 11, 12). C’est ce que Boaz donne aussi à Ruth. Cela représente le Seigneur glorifié dans le ciel, nourriture de ceux qui sont assis en Lui dans les lieux célestes. Naturellement chaque croyant est maintenant assis dans les lieux célestes en Christ (Éph. 2, 6). Mais combien peu le savent et le réalisent dans leur cœur. Beaucoup ne vont pas au-delà de la Pâque (Ex. 12). Ils ont vu leurs péchés et cherché refuge à l’abri du sang afin de ne pas être atteints par le jugement de Dieu. Ils considèrent Dieu comme un juge terrible et espèrent que le jugement ne les atteindra pas. Mais souvent ils croient qu’ils ne le sauront vraiment que lorsque le jour du jugement sera passé. D’autres sont allés plus loin, jusqu’à la mer Rouge. Ils savent qu’ils sont à l’abri du jugement et ils ont vu que Dieu est un juge pour leurs ennemis, mais leur ami. C’est la position de Rom. 8. C’est une position dans le désert, mais dans la faveur de Dieu, comme nous l’avons en Ex. 15 à 18. En revanche, combien peu réalisent dans leur cœur la vérité présentée dans l’épitre aux Éphésiens, savoir qu’ils sont morts mais ressuscités avec Christ, et assis en Lui dans les lieux célestes ; qu’ainsi maintenant déjà, ils peuvent vivre par la foi dans le ciel et prendre possession de tous les trésors du ciel (Éph. 1, 3). Telle est la vraie position chrétienne. C’est là que le Seigneur veut aussi nous amener. Et c’est pourquoi Boaz donne à Ruth du grain rôti, la nourriture de ceux qui sont dans les lieux célestes. Si nous goûtons cette nourriture glorieuse — un Christ glorifié dans le ciel — nous désirons avancer pour connaître pratiquement cette position et en prendre possession.

II y a une part commune à tous les croyants, car elle est préparée pour chacun. C’est tout ce que comporte la position chrétienne. Chaque croyant peut se nourrir de la manne ; peut s’approprier la mort et la résurrection de Christ ; peut manger du vieux blé, des grains rôtis. Chacun a une place à la table du Seigneur et peut participer à la Cène du Seigneur, à moins qu’il y ait en lui quelque empêchement. Mais il y a aussi des bénédictions personnelles et une communion personnelle avec le Seigneur. C’est davantage en rapport avec notre état pratique. « Si quelqu’un m’aime, il gardera rua parole, et mon Père l’aimera ; et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui » (Jean 14, 23). Ce sont les bénédictions que nous recevons et la communion dont nous jouissons en plus de la part générale de tous les croyants. À celui qui vainc, à Pergame, le Seigneur dit : « Je lui donnerai de la manne cachée, et je lui donnerai un caillou blanc, et, sur le caillou, un nouveau nom écrit, que nul ne connaît, sinon celui qui le reçoit » (Apoc. 2, 17). C’est un secret personnel entre le Seigneur et celui qui le reçoit, une preuve de faveur personnelle de la part du Seigneur. Nous en trouvons différents exemples dans l’Écriture ; il en est de même de la discipline personnelle dans les voies éducatives du Père. Nous ne sommes pas seulement des éléments d’un tout. Il y a également une communion personnelle avec le Père et avec le Fils ainsi qu’une direction et une éducation personnelles (voir par exemple Actes 23, 11 ; 2 Cor. 12, 2-9 ; 2 Tim. 4, 17).

Mais lorsque notre cœur est pratiquement attaché au Seigneur, nous recevons aussi souvent les choses générales personnellement de sa main, comme une preuve personnelle de sa faveur. Nous le voyons ici pour Ruth. Boaz lui tend de sa propre main le grain rôti. Est-ce que cela n’en doublait pas la valeur ? Connaissons-nous cela pour l’avoir expérimenté ?

Le Seigneur donne si libéralement qu’il y a suffisamment non seulement pour nous-même, mais pour en donner aussi à d’autres. Ruth mangea, fut rassasiée et en eut de reste. Elle put ensuite le donner à Naomi. Ce que nous avons reçu dans la communion personnelle avec le Seigneur fait de nous une source de bénédiction et d’encouragement pour d’autres.

« Et elle se leva pour glaner ; et Boaz commanda à ses jeunes hommes, disant : Qu’elle glane même entre les gerbes, et ne lui en faites pas de reproche ; et vous tirerez aussi pour elle quelques épis des poignées et vous les laisserez ; et elle les glanera, et vous ne l’en reprendrez pas » (v. 15, 16).

Ruth apprend maintenant que le résultat de son travail ne dépend pas seulement de son zèle. « La bénédiction de l’Éternel est ce qui enrichit. » En Actes 14, 1, il est dit que Paul et Barnabas parlèrent de telle sorte qu’une grande multitude crut. Mais cinq versets avant, il est écrit que tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent. Dieu donne l’accroissement (1 Cor. 3, 5-8). Ruth était diligente. C’est pourquoi elle se leva immédiatement après le repas, et elle travailla jusqu’au soir. Mais tout son zèle n’aurait pas produit un tel résultat si cela n’avait été par la bonté de Boaz. Il peut lui montrer sa bonté, car elle fait en tout ce qu’il lui dit, même lorsqu’il lui commande de se reposer un peu et de manger.

Et remarquons que Ruth ne travaillait pas plus lentement ni ne s’arrêtait parce que, d’une manière inattendue, elle récoltait beaucoup. Elle était une femme de foi. Toute poignée qu’elle ramassait ne faisait qu’accroître son désir de recevoir encore davantage de cet orge précieux du champ de Boaz.

Quelle bonté, mais aussi quelle sagesse et quel tact montrait Boaz envers Ruth. Il ne lui fit pas donner en une fois quelques gerbes. Cela aurait réduit, tant pour les moissonneurs que pour Ruth, tout une partie du travail. Mais Boaz savait que ce que nous obtenons par notre propre travail a beaucoup plus de valeur pour nous que ce qui nous est donné. Le Seigneur agit de même. Il ne donne pas la vérité dans des passages qui présentent tout sous la forme la plus ramassée possible. Il commence par énoncer un principe, parfois en rapport avec un événement ou une personne. Puis il donne, dans un tout autre passage, de nouveau un côté de la vérité, etc. C’est ainsi, en sondant diligemment et en étudiant sa Parole, que nous apprenons à connaître la vérité ; mais seulement lorsque la vérité nous devient si précieuse que nous consacrons du temps et prenons de la peine pour apprendre à connaître les pensées de Dieu.

Il en est de même dans le service. Le Seigneur ne nous a-t-il pas souvent fait trouver, à chacun de nous, une poignée pleine ? Parfois quand nous ne nous y attendions pas du tout. Et il nous a aussi, de temps à autre, ordonné de laisser tomber une pleine poignée pour d’autres. « Nous devons, nous les forts, porter les infirmités des faibles, et non pas nous plaire à nous-mêmes » (Rom. 15, 1). « Portez les charges les uns des autres » (Gal. 6, 2). Voir aussi 1 Thess. 5, 14, 15. Si les frères qui parlent dans les réunions pensent également aux nouveaux convertis et aux faibles, cela se manifestera dans leur service. Ils connaissent certains besoins et peuvent alors, ici ou là, laisser tomber une pleine poignée.

Toutefois ils doivent suivre en cela l’exemple de Boaz. Il n’a pas donné directement ou publiquement. Il commande d’en laisser tomber afin que Ruth puisse en recueillir. Ni la personne concernée, ni les autres personnes présentes ne devraient remarquer pour qui la poignée était laissée. Cela ne doit pas être personnel ni attirer l’attention.

« Et elle glana dans le champ jusqu’au soir, et elle battit ce qu’elle avait glané, et il y eut environ un épha d’orge » (v. 17).

Nous avons déjà vu que Ruth se distingue par une grande diligence pour prendre possession de tout ce que la grâce mettait à sa disposition. Nous le constatons de nouveau ici ; elle glana jusqu’au soir. Est-ce qu’un tel zèle se trouve aussi en nous ?

Les jeunes pensent souvent que l’étude approfondie de la Parole est principalement la part de frères et sœurs âgés. Mais c’est la plus grande erreur qu’ils puissent faire. La meilleure période est entre la quinzième et la trente-cinquième année. Lorsque nous sommes jeunes, tout est encore frais pour nous et nous jouissons doublement de toutes les bénédictions que la parole de Dieu nous présente. Notre vie est en formation et les pensées de Dieu peuvent encore y imprimer leur sceau. Et en outre notre mémoire est beaucoup plus apte à garder ce que nous lisons. Il n’y a pas beaucoup de frères âgés, aimant la Parole, qui ne regrettent pas de n’avoir pas sondé les Écritures plus diligemment dans leurs jeunes années.

Ruth battit aussi les épis qu’elle avait glanés. Elle voulait savoir ce qu’elle avait effectivement récolté. Le blé ne peut pas croître sans paille. Celle-ci ne contient toutefois aucune nourriture pour l’homme. Dans les entretiens et les méditations, il peut aussi y avoir quelquefois de la paille : des images, pour rendre claire une vérité, des répétitions parfois réitérées, afin que les pensées soient saisies et gardées. Il s’y ajoute la faiblesse des expressions, propre à tout homme. Parfois il y a beaucoup de paille, et il faut chercher le grain, lorsque celui qui parle essaie d’être intéressant, veut être populaire et dire les choses autrement que les autres ou même apporter des choses nouvelles, etc. Le seul moyen de pouvoir donner beaucoup de grain est indiqué en 1 Pierre 4, 11 : « Si quelqu’un parle, qu’il le fasse comme oracle de Dieu ». Le mot grec pour oracle ne se trouve qu’ici et dans Actes 7, 38 ; Rom. 3, 2 et Héb. 5, 12. En grec classique, ce mot est employé pour les déclarations des dieux, lorsqu’on s’enquérait de leur pensée, par exemple à l’oracle bien connu de Delphes. Cela ne signifie donc pas simplement que celui qui parle doit s’exprimer d’une manière conforme à la parole de Dieu, mais qu’il doit dire les paroles que Dieu veut qu’il prononce dans les circonstances existantes et dans le moment donné : « Celui qui entend les paroles de Dieu, qui voit la vision du Tout-Puissant... dit » (Nomb. 24, 4 et comparer 1 Cor. 2, 13). Cela n’est possible que si on se laisse employer par le Saint Esprit et qu’on ne veuille pas agir de soi-même.

Souvent nous n’emportons à la maison que la paille après avoir assisté à une réunion. Nous retenons les faiblesses dans l’exposé, ou dans le choix des mots, ou seulement la beauté de la forme extérieure de ce qui a été présenté. Ruth toutefois ne s’intéressait nullement à la paille. Elle battit les épis pour emporter l’orge à la maison. C’était dans le grain seulement que se trouvait la nourriture. Elle s’occupait des épis une nouvelle fois, pour ne retenir que l’orge et le prendre. En Lév. 11, 3 à 8, seuls les animaux qui ruminaient étaient purs ; eux seuls pouvaient être mangés. En Deut. 18, 3, l’estomac était l’une des parties du sacrifice qui revenaient au sacrificateur. Celui-ci devait apprendre à ruminer, à s’assimiler la nourriture reçue. Agissons-nous ainsi avec ce que nous lisons pour nous-mêmes dans la Parole ou dans les écrits ; ou encore avec ce que nous entendons dans les réunions ? Et jetons-nous alors loin la paille afin de ne garder que le bon grain ? D’Isaac il est dit qu’il sortit « dans les champs pour méditer » (Gen. 24, 63).

Maintenant Ruth connaît aussi la vraie valeur de ce qu’elle a récolté. Elle a un épha d’orge — selon Ex. 16, 16 et 36, de la nourriture pour dix jours. Mais c’est aussi suffisant comme sacrifice de prospérités pour la consécration de dix sacrificateurs. Elle peut alors rentrer à la maison et faire participer Naomi à son abondance. Lorsque nous savons ce que nous avons reçu et que nous l’avons assimilé pour nous-mêmes, en y repensant, nous pouvons faire bénéficier d’autres de notre abondance.

« Et elle le chargea sur elle, et vint à la ville ; et sa belle-mère vit ce qu’elle avait glané. Et elle sortit ce qu’elle avait laissé de reste après avoir été rassasiée, et le lui donna » (v. 18).

Rom. 14, 7 dit : « Car nul de nous ne vit ayant égard à lui-même, et nul ne meurt ayant égard à lui-même ». Ce que Ruth avait récolté, elle n’a pas honte de le porter en public dans la ville ; chacun pouvait ainsi voir ce qu’une glaneuse pouvait récolter dans les champs de Boaz. Elle apporte de la nourriture dans la ville afin qu’il n’y ait aucune famine là. C’est l’opposé de ce que voulaient les hommes méchants et iniques de 1 Sam. 30, 22. Ils avaient été avec David, lorsqu’il frappait les Amalékites et avaient pris du butin. Mais ils ne voulaient pas en donner à ceux qui n’avaient pas été avec eux, par manque de force pour la bataille. Telle n’était pas la pensée de David ! Il donna à tous une part égale. Ruth avait cette même pensée.

Dans la ville, Ruth apporta tout dans la maison de Naomi, car elle habitait là. En considérant le verset 5 du chap. 1, nous avons vu que Naomi était une image du témoignage. C’est là que Ruth apporta tout ce qu’elle avait récolté. Elle ne pensait pas seulement à elle, mais aussi au témoignage. Et tout ce que, dans son énergie spirituelle, elle avait reçu d’une manière spirituelle, était pour le témoignage, pour toute l’assemblée (la ville), mais elle l’apportait à Naomi, le témoin auquel elle s’était associée.

C’est la volonté du Seigneur, comme la parole de Dieu nous l’enseigne clairement par exemple en Col. 2, 19 ; Éph. 4, 11-16 ; 1 Cor. 12, 14-27 : « Christ, duquel tout le corps, bien ajusté et lié ensemble par chaque jointure du fournissement, produit, selon l’opération de chaque partie dans sa mesure, l’accroissement du corps pour l’édification de lui-même en amour ». Dieu veuille que nous en soyons tous profondément pénétrés, de sorte que tout ce que nous recevons en fait de biens spirituels, nous l’apportions pour la nourriture de tous dans le témoignage.

Cela ne veut pas dire que tout doive être présenté publiquement dans les réunions. Cela signifierait que toutes les sœurs et la plupart des frères ne pourraient pas accomplir ce service. Or Éph. 4, 16 parle de chaque partie ! Dans nos conversations personnelles, dans les visites que nous nous faisons réciproquement, oui à chaque occasion, nous pouvons communiquer ce que nous avons reçu nous-mêmes, de façon que tous en retirent de la bénédiction et croissent dans la grâce. Cela exercera aussi une influence sur le service dans les réunions, de sorte que l’ensemble deviendra une place d’abondance spirituelle.

Même nos expériences personnelles avec le Seigneur, notre communion personnelle et les faveurs dont il nous a donné de jouir personnellement peuvent constituer une nourriture pour d’autres : Ruth donna à Naomi ce qu’elle avait gardé de reste, après avoir été rassasiée, savoir du grain rôti qu’elle avait reçu de Boaz.

Je ne veux certes pas dire que nous devions parler de nos sentiments ou constamment raconter à nouveau toutes nos expériences réelles ou supposées. Mais notre communion personnelle avec le Seigneur et les expériences faites avec Lui imprimeront leur caractère sur toute notre manière d’être et sur notre service. Et dans certains cas, le Seigneur pourra se servir de telles expériences particulières pour encourager d’autres par leur moyen. Dieu n’a-t-il pas employé Paul pour nous consigner dans sa Parole certaines manifestations de sa faveur qui nous sont en encouragement ? Citons seulement les passages mentionnés à propos du v. 14 : Actes 23, 11 ; 2 Cor. 12, 2-9 et 2 Tim. 4, 17.

« Et sa belle-mère lui dit : Où as-tu glané aujourd’hui, et où as-tu travaillé ? Béni soit celui qui t’a reconnue ! Et elle raconta à sa belle-mère chez qui elle avait travaillé, et dit : Le nom de l’homme chez qui j’ai travaillé aujourd’hui est Boaz » (v. 19).

L’apôtre Paul pouvait écrire aux Thessaloniciens : « Car la parole du Seigneur a retenti de chez vous, non seulement dans la Macédoine et dans l’Achaïe, mais, en tous lieux, votre foi envers Dieu s’est répandue, de sorte que nous n’avons pas besoin d’en rien dire. Car eux-mêmes racontent de nous quelle entrée nous avons eue auprès de vous, et comment vous vous êtes tournés des idoles vers Dieu, pour servir le Dieu vivant et vrai, et pour attendre des cieux son Fils qu’il a ressuscité d’entre les morts, Jésus, qui nous délivre de la colère qui vient » (1 Thess. 1, 8-10). Le monde annonçait leur conversion et ses conséquences.

Il en était de même de Ruth. Elle n’avait encore rien dit ou raconté lorsque Naomi la questionna ; les fruits qu’elle apportait étaient un témoignage suffisant. Lorsque quelqu’un glane tout le jour dans le champ de Boaz et a avec Lui de telles rencontres personnelles, d’autres le remarqueront. L’expression du visage, les vêtements, la tenue, la richesse spirituelle témoignent qu’on a été en contact avec le Seigneur et qu’on a cherché dans son champ de la nourriture et des richesses. « Pourquoi dépensez‑vous l’argent pour ce qui n’est pas du pain, et votre labeur pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi attentivement, et mangez ce qui est bon ; et que votre âme jouisse à plaisir des choses grasses » (És. 55, 2). Sans que Ruth ait dit une seule parole, Naomi sait qu’il doit y avoir une Personne là, qui a fait du bien à Ruth, et que ce doit être une Personne merveilleuse. Elle le bénit !

Ruth savait ce qu’elle avait glané (v. 17), mais elle savait aussi chez qui elle avait travaillé. Naomi lui demande elle a glané, où elle a travaillé, mais Ruth raconte chez qui elle a travaillé. Ce n’est pas l’endroit, mais la personne qui est devenue la chose la plus importante pour elle. Mais pour cela l’endroit n’a rien perdu de ce qu’il a de précieux. Non, il est infiniment précieux, car c’est là qu’elle peut le trouver et c’est son champ. Le lieu où le Seigneur Jésus rassemble les siens autour de Lui (Matt. 18, 20) est si précieux pour le cœur qui connaît vraiment ce lieu, non parce qu’on y reçoit tant de bénédictions, bien que ce soit vrai, mais parce qu’il est là et que là, nous pouvons être près de Lui, déjà ici-bas.

Il se révèle ici que Ruth ne savait pas que Naomi connaissait Boaz, et que Naomi n’avait jamais parlé de Lui à Ruth. Quel triste témoignage ! Boaz n’avait jamais occupé dans le cœur et la vie de Naomi une place grande, prédominante. Elle n’avait encore jamais pu chanter en vérité et de cœur.

 

« À toi, Jésus, nul n’est semblable,

Car toi seul es la vérité.

Tout, dans ta Personne adorable,

Est amour, grandeur et beauté. »

 

Est-ce que ceux qui sont en contact avec nous savent que nous connaissons le Seigneur Jésus ? Et ont-ils eu une impression de qui Il est en voyant ce qu’Il est pour nous ?

Ruth avait appris à connaître Boaz personnellement par les expériences de cette journée. Elle savait aussi son nom. Le nom Boaz signifie : en lui est la force ! Quelle consolation, quel encouragement et quelle joie pour une pauvre faible veuve, qui n’avait rien sur quoi s’appuyer, d’entrer dans la faveur d’un tel homme et d’éprouver ses soins et sa bonté. Pleine de joie, elle indique son nom à Naomi.

« Ton nom est un parfum répandu ; c’est pourquoi les jeunes filles t’aiment » dit l’épouse, prophétiquement, dans le Cantique des cantiques (1, 3) au sujet du Seigneur Jésus, et les fils de Coré chantent au Ps. 45.- « Tu es plus beau que les fils des hommes ; la grâce est répandue sur tes lèvres » (v. 2).

Qui peut mesurer ce que le nom de « Jésus » renferme ? Qui peut décrire ce qui se passe dans le cœur de quelqu’un qui a vraiment appris à le connaître ? Non seulement comme son Sauveur, si merveilleux que cela soit déjà, mais aussi ce qu’Il est pour nous dans toutes les circonstances de la vie, dans toutes les difficultés, dans toutes les souffrances, dans tous les dangers, toute l’infidélité, toutes les joies ! Et plus encore, ce qu’il est personnellement, les gloires de sa Personne et de son œuvre à la croix comme le Père nous les révèle dans sa Parole, ouvertement ou dans des milliers d’ombres et d’images. L’apôtre Jean s’écrie dans son ravissement : « La Parole devint chair, et habita au milieu de nous (et nous vîmes sa gloire, une gloire comme d’un fils unique de la part du père) pleine de grâce et de vérité » (Jean 1, 14). Dieu a donné à Jean et à d’autres d’écrire ce qu’ils ont vu, afin que nous aussi, nous puissions le considérer. L’avons-nous vu ? Le voyons-nous encore aujourd’hui ?

La grande pensée dans le livre de Ruth est que la grâce éveille des sentiments dans le cœur, des affections qui demandent à être satisfaites. Si cet amour est là, la foi saisit la grâce pour être satisfaite. Et la grâce ne fait rien plus volontiers que de répondre à la foi. Nous le verrons aux chapitres 3 et 4. Ici nous avons seulement l’amour éveillé dans le cœur de Ruth par Boaz.

« Et Naomi dit à sa belle-fille : Béni soit-il de l’Éternel, qui n’a pas discontinué sa bonté envers les vivants et envers les morts ! Et Naomi lui dit : L’homme nous est proche parent, il est de ceux qui ont sur nous le droit de rachat » (v. 20).

Que Ruth ait rencontré Boaz et qu’elle ait éprouvé son aide fait reconnaître à Naomi la main de Dieu en ceci. Au chap. 1, 20, 21 elle avait dit que le Tout-Puissant l’avait remplie d’amertume et l’avait affligée. Maintenant, elle voit que le Seigneur humilie et éprouve « pour te faire du bien à la fin » (Deut. 8, 16). Boaz qui a été si bon envers Ruth est un proche parent et en outre il est un de ceux qui ont le droit de rachat.

Le mot hébreu, traduit dans les chap. 3 et 4 par « celui qui a le droit de rachat » ou « racheter » est rendu dans d’autres passages par « rédempteur », « Celui qui rachète » ou « vengeur de sang ». La pensée dominante de tous ces termes est donc la même. Les instructions de Dieu relatives au rachat se trouvent principalement en Lév. 25 ; Nomb. 35 (vengeur de sang) et Deut. 25. Celui qui avait le droit de rachat devait racheter l’héritage qui avait été vendu en raison de pauvreté, et aussi l’Israélite lui‑même qui, poussé par sa pauvreté, s’était vendu comme esclave à un étranger (Lév. 25, 25, 48, 49). Il devait également venger le sang de celui qui avait été tué par un meurtrier (Nomb. 35, 16-27). Et il devait épouser la femme de celui qui était mort sans laisser de fils pour susciter un héritier au défunt afin que son nom ne soit pas effacé en Israël et que son héritage ne passe pas à des étrangers (Deut. 25, 5, 6). Celui qui avait le droit de rachat était le frère, l’oncle, le neveu ou un membre plus éloigné de la famille du pauvre ou du défunt (Lév. 25, 48, 49).

Le Seigneur Jésus est le Rédempteur pour Israël. Il rachètera l’héritage, délivrera Israël, suscitera une nouvelle semence et anéantira les meurtriers d’Israël par le jugement. Cela nous est présenté jusqu’à la fin, d’une manière prophétique dans l’histoire de Ruth et de Boaz.

Mais il est aussi notre Rédempteur. En Héb. 2, 14, 15, nous le voyons comme notre vengeur du sang : « Puis donc que les enfants ont eu part au sang et à la chair, lui aussi semblablement y a participé, afin que, par la mort, il rendît impuissant celui qui avait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable ; et qu’il délivrât tous ceux qui, par crainte de la mort, étaient, pendant toute leur vie, assujettis à la servitude ». En Héb. 10, et en 1 Pierre 1, 18-20, nous le voyons comme le Rédempteur qui a payé le prix de notre liberté. En Éph. 1, 14 et Col. 1, 20, nous trouvons la rédemption de l’héritage. Et ne voyons-nous pas, en 1 Cor. 15, 45 et suivants et en Rom. 5, 12 et suivants, le frère qui suscite un héritier qui puisse prendre possession de l’héritage du premier Adam (mort dans ses fautes et dans ses péchés) ?

Dans les chap. 2 et 3 de l’Apocalypse, nous trouvons le Seigneur aussi comme Rédempteur de l’assemblée dans sa ruine. L’assemblée a abandonné le premier amour et est ainsi devenue pauvre. Elle a vendu son héritage et habite là où est le trône de Satan (2, 13). Elle a le nom de vivre, mais elle est morte (3, 1). Puis vient le Rédempteur, le vrai Boaz (en lui est la force), « qui a la clef de David, celui qui ouvre et nul ne fermera, qui ferme et nul n’ouvrira » (3, 7). À la place de la « Sardes » morte, il suscite un nouvel héritier. Il a donné une porte ouverte dans l’héritage et unit Philadelphie à Lui-même et à sa parole. Et comme le vengeur de sang, il se lève contre la synagogue de Satan, contre ceux qui prétendent, en vertu d’une position qu’ils s’arrogent, être le vrai peuple de Dieu. C’est ce que nous voyons, me semble-t-il, présenté sous forme spirituelle, dans l’histoire de Ruth, mais je veux m’en tenir là.

Naomi avait autrefois entendu parler du rachat, mais elle n’y avait attaché aucune valeur. Sinon, elle y aurait certes pensé plus tôt et y aurait recouru. Maintenant, après avoir été affinée par les épreuves et la discipline dans son chemin d’égarement, et ayant en outre remarqué la bonté de Boaz, elle se souvient de lui et aussi du droit de rachat. Ses pensées ne sont pas encore claires. Si quelqu’un suit son propre chemin et délaisse la vérité de Dieu, la lumière se perd. Et lorsqu’il y a retour, elle ne revient que lentement, si même elle revient entièrement. Elle dit que Boaz est de ceux qui ont le droit de rachat. Elle ne voit pas encore distinctement que lui seul peut aider, mais qu’il peut aussi le faire en toutes circonstances et en toutes choses.

« Et Ruth, la Moabite, dit : Même il m’a dit : Tiens-toi près de mes jeunes hommes jusqu’à ce qu’ils aient achevé toute la moisson que j’ai » (v. 21).

On pourrait écrire : près des jeunes hommes que j’ai, comme c’est le cas pour : « toute la moisson que j’ai », pour mieux faire ressortir que l’accent est mis sur le fait que tout est de Boaz. Les jeunes hommes et la moisson n’ont d’importance qu’en tant qu’ils appartiennent à Boaz. De plus, Ruth est de nouveau appelée ici, la Moabite, parce que ses paroles font justement ressortir qu’elle n’est pas encore arrivée à maturité, qu’elle n’a pas encore atteint (en type) la vraie position chrétienne.

Ruth ne connaissait pas la richesse des pensées de Dieu en rapport avec la rédemption, car la parole de Dieu lui était encore trop peu familière. Et ne connaissant pas encore la personne de Boaz dans toute sa plénitude, elle ne saisissait pas non plus la portée des mots : il est de ceux qui ont sur nous le droit de rachat. Toutes les bénédictions que Dieu a données aux hommes et qu’il veut leur donner sont dans le Seigneur Jésus (voir par exemple Éph. 1, 3-11). Notre appréciation de la valeur de ces bénédictions est fonction de notre connaissance de la gloire de Celui en qui nous les possédons. Ce n’est que lorsque nous voyons sa gloire que nous reconnaissons combien les bénédictions sont précieuses. De même Ruth ne pourrait comprendre l’importance du fait que Boaz était celui qui avait le droit de rachat qu’après avoir appris à mieux connaître les pensées de Dieu au sujet du rachat et surtout à mieux connaître Boaz lui-même. C’est pourquoi elle n’entre pas dans les paroles de Naomi, mais continue à parler de ce qui remplit son cœur : les paroles et les marques de faveur de Boaz. Et c’est aussi le moyen d’apprendre à le mieux connaître et ainsi de saisir la signification de ce fait qu’il est celui qui a le droit de rachat.

Au commencement, Boaz avait dit à Ruth (2, 8) : « Tiens-toi ici auprès de mes jeunes filles ». Maintenant, à la fin de la journée il dit : « Tiens-toi près de mes jeunes hommes jusqu’à ce qu’ils aient achevé toute la moisson que j’ai ». Dans la vie spirituelle, il ne doit pas y avoir d’arrêt jusqu’à ce que la vraie position chrétienne soit pratiquement connue, et réalisée dans l’énergie spirituelle.

Aux v. 8 et 9, nous avons vu ce que représentent, en image, les jeunes filles et les jeunes hommes. La femme est habituellement en rapport avec la position, et l’homme avec l’état pratique. Le mot « jeunes filles » indique la séparation du monde et l’attachement au Seigneur. Toutefois, le chap. 1 du Cantique des cantiques ajoute encore d’autres pensées. « Tes parfums sont d’agréable odeur ; ton nom est un parfum répandu ; c’est pourquoi les jeunes filles t’aiment. » « Dis-moi, toi qu’aime mon âme, où tu pais ton troupeau, où tu le fais reposer à midi ; car pourquoi serais-je comme une femme voilée auprès des troupeaux de tes compagnons ? » Les jeunes filles l’aiment en raison de l’odeur de son parfum et le suivent à cause de cela. C’est quelque chose de très bon. Toutefois, ce n’est pas la chose la plus élevée ; ce n’est pas la chose la plus élevée ; ce n’est pas être un avec Christ ni la communion avec le Père et avec le Fils (1 Jean 1, 3).

Les jeunes hommes représentent l’état pratique, mais un état caractérisé par une force virile, comme 1 Jean 2, 14 les décrit : ils sont forts, la parole de Dieu demeure en eux et ils ont vaincu le méchant. Ils fauchent les épis à coups fermes, de sorte que la moisson entière de Dieu est récoltée ; et ils peuvent encore laisser tomber des poignées d’épis pour ceux qui glanent. Telle est la place et la compagnie que Boaz assigne à Ruth pour toute la durée de la moisson. Quel privilège !

« Et Naomi dit à Ruth, sa belle-fille : Il est bon, ma fille, que tu sortes avec ses jeunes filles, et qu’on ne te rencontre pas dans un autre champ. Et elle se tint auprès des jeunes filles de Boaz, pour glaner, jusqu’à ce que la moisson des orges et la moisson des froments fût achevée ; et elle habitait avec sa belle-mère » (v. 22, 23).

Ruth ne voyait probablement pas bien la différence entre les jeunes filles et les jeunes hommes. Ils avaient aussi beaucoup de points communs : Tous deux appartenaient à Boaz, et travaillaient dans ses champs, à sa moisson. Mais Boaz savait très bien la différence : combien il eût été bon que Ruth écoute uniquement la voix de Boaz. Obéir au Seigneur amène toujours dans la place la plus bénie et réjouit Son cœur. Ruth écouta toutefois davantage la voix et les conseils de Naomi. Or celle-ci ne saisissait pas non plus la différence. Comment elle, qui avait été si longtemps loin de Bethléhem et n’avait eu pendant tout ce temps aucun rapport avec Boaz, aurait-elle pu saisir ses pensées ? À son point de vue à elle, le mieux était d’aller avec les jeunes filles, car combien Ruth avait été richement bénie en leur compagnie ce jour-là. Mais quand l’assemblée est en ruine, sa voix ne fait plus autorité pour nous. La parole de Dieu dit alors : « Que celui qui a des oreilles écoute ce que l’Esprit dit aux assemblées » (Apoc. 2, 7, 11, 17, 29 ; 3, 6, 13, 22). Et si bon soit-il pour les jeunes d’écouter la voix de frères âgés, qui ont plus d’expérience, lorsque leur conseil est contraire à la Parole du Seigneur, il ne peut y avoir qu’une conclusion : obéir au Seigneur passe avant tout !

Ruth écoute ce que Naomi lui dit au lieu de faire ce que Boaz lui avait enjoint. Il lui avait dit : « Ami, monte plus haut » (Luc 14, 10). Mais elle reste à son ancienne place : elle glane près des jeunes filles et habite avec Naomi. Heureusement elle obéit sur un autre point : elle continue à le faire jusqu’à ce que la moisson des orges et la moisson des froments soient achevées. Et si ce n’est pas à la place bénie que Boaz voulait lui donner, elle apprend cependant à connaître toute la moisson de Dieu.

Au chap. 1, 22, nous avons vu que la gerbe des prémices était le commencement de la moisson des orges, aussitôt après la Pâque. Elle parle de la résurrection du Seigneur, comme la Pâque parle de sa mort. C’est à ce moment que Naomi et Ruth vinrent de Moab à Bethléhem. Il est évident que ce retour était uniquement possible en vertu de la mort et de la résurrection du Seigneur.

Le chap. 2 se termine avec la fin de la moisson des froments. C’était la fête de Pentecôte, sept semaines après la gerbe des prémices (Ex. 34, 22 ; Nomb. 23, 15-21 ; Deut. 16, 9-12). Je pense que la fête de Pentecôte était la fin de la moisson des froments parce que ce n’était pas du grain non battu qui était offert, comme lors de la gerbe des prémices, mais des pains. On devait donc avoir déjà battu le froment. Et en outre, tout mâle devait aller à Jérusalem pour célébrer la fête des semaines. Le Seigneur n’aurait certes pas ordonné de s’y rendre au milieu de la moisson. Le chap. 2 du livre de Ruth couvre ainsi les sept semaines entre la Pâque et la Pentecôte, entre l’œuvre du Seigneur à la croix et sa résurrection et l’effusion du Saint Esprit en Actes 2, par laquelle l’assemblée a été constituée (1 Cor. 12, 13) et unie à sa tête céleste (Éph. 1, 20-23).

Chaque Israélite devait compter ces sept semaines (Dent. 16, 9) et dans les derniers chapitres des évangiles, ainsi que dans Actes 1, nous voyons les disciples faire ce compte. Combien ils ont progressé spirituellement durant ces semaines ! Pensons à Luc 24, 26, 27, 45-49 ; Jean 20, 17-23 et Actes 1, 2-4, 9-11. Ainsi ils furent amenés par le Seigneur à Actes 2. Le Seigneur veut conduire chaque croyant à faire ce compte, afin que, partant de sa conversion, il soit amené à la position chrétienne complète : uni à l’Homme glorifié dans le ciel, et Dieu, le Saint Esprit, ici-bas sur la terre demeurant dans l’assemblée et dans chaque croyant individuellement. C’est naturellement la part de tous ceux qui ont cru à l’Évangile. Mais ils ne peuvent prendre consciemment cette place et en jouir que s’ils la connaissent réellement et en ont pris possession spirituellement.

La connaissance de cette place s’était aussi perdue dans la chrétienté. À Thyatire, Jésabel a usurpé la place de l’assemblée et à Sardes, le vrai caractère de l’assemblée comme corps de l’Homme céleste et habitation du Saint Esprit a été complètement perdu. Pour un vrai croyant, la portion la plus élevée était alors la connaissance du pardon de ses péchés. Et ceux qui pouvaient le dire n’étaient pas nombreux.

À Philadelphie, nous trouvons l’œuvre du Saint Esprit pour ramener un résidu dans l’assemblée à la Pentecôte, c’est-à-dire à la vraie position de l’assemblée. En Ruth 2, 1-21, nous avons la moisson des orges : apprendre à connaître Christ comme l’Homme ressuscité et glorifié dans le ciel, recevoir tout directement de Lui, et apprendre à connaître les bénédictions célestes. Au v. 23, nous avons la moisson des froments. Là nous apprenons à voir les saints comme ayant la même nature que le Seigneur Jésus (Jean 12, 24 ; 1 Cor. 15, 48). Cela pose le fondement pour l’unité, pour le caractère véritable et le plus élevé de l’assemblée : une avec l’Homme glorifié dans le ciel. Ensuite vient la Pentecôte, dans les chapitres suivants.

 

 

4         CHAPITRE 3

« Et Naomi, sa belle-mère, lui dit : Ma fille, ne te chercherai-je pas du repos, afin que tu sois heureuse ? Et maintenant, Boaz, avec les jeunes filles duquel tu as été, n’est-il pas de nos amis ? Voici, il vanne cette nuit les orges dans l’aire » (y. 1, 2).

Le chapitre précédent se passait entièrement pendant le temps de la moisson. Mais le dernier verset se terminait avec la fin de la moisson des froments. Il ne restait alors plus que la vendange à la fin de l’année. Toutefois celle-ci ne donne point de nourriture, mais seulement du vin, image de la joie. Que devaient alors faire Naomi et Ruth ? Les « jeunes hommes » ne pourraient plus laisser tomber des poignées d’épis.

Sans doute Ruth avait constitué une réserve, en glanant avec zèle. Mais cela suffirait-il pour une année entière ? Je suppose que la plupart d’entre nous savent ce que cela signifie, dans des périodes où il nous était impossible d’aller aux réunions, de vivre sur la réserve que nous avions préalablement constituée. Pensons seulement aux temps de maladie, d’emprisonnement en cas de guerre ou de persécutions. Manger des réserves ? Cela ne va pas indéfiniment. Il y a d’abord sous-alimentation, puis épuisement et, à la fin, mort.

Combien l’enseignement de l’Écriture à ce sujet est béni pour nous : nous ne dépendons pas de « moyens », mais du Seigneur, quoiqu’il se serve, dans des circonstances normales, des moyens qu’il nous donne. On entend parfois des hommes soupirer, parce qu’ils ne peuvent pas recourir à ce qu’ils appellent les « moyens de grâce ». Mais ce temps n’est-il pas parfois le plus béni, vu qu’il nous force à aller au Seigneur Lui-même qui est plein de grâce et de vérité ? La grâce est bien plus que les « moyens de grâce ». Eh bien ! la grâce se trouve toujours auprès de Lui en abondance. Si nous suivons le chemin de l’obéissance, nous ne souffrirons jamais de disette, quelles que puissent être les circonstances.

Quelle différence entre la Naomi du chap. 1, 9 et celle du chap. 3, 1 ! Alors elle désirait que le Seigneur donne à Ruth et à Orpa du repos dans l’union avec un époux moabite — et dans la maison de celui-ci. Et en fait, elles auraient pu avoir là une brève période de repos extérieur, si le Seigneur l’avait accordé. Mais cela aurait signifié que Ruth n’aurait jamais appris à connaître Boaz, ni Bethléhem, et qu’elle aurait servi des idoles, au lieu de servir l’Éternel. Jamais les vrais besoins de son cœur n’auraient été satisfaits. Et quel en aurait été le résultat lors de sa manifestation devant le tribunal du Christ ?

Maintenant Naomi était de retour à Bethléhem et elle avait mangé de l’orge des champs de Boaz. Celui qui en a mangé n’est plus le même ; il ne juge plus des choses de la même manière ! Maintenant Naomi désire le repos de Ruth dans une union avec Boaz, l’union la plus intime qu’il puisse y avoir. Elle informe Ruth que « l’homme puissant et riche » dans les champs duquel elle a glané et qui a été si bon avec elle, est un proche parent.

N’est-ce pas une découverte immense lorsque la parole de Dieu nous apprend que nous sommes nés de Dieu (1 Jean 5, 1), que nous sommes ainsi devenus participants de la nature divine (2 Pierre 1, 4), et que le Seigneur n’a pas honte de nous appeler frères (Héb. 2, 11) ? Alors dans nos cœurs s’éveille le désir d’être encore plus près de Lui et de le connaître encore mieux. Eh bien ! la parole de Dieu nous enseigne la manière dont ce désir peut être satisfait. Et des frères plus âgés peuvent nous aider parfois, en nous montrant ce que la Parole dit à ce sujet. Ils ont fait leurs expériences, parfois à leurs propres dépens.

« Voici, il (Boaz) vanne cette nuit les orges dans l’aire. » Nous ne lisons pas que Boaz lui-même ait semé et moissonné ; au contraire il est dit que ses jeunes hommes moissonnaient. Quelle importance le vannage devait avoir à ses yeux pour qu’il le fasse lui-même ! Semer, c’est répandre la Parole, à des non-croyants ou à des croyants. Moissonner, c’est récolter le produit, que ce soient des hommes convertis par la prédication de l’Évangile, ou que ce soient les pensées mêmes de Dieu que l’on a appris à connaître en sondant l’Écriture dans la communion avec le Seigneur et qui font croître le croyant dans la grâce et dans la vérité. Vanner, c’est ôter la balle. La balle, c’est-à-dire l’enveloppe qui entoure le grain, est ce que Dieu réserve au feu inextinguible (Matt. 3, 12).

Vanner n’est pas la même chose que battre le blé. En foulant le blé, le grain est séparé de l’épi et de la paille. C’est une action qui se passe avec violence, à l’aide de bœufs et de traîneaux (Deut. 25, 4). Je pense que ce battage représente davantage les exercices d’âme de Rom. 7, ou aussi la discipline du Seigneur, lorsque nous laissons libre cours à la chair dans notre vie. Par cette discipline, nous devons être amenés à nous considérer nous-mêmes comme une nouvelle création, ainsi que l’épître aux Éphésiens nous la présente, et à nous approprier pour nous-mêmes la mort et la résurrection du Seigneur. Il ne s’agit ainsi pas de la mort et de la résurrection de Christ pour nous, comme le dit Rom. 4, 25 — ce que représente en image la mer Rouge — mais de notre mort avec Christ (Col. 3, 3 ; Gal. 2, 20) et de notre résurrection avec Lui (Éph. 2, 6) — ce que typifie le Jourdain.

Quand nous avons passé par le battage commence le vannage pour ôter la balle qui est encore mêlée au grain. Il y en a deux qui désirent nous vanner : Satan (Luc 22, 31) et le Seigneur Jésus. Le but de Satan est de faire disparaître le grain et ne laisser que la balle. Tandis que le Seigneur veut faire disparaître jusqu’à la dernière particule de balle, ôter tout ce qui n’a aucune valeur pour Lui, afin que seul le bon grain demeure.

Le vannage a lieu pendant la nuit, lorsque le vent souffle. Pendant la nuit où Christ est rejeté, le Saint Esprit est venu sur la terre pour habiter en chaque croyant individuellement et dans l’assemblée, comme ensemble (en grec et en hébreu il n’y a qu’un seul et même mot pour « vent » et pour « esprit »). « La chair convoite contre l’Esprit, et l’Esprit contre la chair ; et ces choses sont opposées l’une à l’autre, afin que vous ne pratiquiez pas les choses que vous voudriez » (Gal. 5, 17). Lorsque nous ne faisons plus les choses que nous voulons, mais que nous nous laissons entièrement diriger par le Saint Esprit, alors nous sommes pleins de l’Esprit Saint. Alors tout ce qui n’est pas selon les pensées de Dieu disparaît de notre vie.

Ici il s’agit du vannage des orges. Nous avons vu que l’orge nous parle de la vie de résurrection. Le Seigneur Jésus, en tant que Ressuscité, nous a donné sa propre vie de résurrection (Jean 20, 22 ; Éph. 2, 6). Et maintenant, il voudrait écarter de notre vie tout ce qui est de cette terre et qui par conséquent n’est pas en accord avec cette vie céleste de résurrection, afin que nous répondions entièrement à ce qu’Il est. C’est ce qui nous est présenté en Éph. 5, 26, 27.

Il est l’Homme qui est du ciel, et nous sommes comme Lui (1 Cor. 15, 48). Malheureusement le céleste en nous est encore souvent lié aux choses terrestres, la vie de résurrection avec les choses de l’homme naturel. Or celles-ci n’ont aucune valeur pour le ciel, elles ne conviennent pas à la vie de résurrection. Bien que la balle ne soit pas une mauvaise herbe, et ne parle ainsi pas d’un mal positif, le Seigneur n’a cependant pour elle que le feu inextinguible (Matt. 3, 12).

Avons-nous appris à voir clairement la différence entre l’orge et la balle ? Sommes-nous bien conscients que le Seigneur veut nous vanner pour enlever toute la balle ? Et est-ce que nous nous livrons au Seigneur dans l’aire afin qu’il puisse nous vanner ? Pierre ne voulait pas l’être, bien que ses motifs aient été incontestablement bons. Mais le Seigneur doit lui dire qu’il ne pouvait avoir aucune part avec lui, à moins qu’il ne se laisse vanner (Jean 13, 8). Car je crois que le vannage et le lavage des pieds ont beaucoup de similitude.

Paul avait distinctement vu la différence entre l’orge et la balle. Il savait aussi ce que la balle signifiait pour le Seigneur. C’est pourquoi il pleurait sur ceux qui avaient leurs pensées aux choses terrestres, et marchaient ainsi comme ennemis de la croix de Christ (Phil. 3, 18). Si la fin de la balle est le feu inextinguible, quelle sera donc la fin de ceux dont la vie est caractérisée par la paille ?

Nous ne pouvons en aucune manière avoir une communion complète avec le Seigneur, s’il y a dans nos vies des choses auxquelles il ne prend pas plaisir, ou si nous pensons autrement que Lui sur certaines choses. Avoir communion, c’est avoir les mêmes pensées, les mêmes intérêts, la même part. Aussi devrons-nous bientôt être manifestés devant le tribunal du Christ. C’est là que toute notre vie, toutes nos pensées, nos paroles et nos actes — oui même les sources dont sont issues nos pensées (Héb. 4, 12, 13) — seront passés devant nous dans la lumière de Dieu, de sorte que nous verrons toutes choses comme le Seigneur Jésus les a toujours vues. Alors nous jugerons de tout avec exactitude, comme il l’a toujours jugé, de sorte qu’il y aura complète unité de pensées entre le Seigneur et nous. Dès ce moment, nous aurons une communion parfaite avec Lui.

Mais celui qui sait par expérience ce qu’est la communion avec le Seigneur, ne désire-t-il pas jouir déjà ici-bas de cette communion dans toute la mesure possible ? Et celui qui aime le Seigneur Jésus ne désire-t-il pas que Son cœur se réjouisse lorsqu’il abaisse ses yeux sur nous, sur moi personnellement ? Le désir du croyant est qu’il n’y ait rien en lui ou dans sa vie qui ne plaise pas au Seigneur. Il attend d’être une fois manifesté devant le Seigneur et de voir alors là tout comme Il le voit. Il désire lui plaire déjà sur la terre. Et il tendra ses pieds au Seigneur, afin qu’il puisse les laver. Il se rendra volontiers à l’aire, afin que le Seigneur puisse le vanner, et ôter de lui la balle. Et par amour pour le Seigneur, et par amour pour les croyants jeunes et plus âgés, il les encouragera à faire de même.

« Lave-toi donc, et oins-toi, et mets sur toi tes habits, et descends dans l’aire ; ne te fais pas connaître à l’homme, jusqu’à ce qu’il ait achevé de boire et de manger » (v. 3).

Le désir d’être vanné par le Seigneur n’exercera-t-il pas déjà une influence purificatrice dans notre vie pratique ? Est-ce que quelqu’un qui a exprimé la prière des Ps. 19, 12-14 et 139, 23, 24, peut rester indifférent quant à sa conduite journalière ? C’est impossible. De même l’espérance du retour prochain du Seigneur fait que chacun qui a cette espérance se purifie lui-même (1 Jean 3, 3 ; Apoc. 22, 11, 12) ; ainsi le fait d’aller au Seigneur Jésus pour être purifié, aura pour conséquence qu’on se purifie soi-même.

Il se baignera ou se lavera, c’est-à-dire appliquera la parole de Dieu à son cœur et à sa conscience (Éph. 5, 26 ; 1 Pierre 1, 22 ; Ps. 119, 9, 11, 176 ; Ps. 19, 7-11). Examinons-nous notre vie, nos pensées, nos conceptions à la lumière de la Parole ? La lisons-nous pour nous-mêmes, mais plus encore nous l’appliquons-nous à nous-mêmes ?

L’onction fait allusion à la possession du Saint Esprit, comme habitant en nous et nous donnant la lumière et la compréhension des pensées de Dieu (1 Jean 2, 20, 27 ; 2 Cor. 1, 21, 22). C’est la part de tous ceux qui ont cru à « l’évangile de votre salut » (Éph. 1, 13 ; 1 Cor. 15, 1-4). Toutefois, ce n’est pas de cette onction intérieure qu’il est question en Ruth 3, 3. Ici, il s’agit d’une onction extérieure, afin que l’onction intérieure soit visible dans l’apparence extérieure. C’est une question de responsabilité personnelle. En Éph. 5, 18 il est dit : « Soyez remplis de l’Esprit » et d’Étienne, nous lisons qu’il était plein de l’Esprit Saint (Actes 6, 5 ; 7, 55). Cela veut dire que toute sa vie était remplie de l’Esprit, était caractérisée par Lui. Il ne faisait rien selon sa propre volonté, mais se laissait entièrement diriger par le Saint Esprit (Gal. 5, 17). Une telle vie est à la gloire du Seigneur Jésus, et il y trouve sa joie (Jean 16, 14-16).

« Mets sur toi tes habits. » Les habits sont, dans la Parole, l’image de nos habitudes, de notre genre de vie, de tout notre comportement, bref de ce que les autres voient de nous. Avons-nous revêtu nos habits, c’est-à-dire les vrais habits du chrétien ? Éph. 1, 6 nous montre l’habit dans lequel nous nous tenons devant Dieu « rendus agréables dans le Bien-aimé ». Comme Dieu revêtit autrefois Adam et Ève de la peau d’un animal qu’il avait tué (Gen. 3, 21), ainsi il nous a revêtus de la perfection de Celui qui est le Bien-aimé ; oui, de Lui-même.

Mais en Éph. 2, 10, nous trouvons les habits que Dieu nous a donnés afin que nous nous en revêtions ici-bas : « Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés dans le Christ Jésus pour les bonnes œuvres que Dieu a préparées à l’avance, afin que nous marchions en elles ». Nous voyons que Ruth n’avait pas ces habits, puisque Naomi lui dit de les mettre sur elle. Combien souvent nous aussi, nous portons des habits d’une étoffe mélangée, de laine et de lin tissés ensemble (Deut. 22, 11), ayant une marche avec des principes mélangés, célestes et terrestres. Mais, dans de tels habits, nous ne pouvons pas paraitre devant le Seigneur, dans l’aire, pour être vannés. Il devrait alors procéder au battage ! Dieu veuille qu’on puisse dire de nous ce qui est dit de la grande multitude en robes blanches d’Apoc. 7, qu’ils ont lavé leurs robes dans le sang de l’Agneau. « Bienheureux ceux qui lavent leurs robes, afin qu’ils aient droit à l’arbre de vie et qu’ils entrent par les portes dans la cité » (Apoc. 22, 14).

Lorsque nous nous sommes ainsi lavés et oints et que nous avons revêtu nos habits, nous sommes prêts à descendre dans l’aire. Il s’agit de descendre ; de se tenir devant le Seigneur pour se laisser vanner par Lui ! L’orgueil de l’homme ne le veut pas. Ce n’est que lorsque nous avons appris de Lui, qui est humble de cœur, que nous sommes disposés à être vannés et en état de l’être.

« Ne te fais pas connaître à l’homme, jusqu’à ce qu’il ait achevé de manger et de boire. Et lorsqu’il se couchera, alors tu remarqueras le lieu où il se couche, et tu entreras, et tu découvriras ses pieds, et tu te coucheras ; et lui, te fera connaître ce que tu auras à faire » (v. 3, 4).

La vraie signification de « descendre » ne devient claire que lorsque nous comprenons ce que représente le fait que Boaz « mange », « boit » et « se couche ». Des passages tels que Jean 4, 32-34 ; Matt. 28, 1 et 6 ; 1 Pierre 1, 2, nous en donnent l’explication. C’était la viande du Seigneur de faire la volonté du Père. Et après avoir accompli cette volonté, il a été mis, mort, dans le tombeau (Héb. 10, 5-10). Selon 1 Pierre 1, chaque croyant est amené à l’obéissance et à l’aspersion du sang de Jésus Christ, donc à la vie et à la mort du Seigneur. À la place où nous sommes amenés selon le conseil du Père, en sainteté de l’Esprit, il y a l’obéissance de Jésus Christ, afin qu’elle soit vue aussi en nous, et l’aspersion du sang afin qu’il n’y ait aucune condamnation. Ici nous trouvons en Ruth le côté pratique de cette vérité : sa réception pour son propre cœur et sa propre vie. Il fallait que Ruth (en type) voie la vie du Seigneur ici-bas, dans son obéissance et son accomplissement de la volonté du Père, pour savoir combien elle devait être obéissante. Mais le vieil homme n’est pas obéissant. Seul le nouvel homme désire et peut obéir. Il est donc nécessaire que nous réalisions pratiquement notre mort avec Christ afin que la nouvelle vie puisse agir librement. En Col. 3, 3 nous avons la doctrine : « Vous êtes morts ». En Rom. 6, 2-11, nous sommes exhortés à prendre cette place, dans la pratique. En 2 Cor. 4, 10, nous en trouvons la réalisation : « Portant toujours partout dans le corps la mort (le mourir) de Jésus, afin que la vie aussi de Jésus soit manifestée dans notre corps ». Si nous saisissons cela, nous comprendrons qu’il y a une descente dans l’aire, un brisement de la volonté propre et l’acceptation pratique du « Je sais qu’en moi, c’est-à-dire en ma chair, il n’habite point de bien » (Rom. 7, 18). C’est pourquoi Ruth devait relever la couverture de Boaz et se coucher à ses pieds. Nous devons dans notre propre cœur nous faire un avec un Christ mort.

Et quel en serait le résultat pour Ruth ? Il « te fera connaître ce que tu auras à faire ». C’est en fait la conséquence glorieuse pour celui qui prend ainsi, consciemment, la place de 1 Pierre 1, 2. Non seulement nous pourrons voir alors dans la vie du Seigneur, combien nous devons être obéissants, mais Il nous le fera connaître ! Il nous montrera, dans une communion personnelle, comment nous avons à agir en toute chose. Qu’il est précieux pour le cœur d’être ainsi enseigné et conduit ! Le savons-nous par expérience ? C’est la conduite par son œil, dont parle David au Ps. 32, 8, direction dans la communion personnelle avec Celui qui s’est donné Lui-même pour nous dans la mort. Cela est présenté ici comme si le Seigneur, sorti du tombeau où il était entré par amour pour nous, nous conduisait personnellement. Le Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré Lui-même pour moi est Celui avec lequel je puis avoir communion et qui veut me guider et me conduire dans cette communion. La voix qui s’adresse à moi est celle qui s’est écriée pour moi : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Est-ce que cela ne nous pousse pas à prendre cette place ? Notre obligation d’être obéissant pourrait-elle être présentée d’une manière plus attrayante ? Il n’est pas étonnant que Ruth réponde à Naomi :

« Tout ce que tu as dit, je le ferai » (v. 5).

Et cependant quelle satisfaction pour Naomi d’entendre une telle déclaration d’obéissance. Quelle joie aussi pour le cœur du Seigneur lorsqu’il constate une telle obéissance en nous. Il s’avère que Naomi savait bien où était Boaz et ce qu’il faisait. Elle savait aussi ce qui convenait à qui désirait être près de lui pour recevoir de lui. De même, parmi les croyants, il y en a (Dieu donne qu’il y en ait beaucoup, et que j’en sois) qui sont si proches du Seigneur et ont une telle communion avec Lui, qu’ils savent où est le Seigneur, ce qu’il fait et ce qui convient à sa présence ; et ils nous disent : « Il te dira tout ce que tu dois faire ». Quand leur parole est caractérisée par leur désir de nous amener à être près de Lui et à entendre ses paroles, alors nous savons aussi que ce sont les pensées de Dieu qu’ils nous présentent. Quelle joie pour le Seigneur quand de jeunes croyants écoutent ce conseil et répondent : « Tout ce que tu as dit, je le ferai ». Et quelle joie aussi pour ceux qui ont donné ce conseil d’entendre une telle réponse (1 Jean 2, 28 ; 2 Jean 4 ; Héb. 13, 17).

« Et elle descendit à l’aire, et fit selon tout ce que sa belle-mère lui avait commandé » (v. 6).

Ruth ne se contente pas de dire qu’elle ferait ce que Naomi lui avait commandé, mais elle le fait aussi. Ce n’est pas pour elle une simple impulsion de ses sentiments, mais vraiment le désir de son cœur. Et remarquons qu’une déclaration de la parole écrite de Dieu lui suffit.

Par des passages tels que Ex. 17, 14 ; 24, 3-7 et Deut. 31, 24-26, nous savons que les lois et ordonnances de Dieu ont été écrites par Moïse. Le Seigneur Jésus le confirme du sceau de son autorité infaillible en Jean 5, 46, 47. Maintenant que Naomi n’est plus sous l’influence pernicieuse de Moab et qu’elle se souvient de Boaz, les ordonnances de l’Éternel lui reviennent à la mémoire : Lév. 25, 4 ; Nomb. 35 et Deut. 25 l’assurent que Dieu, dans sa grâce et sa sagesse, a pourvu à ses circonstances. Et la parole écrite de Dieu suffit à cette femme simple ; il ne lui faut rien de plus. Elle instruit Ruth des pensées de Dieu. Et une déclaration de la parole de Dieu suffit également à cette pauvre femme de Moab, nouvellement convertie. Elle ne questionne pas davantage, n’a pas besoin d’autre confirmation ; la parole lui donne son autorisation divine pour ce qu’elle va faire : aller tout de suite, se coucher aux pieds de Boaz, lui demander d’être, lui-même, son rédempteur — avec toutes les conséquences glorieuses d’un amour et d’une puissance rédempteurs. La modeste glaneuse devient en un instant celle qui demande avec assurance et hardiesse. C’étaient de grandes choses qu’elle demandait mais, selon la volonté révélée de Dieu, elle était juste et sainte en demandant ces choses. Quelle merveilleuse vérité ! Il n’y avait pas d’intermédiaire. La parole de Dieu seule suffisait.

Et remarquons-le bien, la parole de Dieu était aussi suffisante pour Boaz. Il ne fait aucune objection, n’a pas besoin de réfléchir d’abord, mais répond aussitôt à la demande de Ruth, car son désir se fondait sur la parole de Dieu. Et il en est toujours ainsi. Un seul verset des Écritures suffisait à notre Boaz, lorsqu’il était sur la terre, pour agir. Et de même pour Satan un verset était suffisant ; il n’avait plus de réponse (Matt. 4, 1-11).

Quelle leçon pour nous ! Une seule déclaration de la Parole écrite suffit pour Dieu et pour le Seigneur Jésus. « Éternel ! ta parole est établie à toujours dans les cieux » (Ps. 119, 89). Cela nous suffit-il aussi ? Et sommes-nous aussi persuadés qu’une portion de la Parole est suffisante pour répondre à Satan, lorsqu’il nous tente ? Et aussi qu’une seule citation de la parole de Dieu suffit pour répondre à ceux qui ne croient pas lorsqu’ils nous demandent compte de nos actes ou de notre conduite ? Nous pensons si facilement : ils ne croient pas à la Parole, aussi n’y a-t-il pas de sens de leur répondre par la Parole. Mais la parole de Dieu est une puissance vivante, qui convainc tous ceux qui l’entendent, même si le diable et ceux qui lui appartiennent ne veulent pas en convenir.

Ruth va vers celui qui peut accomplir ses désirs. Mais ce chemin vers lui descend jusqu’à l’aire. Et la parole de Dieu donne des instructions quant à ce qui convient à sa présence. Nous avons vu au verset 4 ce que signifie « descendre » : le jugement du « moi » et « se faire un » avec un Christ mort. C’est descendre du piédestal sur lequel nous met la chair et accepter le jugement de mort que Dieu a prononcé sur nous. Non seulement le jugement sur nos actes, mais la mort sur tout ce que nous sommes en nous-mêmes — l’homme tout entier. Ruth accepta cela non seulement comme doctrine, mais l’appliqua dans sa vie pratique. Et elle le fit aussi avec les instructions pratiques de la parole de Dieu. Il doit être sanctifié dans ceux qui s’approchent de Lui.

« Et Boaz mangea et but, et son cœur devint gai, et il alla se coucher au bout du tas des gerbes. Et elle vint tout doucement, et découvrit ses pieds, et se coucha » (v. 7).

Nous avons vu, au v. 3, que par « manger » et « boire » l’accomplissement de la volonté du Père par le Seigneur Jésus (Jean 4, 32-34) est représenté en type. Ici, au v. 7, il est dit que le cœur de Boaz devint gai. Quelle joie a dû remplir le cœur du Seigneur après qu’il eut accompli l’œuvre de la croix.

En Héb. 12, 2 il est écrit : « à cause de la joie qui était devant lui, (il) a enduré la croix, ayant méprisé la honte ». Quelle joie a-t-il ressentie dans son cœur : la question du péché était à jamais réglée ; Dieu, qui avait été déshonoré à un tel point par l’homme, était dorénavant parfaitement révélé et par conséquent parfaitement glorifié ; Il avait achevé l’œuvre pour l’assemblée qu’il aimait tant (Éph. 5, 25) ; elle pouvait maintenant être à Lui ; et toute sa création était ramenée à Dieu dans une harmonie parfaite (Col. 1, 20). Le Ps. 22, après avoir présenté les sentiments du Seigneur dans ses plus grandes souffrances de la croix, alors qu’il était abandonné de Dieu, lorsqu’il portait nos péchés et était fait péché à notre place, proclame au v. 22 : « J’annoncerai ton nom à mes frères, je te louerai au milieu de la congrégation » et au v. 25 : « De toi vient ma louange clans la grande congrégation ». Si nous sommes vraiment, comme Ruth, seuls avec Lui dans la nuit dans l’aire et que nous ne voyons que Lui dans son œuvre, nous verrons aussi sa joie. Si nous ne considérons l’œuvre du Seigneur que de notre côté, c’est-à-dire ce que nous avons reçu par elle, nous n’irons jamais aussi loin. Combien nos cœurs sont égoïstes !

Mais nous pouvons aussi voir ici quelque chose d’autre. Boaz avait fini de vanner, l’orge était purifié de la balle. Le Seigneur ne sera-t-il pas heureux, lorsqu’il ne verra plus de balle en nous ? Son but n’est-il pas de se présenter à Lui-même l’assemblée, lorsqu’elle sera glorifiée, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et irréprochable. C’est pour cela qu’il s’est livré Lui-même pour elle, afin de la sanctifier, la purifiant par le lavage d’eau par la Parole (Éph. 5, 25-27). Quelle joie ce sera pour Lui de voir bientôt l’assemblée ainsi dans la gloire ! Mais ne serait-ce pas une joie pour son cœur s’il la voyait déjà ainsi, ici-bas sur la terre ? Même si ce n’était que quelques-uns, peut-être même un seul membre de son corps ?

Le cœur de Boaz est gai, car il a fini de vanner, et il vient s’étendre près des tas de grains purifiés. Ne voyons-nous pas dans ce tas d’orge l’assemblée, comme une nouvelle pâte, le vieux levain ayant été ôté (1 Cor. 5, 7, 8) ? N’est-ce pas une image des vases à honneur, qui se sont purifiés des vases à déshonneur et qui poursuivent la justice, l’amour, la paix avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur ? Il ne peut pas demeurer là où l’injustice se trouve et où aucune occasion ne lui est donnée d’ôter la balle (2 Tim. 2, 19-22).

Et maintenant Ruth vient à lui, là où il s’est couché, comme celui qui est mort, comme celui qui a préféré mourir plutôt que de laisser le péché subsister (Héb. 9, 26). Nous voyons là la place de Christ sur la terre, actuellement, à notre époque. Il est rejeté du monde, a été crucifié et mis dans un sépulcre. Le monde en a fini avec Lui, pour le monde, il est dans le tombeau. Aussi Ruth (en figure) se fait un avec lui. Elle écarte la couverture et s’étend à ses pieds. C’est une image de Rom. 6, 4 : « Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême, pour la mort ». Mais ce n’est pas tellement l’acte même du baptême, que sa réalisation pratique dans la vie de chaque jour. Et peut‑être encore plus dans la vie de l’assemblée. La réalisation pratique de la fin totale du vieil homme et de la séparation totale du monde, dans la vie pratique de l’assemblée.

« Et il arriva au milieu de la nuit, que l’homme eut peur et se tourna ; et voici, une femme était couchée à ses pieds » (v. 8).

Nous arrivons ici à un moment décisif dans l’histoire de l’assemblée, telle que le Seigneur la dépeint en Apoc. 2 et 3. La fin du chap. 2 décrit l’assemblée à Thyatire, l’église romaine dans sa puissance dans le sombre moyen âge. Tout est gâté, et le Seigneur n’a que le jugement pour elle, car elle n’a pas voulu se repentir. Mais il y a un résidu fidèle, qui persiste dans l’amour, la foi, le service et la patience et ses dernières œuvres dépassent les premières.

L’ensemble de Thyatire est mis de côté ; le Seigneur ne le reconnaît plus, mais il subsiste jusqu’à ce qu’il revienne. À côté de cela, Dieu donne un nouveau commencement comme témoignage (plus en tant qu’image de toute l’église, comme dans les quatre premières assemblées) dans la Réformation. Mais l’état de ce nouvel ordre, tel qu’il fut après la mort des réformateurs, nous est présenté dans Sardes : « Tu as le nom de vivre, et tu es mort ». Du résidu à Sardes, il peut seulement être dit : « Tu as quelques noms… qui n’ont pas souillé leurs vêtements ». Rien de positif, comme pour le résidu de Thyatire, mais seulement une chose négative : ils n’ont pas souillé leurs vêtements. Tel était l’état du protestantisme avant Napoléon, pendant sa vie et peu après.

Mais ensuite nous voyons une nouvelle œuvre du Saint Esprit. Dans tous les pays, mais principalement dans les pays protestants, des âmes sont converties, se séparent de l’orthodoxie morte et du monde, et manifestent dans leur marche la vie de Dieu. Cette œuvre de Dieu est connue sous le nom de « Réveil ». C’est là, me semble-t-il, ce qui nous est présenté dans la constatation de Boaz qu’une femme était couchée à ses pieds. Dans les années qui suivirent la domination française, le Seigneur a vu chez beaucoup un état spirituel avec lequel il pouvait être lié. Et il put amener ces croyants plus loin, à ce que nous présente Philadelphie.

« Et il dit : Qui es-tu ? Et elle dit : Je suis Ruth, ta servante ; et étends ton aile sur ta servante, car tu as le droit de rachat » (v. 9).

Boaz ne connaissait-il pas Ruth ? Le Seigneur ne connaissait-il pas les croyants des siècles passés ? Certes, il les connaissait bien, mais ils ne se connaissaient pas eux-mêmes. Pour pouvoir répondre à Boaz, Ruth devait se rendre compte elle-même de ce qu’elle était. C’était là le but de la question. Et nous voyons le résultat lorsque nous lisons les écrits de cette époque du Réveil dans l’ordre chronologique. Nous constatons comment peu à peu les merveilleux privilèges de la position chrétienne reviennent à la lumière. D’abord que Dieu est satisfait de l’œuvre du Seigneur Jésus, de sorte que tous ceux qui croient en Lui ont la paix avec Dieu et sont enfants de Dieu. Puis la toute-suffisance de l’œuvre du Seigneur pour l’état tout entier de l’homme, non seulement quant à ses péchés, mais aussi quant à son péché. Ensuite le fait d’être mort avec Christ, mais aussi d’être ressuscité avec Lui et assis en Lui dans les lieux célestes. La glorieuse union de Christ avec son corps, l’assemblée et l’assurance de son prochain retour. Le vrai caractère et la vraie position de l’assemblée, etc. Oh ! il est bon d’être amené, par une question du Seigneur, à réfléchir à notre vraie position de manière à pouvoir Lui dire ce que nous sommes par sa grâce.

Combien belle est la réponse de Ruth ! Nous trouvons en elle de merveilleuses qualités morales : humilité, dépendance, modestie, mais à côté de cela un cœur qui aspire à tout ce que la bonté et les richesses de Dieu peuvent donner. Naomi a mentionné au v. 2 que l’homme était « de nos amis », et le cœur de Ruth s’est emparé de la chose. Dans sa réponse, on trouve qu’elle sait que Boaz la connaît ; et plus encore, elle est consciente du lien de famille et y fait appel. Elle se réfère aux promesses que Dieu a données dans sa Parole, et ainsi aux obligations qui incombent à Boaz. Et en outre elle se nomme sa servante, confesse son état désespéré et reconnaît que ce n’est que grâce, s’il répond à sa demande.

Ruth ne se nomme pas la Moabite, étant consciente de son lien de famille avec Boaz. La première chose qu’un croyant doit apprendre, c’est qu’il n’est plus un pauvre pécheur, mais qu’il appartient à la famille de Dieu. Ce n’est pas une preuve d’humilité chez un croyant de dire au Seigneur qu’il est pauvre et demande le pardon des péchés. Il ne fait que prouver qu’il ne croit pas la parole de Dieu et qu’il manque de connaissance quant à la valeur infinie de l’œuvre du Seigneur à la croix. Et le Seigneur ne peut pas lui faire voir toutes les richesses qu’il a pour lui ni lui montrer qu’il est un avec Lui, l’Homme glorifié dans le ciel, tant qu’il n’a pas vraiment la paix avec Dieu et n’est pas affranchi. Ce n’est que quand le cœur a trouvé une paix parfaite, tant au sujet des péchés que du péché, qu’il peut apprendre à comprendre davantage des pensées de Dieu.

Mais dans la profonde conscience de sa position, Ruth se nomme cependant la servante de Boaz. Son cœur ne désire pas être autre chose pour Celui qu’elle a appris à connaître dans sa bonté et dans sa grâce. Nous pouvons bien dire avec elle : « Tu es mon Seigneur et par ta grâce je me glorifie d’être à toi » et « Être ton esclave est un plus grand honneur que d’être roi sur la terre » !

Et, en faisant appel à son droit de rachat, elle lui fait voir qu’elle est en elle-même sans ressource. Un oiseau étend ses ailes sur ses petits sans force, lorsque le danger menace. Quand David fuyait devant Saül il criait à Dieu : « Use de grâce envers moi, ô Dieu ! use de grâce envers moi ; car en toi mon âme se réfugie, et sous l’ombre de tes ailes je me réfugie, jusqu’à ce que les calamités soient passées » (Ps. 57, 1). Voir aussi Ps. 36, 7 ; 61, 4 ; 91, 4 ; Matt. 23, 37, etc.

Quel magnifique exemple de foi et du chemin de la foi ne trouvons-nous pas en Ruth ! La foi est triomphante du monde (1 Jean 5, 4) et va alors à Dieu complètement et en toute confiance. Elle prend sa place hors du camp mais en même temps à l’intérieur du voile (Héb. 13, 11-13). Au chap. 1, nous avons vu Ruth s’attacher à Naomi comme une pauvre veuve, étrangère. En vraie fille d’Abraham, elle veut, pour elle, quitter la maison de son père, sa famille et sa patrie, pour aller dans un pays inconnu. Le peuple de Naomi sera son peuple, et le Dieu de Naomi, son Dieu. Sa foi est victorieuse du monde et elle prend place hors du camp.

Mais ici, au chap. 3, nous trouvons l’autre côté. Pour la foi de Ruth les grandes choses de Boaz ne sont pas trop élevées pour elle. En ce qui concerne sa position ou sa richesse, Ruth est aussi éloignée de Boaz qu’il est possible de l’être. Elle était glaneuse dans son champ et ne se considérait pas digne de se comparer aux servantes de Boaz (2, 13). Et pourtant elle le demande, lui-même ; la glaneuse veut devenir sa femme et ainsi, non seulement recevoir à nouveau l’héritage d’Élimélec, mais avoir aussi part à toutes les richesses de cet « homme puissant et riche ».

Mais si loin que la foi s’étende, c’est l’Esprit de Dieu qui la guide. Car Dieu a réservé dès les temps anciens ces choses élevées pour la foi. Les merveilleux secrets de la grâce surabondante de Dieu, les conseils de Dieu, l’institution du rachat et la fidélité du Rédempteur sont la garantie que la foi reçoit ce qu’elle demande. La liberté de la foi ne dépassera jamais le droit de la foi.

« Et il dit : Bénie sois-tu de l’Éternel, ma fille ! Tu as montré plus de bonté à la fin qu’au commencement, en ce que tu n’es pas allée après les jeunes hommes, pauvres ou riches » (v. 10).

Nous avons vu chez Ruth la marche de la foi et maintenant nous voyons en Boaz le chemin de la grâce. Celle-ci encourage l’âme, lui donne une confiance joyeuse, et y répond ensuite. Elle récompense la confiance qu’elle a elle-même suscitée.

Ce caractère de la grâce se retrouve dans toute l’Écriture. Lorsque le Saint Esprit convainc de culpabilité un pécheur, il l’amène à s’accuser devant un Dieu saint et juste. Le pécheur agit ainsi parce que la confiance dans la bonté de ce Dieu sévère a été éveillée dans son cœur. S’il ne voyait que ses péchés, il s’enfuirait aussi loin que possible d’un Dieu, qui est trop saint pour voir le péché et qui ainsi ne peut avoir pour lui qu’une condamnation éternelle.

Telle est aussi la manière d’agir du Seigneur envers les siens. Combien cet éveil de la confiance se manifeste lors de l’appel de Moïse, de Gédéon et de Jérémie au service pour lequel le Seigneur voulait les employer (Ex. 3 et 4 ; Juges 6 ; Jér. 1) ! Il rencontrait des cœurs craintifs, de peu de foi, mais il les rendait capables de recevoir les bénédictions que Sa grâce voulait leur donner. Et combien ce trait de la grâce brille en Jean 4 : à une pauvre Samaritaine, pécheresse, le Seigneur révèle toute sa bonté et la bonté de Dieu comme Celui qui donne, afin d’attirer son cœur pour qu’elle vienne à lui avec ses péchés.

Nous voyons la même chose en Boaz. Le tact et cependant la manière ouverte avec lesquels il encourage Ruth au chap. 2 sont remarquables. Et maintenant il est prêt à répondre à tout le désir de la confiance qu’il a suscitée en elle. Il n’a pas attiré son cœur de cette manière pour la décevoir ensuite. De naissance, elle était sans Christ, sans droit de cité en Israël et étrangère aux alliances de la promesse, n’ayant pas d’espérance, et étant sans Dieu dans le monde (Éph. 2, 12). Mais maintenant qu’elle s’est tournée vers l’Éternel, le Dieu du peuple de Dieu, Boaz la reconnaît comme appartenant à ce peuple, comme ainsi en relation avec l’Éternel et ayant de ce fait le vrai droit à Sa bénédiction, un droit que dans sa grâce indicible il avait donné à son peuple. « Bénie sois-tu de l’Éternel. » Et il l’introduit aussi dans une relation personnelle avec lui en la nommant « ma fille ». Il l’adopte en quelque sorte comme une fille d’Israël. Formellement, elle n’avait encore aucun héritage et n’était pas encore liée à lui. Il y avait encore des formalités à accomplir, des difficultés à vaincre avant qu’elle puisse officiellement prendre sa place comme telle. Mais son cœur reconnaît ses droits, et il le lui dit. Quel encouragement pour elle !

Boaz a déjà mentionné, au chap. 2, 11, la bonté que Ruth avait manifestée au début. Sa dernière bonté réside en ce qu’elle n’a pas suivi les désirs de son propre cœur ni ses propres convoitises, mais qu’elle a reconnu les droits que Boaz avait sur elle selon les déclarations de la parole de Dieu et qu’elle a agi en conséquence. C’est aussi ce que le Seigneur apprécie en nous.

Notre cœur aimerait suivre ses propres penchants. Il aspire aux choses du monde, aux choses de la nature. Mais le Seigneur a des droits sur nous, des droits en vertu de son amour, en raison du prix qu’il a payé pour nous racheter. Il a aimé son assemblée et s’est livré lui-même pour elle, afin qu’elle lui appartienne entièrement, et telle que son cœur désire qu’elle soit (Éph. 5, 25-27). Il a payé le plein prix pour cela ; il a vendu tout ce qu’il avait pour l’acquérir (Matt. 13, 46). Il « s’est anéanti lui-même, prenant la forme d’esclave, étant fait à la ressemblance des hommes ; et, étant trouvé en figure comme un homme, il s’est abaissé lui-même, étant devenu obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix » (Phil. 2, 6-8). Est-ce qu’un tel prix, payé pour nous sauver de la mort éternelle et nous donner les bénédictions les plus élevées ne confère au Seigneur aucun droit sur nous ? Il a droit à notre amour, à notre attachement, à notre obéissance. Il a un droit sur nos corps, sur nos âmes et sur nos esprits. Il a droit à tout ce que nous sommes, dans notre vie entière.

Mais la parole de Dieu donne encore d’autres motifs relativement à ses droits sur nous. Il a un droit absolu à notre obéissance du fait qu’il est le Créateur. Col. 1, 16 nous dit que « toutes choses ont été créées par lui et pour lui ». Il a créé les mondes, mais aussi les hommes afin qu’ils soient à son service et pour sa satisfaction. Cela signifie aussi que l’homme, dans toutes ses qualités et ses capacités spirituelles et corporelles, a été créé en vue de le servir ; que toutes ses capacités corporelles et spirituelles ne trouvent leur destination et leur plein développement que lorsque l’homme sert son créateur dans une obéissance parfaite ; et ce n’est qu’ainsi qu’il trouve une réelle satisfaction. Comme le disait Augustin : l’homme ne trouve aucun repos, jusqu’à ce qu’il le trouve en Dieu. C’est pour cela qu’il est dit en Deut. 6, 5 : « Tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur, et de toute ton âme, et de toute ta force » et que le Seigneur, en citant ce passage, y ajoute « et de toute ta pensée » (Marc 12, 30).

Mais Héb. 1, 1, 2 nous dit que le Seigneur a aussi droit, comme Fils de Dieu, à la domination sur toutes choses. Et le Ps. 8, Héb. 2, 5-8 et Col. 1, 15 nous indiquent un quatrième droit : selon le conseil de Dieu, toutes choses lui sont soumises, en tant que Fils de l’homme.

Reconnaissons-nous ce quadruple droit du Seigneur Jésus sur nous ? Et allons-nous en conséquence à Lui, avec tous nos désirs et toutes nos questions ; et surtout avec la grande question en toutes circonstances : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » Quel travail devons-nous faire, comment devons-nous préparer notre avenir, avec qui devons-nous avoir contact, où devons-nous habiter, comment devons-nous aménager notre maison, comment devons-nous élever nos enfants, pour quelle profession devons-nous les préparer ? En toutes choses dans notre vie, tant en ce qui concerne notre corps, que notre âme ou notre esprit, d’heure en heure, de minute en minute nous posons-nous la question : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? »

La parole de Dieu est claire à cet égard : « Dieu a fait et Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié » (Actes 2, 36). Ruth avait appris par la Parole que Boaz avait le droit de rachat et qu’elle devait en conséquence lui appartenir. Aussi alla-t-elle à lui, s’en remettant à lui pour elle-même et pour toute son affaire, pour tout son avenir. Nous voyons combien cela réjouit le cœur de Boaz. Il la loua elle-même.

Combien cela doit plaire au cœur du Seigneur Jésus quand nous venons librement à lui, reconnaissant ses droits sur nous et nous en remettant entièrement à lui ! Non que nous soyons libres de ne pas le faire. Dieu exige de l’homme qu’il reconnaisse l’autorité de son Fils (Phil. 2, 9, 11 ; Rom. 10, 9 ; Ps. 2). Mais lorsque nous le faisons de bon gré, parce que nous l’aimons, répondant ainsi à son merveilleux amour (1 Jean 4, 19), nous recevons aussi le témoignage de sa satisfaction. Il loue en nous ce que sa grâce a produit en nous, et ce qui est en accord avec ses pensées. C’est notre responsabilité que ces choses se trouvent en nous, mais lorsqu’elles y sont, il nous les impute et nous assure de son bon plaisir. Connaissons-nous par expérience cette voix d’approbation ?

Il y a lieu de remarquer que Boaz dit à la louange de Ruth qu’elle n’est pas allée après les jeunes hommes, riches ou pauvres. C’est indigne de l’amour, qu’une jeune fille se laisse guider dans ses sentiments par la richesse du jeune homme. Si Ruth avait été après un jeune homme pauvre, on aurait pu parler de purs motifs naturels, des motifs que Dieu Lui-même a mis dans l’homme, car l’amour de la femme envers l’homme et de l’homme envers la femme est suscité par Dieu. Mais quand il s’agit du Seigneur Jésus, les sentiments même les plus nobles et les plus élevés selon la nature n’ont plus aucune place dominante. Ils doivent, de même que la raison, être soumis en obéissance à Christ. Et dans cette obéissance, ils parviennent à leur développement le plus grand. Le Créateur, dans sa sagesse, développera ces sentiments là où il sera glorifié par eux et ses créatures pourront ainsi trouver une satisfaction complète.

« Et maintenant, ma fille, ne crains pas ; tout ce que tu me dis, je le ferai pour toi ; car toute la porte de mon peuple sait que tu es une femme vertueuse » (v. 11).

La manière d’agir de Ruth aurait pu détourner entièrement d’elle, la Moabite, le cœur de cet homme important. Et cela d’autant plus que ce qu’elle demandait allait au-delà de ce que la parole de Dieu prescrivait expressément à celui qui exerçait le droit de rachat.

Lév. 25, 25, 48 et 49 dit que le plus proche parent mâle doit exercer le droit de rachat lorsque quelqu’un, devenu pauvre, s’est vendu comme esclave, et que le frère doit aussi racheter l’héritage qui a été vendu en raison de pauvreté. En Deut. 25, lorsque le lévirat fut institué, seul le frère du défunt était obligé d’épouser la veuve et de susciter ainsi une descendance à son frère. Selon les prescriptions de la loi, Boaz n’était donc pas obligé d’épouser Ruth, ni de racheter l’héritage d’Élimélec.

Mais la grâce de notre Boaz est illimitée. Jamais la foi ne peut trop attendre (mais bien la chair, car le Seigneur ne donne jamais à la chair ce qu’elle demande, sinon alors comme discipline). La grâce se réjouit lorsque la foi demande en toute liberté : « Ouvre ta bouche toute grande » (Ps. 81, 10). La foi peut demander que des montagnes de difficultés soient ôtées et jetées dans la mer, et cela aura lieu. Et avant tout le Seigneur exaucera toujours une prière dans laquelle le croyant s’en remet entièrement à lui. Quelque grande que soit la demande de la foi, la grâce répondra toujours : « Ne crains pas ». Et non seulement cela, mais le Seigneur ajoutera : « Tout ce que tu dis, je le ferai ». Il aime que nous ayons confiance en Lui.

« Car toute la porte de mon peuple sait que tu es une femme vertueuse » (v. 11). Prov. 12, 4 dit : « Une femme vertueuse est la couronne de son mari » et au chap. 31, 10-31, elle nous est décrite. Tout est résumé dans les mots : « la femme qui craint l’Éternel, c’est elle qui sera louée » (v. 30), car « la crainte de l’Éternel est le commencement de la connaissance » (Prov. 1, 7).

Une femme vertueuse est donc une femme qui prend sa place dans la famille et envers son mari d’une manière conforme aux pensées de Dieu. Elle est la femme selon les pensées de Dieu. Et comme l’unité de l’homme et de la femme dans la création est une image de Christ et de l’assemblée (Éph. 5, 32), la femme vertueuse est une image de l’assemblée selon les pensées de Dieu.

Boaz dit à Ruth qu’elle est une femme vertueuse. Bien qu’elle ne soit pas liée à un mari, Boaz en voit chez elle les caractères. Et il n’est pas seul à les voir : cela est connu dans toute la porte de son peuple. La porte est le lieu du gouvernement. C’est là que les anciens de la ville viennent pour parler de toutes choses et pour régler toute affaire. Et tous les anciens, tout le gouvernement de la ville, avaient parlé d’elle et ils étaient tous d’une même pensée : qu’elle était une femme selon les pensées de Dieu. Nous dirions : tous les frères ont parlé d’elle dans la réunion de frères et étaient d’accord qu’elle est une femme qui craint Dieu. C’est pour cette raison que Boaz pouvait dire : « Tout ce que tu me dis, je le ferai ».

Il est bon de considérer une fois ce chap. 31 des Proverbes sous cet angle et d’apprendre là quelles sont les caractéristique pratiques de l’assemblée selon les pensées de Dieu. Et de nous demander ensuite si le Seigneur voit ces choses en nous, si toute la porte de son peuple voit ces choses en nous, tant en nous collectivement qu’en moi personnellement.

Le Seigneur discernait les caractères de l’assemblée dont nous avons parlé dans les versets précédents chez les croyants au début du siècle dernier. Il voyait leur obéissance envers Lui et envers sa Parole, de sorte que son cœur, en tant que Seigneur (Celui qui a l’autorité), pouvait entièrement se confier en eux (v. 11 et Apoc. 3, 8). Il voyait leur zèle pour ses intérêts, il voyait que sa maison était l’objet de leur sollicitude, qu’ils prenaient soin des membres de la famille (Philadelphie signifie amour des frères) et avaient du zèle pour annoncer l’Évangile aux affligés et aux nécessiteux (Prov. 31, 20). Et toute la porte de son peuple le voyait. Cela était connu dans toute la chrétienté. C’est pourquoi il pouvait se lier davantage à eux et les reconnaître publiquement comme son témoignage.

« Et maintenant, il est bien vrai que j’ai le droit de rachat, toutefois il y en a un qui a le droit de rachat, et qui est plus proche que moi. Passe ici la nuit ; et s’il arrive que, le matin, il veuille te racheter, c’est bien ! qu’il le fasse ; et s’il ne lui plaît pas de te racheter, l’Éternel est vivant que je le ferai, moi ! Reste couchée jusqu’au matin » (v. 12, 13).

Nous voyons ici que la demande de Ruth n’avait pas été une surprise pour Boaz. Il avait voulu l’amener par sa grâce à venir à lui, parce qu’il était le seul qui pouvait l’aider. Cependant il n’avait pas agi à la légère, sur un coup de tête, sans considérer les conséquences de son acte. Il savait, beaucoup mieux que Ruth, quelles étaient les difficultés.

Le Seigneur Jésus connaît notre cœur, notre état et le chemin que nous suivons. En És. 46, il dit : « Je suis Dieu, et il n’y en a point comme moi, déclarant dès le commencement ce qui sera à la fin, et d’ancienneté ce qui n’a pas été fait, disant : Mon conseil s’accomplira, et je ferai tout mon bon plaisir » (v. 9, 10) et au Ps. 139 : « Tu discernes de loin ma pensée… la parole n’est pas encore sur ma langue, que voilà, ô Éternel ! tu la connais tout entière » (versets 2, 4).

Il opère par son Esprit dans nos cœurs afin que nous prenions confiance en lui et nous en remettions entièrement à Lui ; il veut que nous apprenions qu’il est celui qui nous rachète de toute captivité et que, par Lui seul, nous pouvons acquérir un héritage avec les sanctifiés. Et il sait quelles difficultés doivent être surmontées pour que nous en arrivions là.

Pour Lui, il n’y a aucune difficulté. Il confirme volontiers qu’il est Celui qui a le droit de rachat et qu’il fera tout ce que nous Lui demandons avec foi. Mais les difficultés sont de notre côté ; notre cœur est si rusé qu’il essaie toujours à nouveau d’être délivré par un autre moyen. Le chemin de Rom. 7 est souvent un long chemin. Et Lui ne peut pas nous aider d’une manière définitive, tant que nous ne sommes pas arrivés à nous écrier : « Misérable homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort ? », jusqu’à ce que la loi ait montré son incapacité d’amener un homme, avec sa nature pécheresse, à servir Dieu et son impuissance pour le délivrer de la puissance du péché. Mais nous traiterons plus à fond ce sujet au chap. 4.

Boaz dit à Ruth : « Reste couchée jusqu’au matin ». Elle était venue, de nuit, pour s’étendre aux pieds de Boaz, tandis qu’il dormait. Au v. 7, nous avons vu que c’est une image du baptême pour sa mort : être enseveli avec lui par le baptême pour la mort (Rom. 6, 3, 4). C’est là que nous sommes délivrés. Là nous avons part à toute l’œuvre de la rédemption, tant en ce qui concerne nos péchés, que le péché même. Dès lors, nous pouvons prendre possession de notre héritage, accepter par la foi que nous sommes ressuscités avec Christ et assis en lui dans les lieux célestes (Éph. 2, 5, 6). C’est pourquoi Boaz dit à Ruth : « Reste couchée jusqu’au matin ». Alors il se manifesterait si l’autre parent qui avait le droit de rachat devait encore intervenir ou non.

« Et elle resta couchée là à ses pieds jusqu’au matin ; et elle se leva avant qu’on pût se reconnaître l’un l’autre » (v. 14).

Au chap. 2, 17, nous avons lu que Ruth glana jusqu’au soir, ici nous voyons qu’elle resta couchée aux pieds de Boaz jusqu’au matin. Ce sont les deux côtés du christianisme. En ce qui concerne notre travail (Jean 9, 4) et l’injonction à veiller (1 Thess. 5, 4-8), c’est pour nous le jour et nous attendons la nuit. Mais quant à notre vraie place ici sur la terre, où nous sommes associés à un Seigneur rejeté, c’est la nuit. Ces deux choses ne sont pas en contradiction. Ceux qui se tiennent le plus près du Seigneur Jésus, à ses pieds durant la nuit, font le plus de travail le jour.

Ici, Ruth apprend pour la première fois la leçon d’une entière confiance en Boaz au sujet de toute la bénédiction que le rachat pouvait lui apporter. Quelle place merveilleuse ! Être à ses pieds, dans la conscience de son approbation à l’égard de notre marche, étant les bénéficiaires et les objets de ses promesses, et dans l’assurance qu’il nous a entendus et qu’il amènera tout à bonne fin pour nous.

Mais pourquoi Ruth ne resta-t-elle pas là jusqu’à ce que le jour se lève, au moins dans son âme ? Elle n’a pas été renvoyée, mais elle s’est levée elle-même. Jamais le Seigneur ne renvoie qui que ce soit ; il ne renvoie pas un pécheur, et encore moins l’un des siens, venu se coucher à ses pieds pendant la nuit. Elle se leva de cette place glorieuse de la dépendance parfaite de lui, au lieu de sa mort, à son sépulcre. Si elle était restée, le jour se serait levé. La lumière se serait alors faite dans son cœur et elle l’aurait réellement connu dans la puissance de sa rédemption, de son œuvre à la fois sanctifiante et glorieuse. Mais elle s’en alla « avant qu’on pût se reconnaître l’un l’autre ».

Pourquoi tant de croyants ne vont-ils pas plus loin que Rom. 5, 12 ? Ils ont appris à connaître le Seigneur comme leur Sauveur qui les a sauvés du jugement éternel. Mais ils restent sous la puissance du péché, de leur vieille nature, parce qu’ils ne demeurent pas dans la place qu’ils ont reconnue comme la leur dans le baptême. Ce qu’ils ont reconnu dans le baptême, ce n’est pas que leurs péchés sont pardonnés, mais qu’ils voulaient être ensevelis avec Lui. S’ils étaient restés là avec Lui, ils auraient appris d’emblée que le Seigneur n’a pas seulement réglé tout ce qui concerne leurs péchés, en les portant sur Lui alors qu’il était sur la croix, mais qu’il a aussi été fait péché pour eux et que Dieu a jugé là en Lui notre mauvaise nature ; que nous ne sommes pas seulement délivrés de la condamnation, mais aussi sanctifiés, séparés de l’endroit où nous étions avant notre conversion et de l’état dans lequel nous nous trouvions (1 Pierre 1, 2 ; 1 Cor. 6, 11). Et lorsque nous avons appris cela, le Seigneur nous tire hors du tombeau vers l’autre côté, lumineux, où il est : vivifiés avec Christ, ressuscités ensemble et assis ensemble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus. Alors nous avons vraiment appris à le connaître dans toute la valeur de son œuvre, comme celui qui nous rachète, qui nous sanctifie et nous glorifie. Alors nous sommes dans la position chrétienne (Jean 17, 3).

Ruth s’en alla. Elle ne resta pas à l’endroit où elle n’avait qu’à se reposer, parce que Boaz était là et mettrait tout en ordre. Lorsque nous quittons la place de la mort avec Christ et que nous reprenons la place de vivants, alors vient celui qui a le droit de rachat et qui est plus proche que Boaz. La loi n’a rien à dire à des morts (Rom. 7, 4-6). Mais elle a autorité sur des hommes vivants qui veulent se libérer eux-mêmes de la puissance du péché. Elle dit alors : Fais ceci et tu vivras et : Quiconque transgresse la loi mourra. Si l’homme pouvait accomplir la loi, alors la loi serait un rédempteur. Mais nous avons dû apprendre, comme Ruth, que le commandement qui était pour la vie, « a été trouvé lui-même pour moi pour la mort » (Rom. 7, 10).

« Et il dit : Qu’on ne sache pas qu’une femme est venue dans l’aire. Et il lui dit : Donne le manteau qui est sur toi, et tiens-le. Et elle le tint, et il mesura six mesures d’orge, et les mit sur elle ; et elle (selon la note) entra dans la ville » (v. 15).

Pourquoi en faire un secret ? Ce n’est pas à l’honneur de Boaz que Ruth parte ainsi. Ruth s’en alla et le laissa ; lui qui devait l’aider pour que le plus proche parent la rachète. Il n’était pas tout pour elle.

Ce n’est pas à la gloire du Seigneur que quelqu’un, pour qui il a tout fait, ne veuille se servir de Lui que pour accomplir la loi et pour s’améliorer soi-même. Christ a été fait péché pour nous, parce que nous étions si irrémédiablement mauvais que Dieu n’avait pour nous que le jugement, non seulement à cause de nos péchés, mais à cause de notre nature. Et après qu’il a tout accompli, beaucoup dédaignent (pas consciemment, mais pourtant d’une manière réelle) la partie la plus importante de son œuvre, alors qu’il subissait la condamnation sur notre mauvaise nature. Nombreux sont ceux qui essaient d’améliorer cette nature, afin de pouvoir subsister devant Dieu comme hommes vivants, et recourent à la loi pour y parvenir. Ils n’ont alors besoin du Seigneur que pour qu’il leur donne la force d’accomplir la loi.

Le Seigneur ne peut pas les aider en cela. Il sait que c’est impossible, car c’est justement parce que nous ne pouvions pas nous améliorer qu’il a été fait péché pour nous. Et il n’est pas dans la gloire pour glorifier la loi. Tout cela revient à nier la nécessité de son œuvre et son œuvre elle-même.

Quel déshonneur pour le Seigneur lorsque celui pour qui il a tout accompli, tout ce qui était nécessaire pour le sauver de la puissance du péché, de Satan, du monde et de la mort, se trouve dans l’état décrit en Rom. 7, de sorte qu’il doit s’écrier : « Misérable homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort ? » (Rom. 7, 24). Une telle personne n’est d’ailleurs pas appelée « un chrétien » dans l’Écriture. Dès qu’un croyant a appris à connaître la délivrance et a ainsi reçu le Saint Esprit, il est un chrétien (Rom. 8, 10). Alors seulement Dieu met son sceau sur lui (Éph. 1, 13). C’est la raison pour laquelle il n’est pas parlé du Saint Esprit avant Rom. 8, à l’exception de l’allusion faite en passant au chap. 5, 5, où le sujet des chap. 5, 12 et suiv., 6 et 7 n’a pas encore été traité. Non, le Seigneur n’est pas glorifié, si l’on découvre qu’une femme comme Ruth est venue dans l’aire, dans un état pratique en tel contraste avec la perfection de son œuvre.

Mais si Boaz ne peut pas reconnaître publiquement Ruth comme liée à lui, sa bonté et sa grâce envers elle n’en sont pas amoindries. « Si nous sommes incrédules, lui demeure fidèle, car il ne peut se renier lui-même » (2 Tim. 2, 13). Certes, quel Ami est notre Jésus ! Nous ne pouvons pas avoir été près de Lui sans en repartir richement comblés par Lui.

Considérons bien ce que Boaz lui donne ! À la fin du chap. 2, nous avons vu que Ruth, en ce qui concerne son activité de glaneuse, a travaillé jusqu’à ce que la moisson des froments fût achevée. Nous avons vu que le froment est une image des croyants, qui comme tels sont de la même nature que le Seigneur Jésus (Jean 12, 24). Cela conduit à la pensée d’être un avec Christ, et par conséquent à l’assemblée (Éph. 1, 23 ; 3, 6 ; 4, 16). Mais au chap. 3, nous avons vu que Ruth n’était pas arrivée aussi loin en pratique. Très souvent, notre connaissance est supérieure à notre réalisation pratique de cette connaissance. Le Seigneur regarde à la réalité et agit en conséquence. C’est pourquoi il est parlé, dans tout le chap. 3, de l’orge et non pas du froment. Boaz était dans l’aire pour vanner l’orge. Et maintenant, c’est aussi de l’orge qu’il donne à Ruth. Certes, le grain n’est plus mêlé à la paille, comme c’était le cas au chap. 2. Il n’y a même plus de balle, car Boaz a vanné l’orge. Mais quelqu’un qui est encore dans l’état de Rom. 7 ne peut pas s’occuper de l’assemblée. II doit d’abord être délivré de la puissance du péché et de la mort. Et pour cela il reçoit de l’orge pur qui, comme nous l’avons vu à maintes reprises, parle de la vie de résurrection : une vie qui a passé par la mort et ne peut plus être touchée par elle. Cette vie nous place de l’autre côté de la mort, là où il n’y a plus ni mort, ni péché, ni loi.

Boaz lui donne six mesures. Il n’est pas dit de quelle grandeur. Notre Boaz ne donne jamais parcimonieusement ; si tel avait été le cas il n’aurait pas eu à les mettre sur elle, comme il est écrit. Elle aurait alors bien pu le faire elle-même. Mais le fait que la grandeur de cette mesure n’est pas indiquée montre clairement que ce n’est pas là-dessus que notre attention est dirigée, mais sur la quantité : six mesures.

Six est le nombre des jours de la semaine de travail de l’homme, le chiffre du devoir qui lui est imposé en tant que créature. Les bénédictions pratiques du Seigneur ne peuvent jamais aller bien au-delà de notre état. Il ne pouvait pas bénir un Israélite des bénédictions chrétiennes. Il ne peut pas non plus donner la jouissance pratique de toutes les merveilleuses bénédictions de l’épître aux Éphésiens à celui qui soupire dans l’état de Rom. 7. Pour un tel, les bénédictions pratiques sont en rapport avec son état caractérisé par les œuvres, avec son effort d’accomplir la loi. C’est pourquoi Ruth n’a pas reçu sept mesures. Elle ne recevra la septième mesure qu’au chap. 4 : c’est Boaz lui-même. Celui qui est fait un avec Christ possède tout, non pas seulement toutes ses richesses, mais aussi Lui-même. C’est la raison pour laquelle il est dit aux pères en 1 Jean 2, 13, 14 : « Parce que vous connaissez celui qui est dès le commencement ». Avec cela tout est dit.

La seule chose nécessaire, pour celui qui veut Le posséder, c’est de rester à ses pieds (Luc 10, 38-42). Alors nous recevons sept mesures de froment. Une part merveilleuse : la jouissance pratique du fait que nous sommes un avec Lui, la communion avec le Père et avec le Fils, qui donne une joie accomplie (1 Jean 1, 3, 4). Mais alors nous devons compter que nous ne serons compris par personne, sinon par le Seigneur Lui-même ; nous serons incompris de Marthe, notre sœur, de Lazare, notre frère, de Judas, un apôtre (Jean 12), de tous les disciples (Matt. 26, 8), oui même de notre propre femme : les gens de notre maison deviendront nos ennemis.

Que choisissons-nous ? N’est-Il pas digne que nous endurions toutes les peines et toutes les difficultés ? La communion avec Lui n’est-elle pas au-dessus de tout ? Et quelle pensée merveilleuse : Il est consolé de toute son affliction par celle qui abandonne tout pour être à Lui seul (Gen. 24, 67). Ruth s’en alla et retourna à la ville. La ville du peuple de Dieu n’est pas un mauvais endroit, mais ce n’est pas Lui. Si même l’assemblée nous écarte de Lui, c’est une perte immense. Ainsi Boaz ne put donner à Ruth que six mesures.

« Et elle vint vers sa belle-mère ; et celle-ci dit : Qui es-tu, ma fille ? Et elle lui raconta tout ce que l’homme avait fait pour elle ; et elle dit : Il m’a donné ces six mesures d’orge ; car il m’a dit : Tu n’iras pas à vide vers ta belle-mère » (v. 16, 17).

Ruth revint chez sa belle-mère avec de bonnes nouvelles et chargée d’une riche preuve des bons sentiments de Boaz. Mais elle n’avait pas le repos qu’elle était allée chercher chez Boaz. Elle ne savait même pas si elle obtiendrait ce repos, et par qui, alors que Boaz le lui aurait si volontiers donné.

Naomi s’adresse à elle, dans ces termes si beaux : « Qui es-tu ma fille ? » Sans doute Ruth n’était plus la même qui, le soir précédent, était allée dans l’aire. Personne ne peut avoir été avec le Seigneur Jésus sans être transformé à sa ressemblance. Mais je pense que tel n’était pas le sens de la question de Naomi. Elle savait que Boaz avait le droit de rachat, et elle avait envoyé Ruth vers lui, afin qu’elle trouve du repos. Elle voyait en Ruth l’épouse élue. Elle savait ce que ferait le fidèle Rédempteur. Sa question signifie : Es-tu une avec Boaz ? As-tu trouvé le repos à son côté ?

Question sondant à la fois la conscience et le cœur de Ruth. Que doit-elle répondre ? Qui est-elle. En elle-même, elle est cette même pauvre femme, isolée et sans force. Elle ne peut rapporter que du bien au sujet de Boaz. Ainsi ses pensées sont détournées d’elle-même, et dirigées sur Boaz : sa bonté, sa puissance, ses paroles, ses promesses. Elle peut montrer les six mesures d’orge, une partie de ses richesses, et ainsi apporter à Naomi ce qu’elle-même a reçu de Boaz.

Naomi comprend la situation. Elle écoute le récit de Ruth et saisit ce qu’elle ne peut raconter. Elle voit qu’il y a six mesures et non pas sept. Elle sait que Ruth n’a pas encore trouvé le repos. Et par expérience, elle en connaît la raison. Y a-t-il un chrétien qui ne connaisse pas, par expérience, le combat de Rom. 7 ? Mais quelque grande que soit la déception pour elle, il y a la consolation de voir que Boaz apprécie néanmoins la confiance de Ruth à son égard, même si elle est faible et s’en va dans la mauvaise direction.

Certes, le Seigneur reconnaît chaque désir spirituel, même du plus faible croyant. C’est beaucoup pour Lui lorsque quelqu’un peut dire en vérité : « Je prends plaisir à la loi de Dieu selon l’homme intérieur » (Rom. 7, 22). Et combien cela a plus de valeur pour Lui, lorsqu’il voit un élan sincère vers Lui-même. Alors il donne une preuve manifeste de son intérêt et la promesse qu’il s’occupera de la difficulté.

Naomi perçoit la raison de l’échec de Ruth. Et puisque Ruth est maintenant arrivée à se mieux connaître et aussi à mieux connaître Boaz, en se souvenant de tout ce qu’il a fait pour elle, Naomi peut lui dire de quelle manière les choses peuvent encore s’arranger : « Demeure, ma fille, jusqu’à ce que tu saches comment l’affaire tournera ; car l’homme n’aura pas de repos qu’il n’ait terminé l’affaire aujourd’hui » (v. 18).

Demeurer tranquille est un bon conseil pour ceux qui ont la vie de Dieu, mais qui n’ont pas de repos pour leur âme, et qui cherchent, en vain, à l’obtenir par leurs propres efforts. Nous savons par expérience combien de pensées montaient en nous, relativement à notre souillure et à notre nudité, relativement à notre état et à notre honte, et comment nous essayions d’améliorer notre vie. Mais lorsque nous avons appris à connaître le grand mystère de la grâce : que notre Rédempteur a fait sienne notre cause, alors nous avons été tranquilles et silencieux, et nous nous sommes détournés de nous-mêmes pour n’être occupés que de Christ. Nous avons à être tranquilles et à voir la délivrance de l’Éternel (Ex. 14, 13), comme Joshua en Zach. 3. Nous devons le laisser répondre à nos accusateurs, comme dans le cas de la femme adultère de Jean 8. Sur le chemin du retour à la maison, nous pouvons avoir pensé à nous-mêmes et à notre état, mais dès que nous sommes entrés dans la maison, et avons vu que le Père a fait de nos bénédictions sa propre affaire, nous n’avons plus qu’à nous asseoir tranquillement et à manger ce qu’il a préparé pour nous (Luc 15, 22-24).

Il est de la plus grande importance de remarquer que, dès que Boaz a pris en main la cause de Ruth, il n’a plus eu de repos jusqu’à ce qu’il ait amené l’affaire à bonne fin. Que pouvait faire Ruth, si ce n’est compliquer les choses ? Et il en est de même pour nous. Le Seigneur n’a aucun repos jusqu’à ce que nous ayons trouvé le repos en Lui dans la présence de Dieu. Mais tout doit se passer de manière à ce que la gloire en revienne à Christ seul. Il veut tout disposer pour ceux qui l’aiment, selon le désir de leur cœur. Et pourquoi ? Pour les mêmes motifs que Boaz : il aimait Ruth. C’était le grand mobile d’action pour tout ce qu’il entreprenait pour elle. « Christ a aimé l’assemblée et s’est livré lui-même pour elle, afin qu’il la sanctifiât, en la purifiant par le lavage d’eau par la parole ; afin que lui se présentât l’assemblée à lui-même, glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais afin qu’elle fût sainte et irréprochable » (Éph. 5, 25-27).

5         CHAPITRE 4

« Et Boaz monta à la porte, et s’assit là. Et voici, celui qui avait le droit de rachat, et dont Boaz avait parlé, vint à passer ; et il dit : Toi, un tel, détourne-toi, assieds-toi ici. Et il se détourna et s’assit. Et Boaz prit dix hommes des anciens de la ville, et dit : Asseyez-vous ici. Et ils s’assirent » (v. 1, 2).

La ville de Dieu (Ps. 87, 3) est le lieu où Dieu habite. Ce n’est pas exactement la même pensée que le temple de Dieu. Dieu habite dans le temple et ce temple est dans la ville de Dieu. Mais dans la ville, habitent aussi tous ceux qui demeurent près de lui, réunis autour de la maison de Dieu. Nous trouvons là toute la vie de ceux qui demeurent dans la présence de Dieu, avec tout ce qu’ils font.

Dans la ville se trouvent les trônes de jugement (Ps. 122, 5). « Tu t’établiras des juges et des magistrats... dans toutes tes portes…  pour qu’ils jugent le peuple par un jugement juste » (Deut. 16, 18). Ainsi je pense que là où il est parlé dans l’Écriture de la « ville », nous avons l’assemblée dans son caractère administratif et gouvernemental sur la terre, comme nous le trouvons en perfection dans la sainte cité, Jérusalem, descendant du ciel d’auprès de Dieu (Apoc. 21, 9 et suiv.), l’assemblée glorifiée dans le Millénium. Nous voyons ce caractère notamment dans l’emploi répété du nombre 12 (chiffre de la souveraineté exercée, telle qu’elle le fut par exemple par le Seigneur au milieu d’Israël).

C’est là que se rend Boaz lorsqu’il veut mener à bonne fin l’affaire de Ruth. Il peut le faire maintenant qu’elle lui a remis toute la chose et demeure elle-même tranquille. Mais il le fait à la porte de la ville, avec le concours des anciens de la ville. Il monte à la porte, car c’est un lieu élevé. Ce n’est pas la même pensée que l’aire vers laquelle il faut descendre.

Nous pouvons tirer beaucoup de leçons de ce qui nous est rapporté ici. Boaz n’a pas présenté tout de suite l’affaire de Ruth à la porte, après avoir rencontré Ruth pour la première fois, mais seulement lorsqu’elle avait assez progressé pour qu’il puisse lui donner les six mesures (3, 15), après qu’elle avait été assise longtemps à ses pieds au lieu de la mort. Combien de tort a déjà été fait, combien de peines et de trouble ont été causés par le fait qu’on a présenté un cas devant les frères avant d’avoir personnellement considéré l’affaire de celui ou celle, à qui on n’avait encore donné qu’une mesure, pour employer le langage du livre de Ruth. Et d’un autre côté, même si, par la grâce de Dieu, nous pouvons venir en aide à une âme, nous ne pouvons accomplir le dernier pas pour sa pleine bénédiction sur la terre qu’en entrant dans la ville et en portant la chose devant le témoignage local qui est, selon les pensées de Dieu, le corps ayant autorité sur la terre pour administrer d’une manière spirituelle dans les choses spirituelles.

Mais bien que Boaz apporte l’affaire à la porte et la traite là au milieu des anciens, il parle avec autorité et il indique comment il faut agir. Quoique le Seigneur ait placé les trônes de jugement au milieu des deux ou trois qui sont assemblés à son nom (Matt. 18, 17-20 ; 1 Cor. 5, 4, 13), Lui seul a toute autorité au milieu d’eux. C’est l’autorité du Seigneur au milieu des deux ou trois. Notre comportement, tel celui des dix anciens, ne doit consister qu’à L’écouter, à confirmer Sa décision et à en rendre témoignage (v. 11).

Et voilà que passe le proche parent qui avait le droit de rachat, dont Boaz avait parlé. Jusqu’ici, il n’a montré aucun intérêt pour Naomi ou Ruth, et il n’en a pas davantage maintenant. Boaz doit l’appeler pour qu’il s’occupe de la question.

Mais peut-il y avoir un autre Rédempteur que notre Boaz ? Un homme pécheur peut-il être sauvé autrement que par la grâce inconditionnelle de Dieu et l’œuvre du Seigneur Jésus sur la croix ? En théorie, oui ! Rom. 2, 6, 7 dit que Dieu donne la vie éternelle à ceux qui, en persévérant dans les bonnes œuvres, cherchent la gloire et l’honneur et l’incorruptibilité. Et Ezéch. 18, 20-28 nous enseigne qu’il en est ainsi même pour celui qui a d’abord vécu dans l’iniquité.

Ce n’est pas l’Évangile de la grâce ! Ici il n’est pas question du salut sur le principe de la foi, de la bonne nouvelle du christianisme. C’est une délivrance sur le principe des œuvres. C’est la loi, liée à la grâce, telle que Dieu l’a donnée à Israël après le veau d’or, lorsque Moïse eut brisé les premières tables de la loi, écrites sur des pierres. Ainsi, quoiqu’il soit mêlé de miséricorde, c’est un salut sur le principe des œuvres — et, comme tel, il est en opposition totale à l’Évangile : « Or, si c’est par la grâce, ce n’est plus sur le principe des œuvres, puisqu’autrement la grâce n’est plus la grâce » (Rom. 11, 6).

Certes, la loi n’a été donnée qu’à Israël. Personne, sinon Israël, n’a jamais été placé par Dieu sous la loi. Mais le principe de la responsabilité demeure pour l’homme animal, et où trouve-t-on la mesure de la responsabilité montrée d’une manière plus évidente que justement dans la loi ? Et la miséricorde de Dieu envers des hommes coupables et responsables est allée si loin que si un pécheur se convertissait et respectait dès lors les ordonnances de Dieu, pratiquant ce qui est droit et juste, Dieu ne se souviendrait plus de ses transgressions. S’il y avait seulement un peu de force dans l’homme pour faire le bien, la loi pourrait le sauver du jugement de Dieu (Ezéch. 18, 21, 22). Nous avons là le premier proche parent qui a le droit de rachat.

Hélas, l’homme n’a aucune force. Mais rien n’est plus difficile, pour son cœur orgueilleux, que d’admettre qu’il dépend de la grâce seule pour son salut, qu’il n’a aucun besoin de la loi, mais de Christ seul. C’est pourquoi Dieu devait d’abord donner la loi, pour montrer que « nulle chair ne sera justifiée devant lui par des œuvres de loi » (Rom. 3, 20). C’est seulement après que la loi a manifesté son impuissance pour sauver que la grâce vint dans la Personne du Fils de Dieu. « La grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ » (Jean 1, 17).

N’est-ce pas aussi l’histoire de toute âme convertie ? Lorsqu’elle voit son péché, elle recourt à la loi pour se libérer elle-même de son pouvoir. Rom. 7 nous décrit ce terrible combat. Et Dieu le permet, il amène même l’âme à ce combat désespéré afin qu’elle devienne consciente de son état de perdition totale et qu’elle s’écrie : « Misérable homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort » (Rom. 7, 24). Elle ne dit plus : « qu’est-ce qui me délivrera », mais « qui ». Elle voit qu’une Personne doit la délivrer, si elle veut être sauvée. Alors Dieu lui présente le seul qui puisse la racheter : « Je rends grâces à Dieu par Jésus Christ notre Seigneur » (v. 25).

Nous voyons ici, dans le livre de Ruth, que Boaz prend l’affaire en main. Il appelle celui qui avait le droit de rachat avant lui, pour montrer que celui-ci ne peut pas racheter. Boaz a un intérêt plein d’affection pour Ruth et Naomi, ce qui n’était pas le cas du premier. Celui-là ne s’est jamais préoccupé d’elles jusqu’à ce moment, et il ne le fait pas davantage maintenant, jusqu’à ce que Boaz l’appelle. Le Seigneur Jésus s’est donné Lui-même par amour pour nous, pour son assemblée, afin de l’unir à Lui. La loi n’a aucun amour et n’est ainsi en aucune manière la révélation de Celui qui est amour (1 Jean 4, 8, 16).

Mais la vérité aussi est venue par Jésus Christ. La grâce ne peut jamais agir en contradiction avec la justice. C’est pourquoi Boaz prend dix hommes d’entre les anciens de la ville pour qu’ils soient témoins. Les dix commandements, noyau de la loi, devront témoigner que la loi ne peut pas être celui qui exerce le droit de rachat. Combien la question de Rom. 7 serait résolue d’une manière rapide et claire pour toute âme, si ces dix, et seulement ces dix, étaient des témoins permanents. Une âme verrait vite qu’elle est sans espoir sous la puissance du péché (de sa vieille nature), si elle avait seulement ces dix commandements devant elle. Mais comme Dieu est plein de grâce et miséricordieux, elle fait habituellement la faute de penser que Dieu ne maintiendra pas intégralement les saintes exigences de la loi, qu’il se contentera d’une mesure inférieure. Mais, bien que la grâce et la miséricorde de Dieu soient infinis et que, dans sa bonté, il soit patient au-delà de toute pensée, il ne peut pas rabaisser ses saintes exigences. Il ne peut pas se renier Lui-même.

« Et il dit à celui qui avait le droit de rachat : Naomi, qui est revenue des champs de Moab, vend la pièce de terre qui était à notre frère Élimélec. Et moi, je me suis dit : Je t’en informerai, et je te dirai : Achète-la en la présence des habitants et en la présence des anciens de mon peuple. Si tu veux racheter, rachète ; et si tu ne veux ne pas racheter, déclare-le-moi, afin que je sache ; car il n’y a personne que toi pour racheter, et moi je suis après toi. Et il dit : Je rachèterai » (v. 3, 4.)

Avant que le rachat pût intervenir, trois questions devaient être résolues :

1. Existait-il quelqu’un qui avait le droit de rachat ? Quelque riche que soit un homme, et quelque grande que soit sa commisération pour Naomi et Ruth, il ne pouvait pas les racheter s’il n’était pas un parent. C’est pourquoi le Seigneur Jésus a participé au sang et à la chair afin de pouvoir être Rédempteur (Héb. 2, 14). Ce n’est que comme homme qu’il pouvait l’être (1 Tim. 2, 5, 6). Dieu Lui-même avait toutefois donné la loi comme premier parent ayant le droit de rachat, ainsi que nous l’avons vu au v. 2. « Ce qui est spirituel n’est pas le premier, mais ce qui est animal ; ensuite ce qui est spirituel » (1 Cor. 15, 46).

2. Ce proche parent était-il capable de racheter ? Boaz aurait pu avoir le droit et même être prêt à racheter, mais s’il n’avait pas pu payer le prix, cela n’aurait servi à rien. La loi pouvait racheter l’héritage (4, 5) ; elle n’était cependant pas en mesure de racheter l’héritier (4, 6). En revanche, Boaz était « un homme puissant et riche » (2, 1). Il pouvait payer le prix. Le prix que le Seigneur a dû payer pour nous sauver était infiniment élevé, car « un homme (de ces riches de la terre) ne pourra en aucune manière racheter son frère, ni donner à Dieu sa rançon, car précieux est le rachat de leur âme » (Ps. 49, 7, 8), mais « vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus Christ, comment, étant riche, il a vécu dans la pauvreté pour vous, afin que par sa pauvreté vous fussiez enrichis » (2 Cor. 8, 9). Christ a aimé l’assemblée et s’est livré Lui-même pour elle. Mais nous voyons en Matt. 13, 46 le prix qu’il a payé. Il a vendu tout ce qu’il avait. Il s’est anéanti Lui-même (Phil. 2, 6-8) et ensuite, Il a abandonné sa position de Fils de l’homme, Il a mis de côté (nous le disons avec grande prudence) sa sainteté en portant nos péchés en son corps et en étant fait péché pour nous ; Il a ainsi perdu sa communion avec Dieu, et enfin Il a donné sa vie. En effet, il a vendu tout ce qu’il avait pour racheter l’assemblée. Quel Sauveur !

3. La troisième question était : le parent était-il disposé à racheter ? Si Boaz avait eu le droit et les moyens de racheter, mais n’avait pas été disposé à le faire, aucune puissance au monde n’aurait pu le forcer à racheter la pauvre Ruth et l’héritage. C’est pourquoi l’Écriture parle tant de l’amour de Christ. Ce n’étaient pas seulement la sympathie ou les compassions de Christ qui l’ont amené à nous racheter, mais son amour. Son amour était capable de vaincre toutes choses. Même la mort sous le jugement d’un Dieu saint qui ne pouvait pas épargner le péché (Cant. 8, 6, 7). La loi ne connaît aucun amour, mais seulement la justice et n’est ainsi pas prête à racheter.

Selon le texte massorétique, Naomi avait déjà vendu le champ. La plupart des traducteurs écrivent cependant « vend » (présent), parce qu’ils déduisent du contexte qu’il doit en être ainsi (voir par ex. les versets 5 et 9). Cela est bien possible, car en hébreu la différence ne réside que dans une voyelle (makera ou mokera) et nous savons qu’à l’origine, en hébreu, seules les consonnes étaient écrites et que des siècles plus tard seulement les voyelles ont été ajoutées. Quant à la signification spirituelle, les deux leçons sont justes.

L’Église catholique au Moyen Age (Thyatire) avait vendu depuis longtemps la vraie position chrétienne, le caractère céleste de l’assemblée, pour une position de domination sur la terre. Elle avait toutefois conservé (quoique déformée) la vérité d’une seule église. Elle était allée en cela au-delà de l’Écriture, par sa doctrine qu’en dehors de l’Église il n’y a pas de salut. Selon elle tout est commun, rien n’est personnel. Mais quelque grande que soit la place de l’assemblée dans l’Écriture, il y a aussi beaucoup de choses personnelles. C’est à titre personnel que chacun doit se convertir, avoir la paix avec Dieu, recevoir le Saint Esprit, reconnaître l’autorité du Seigneur pratiquement dans sa vie. Ce sont des choses dans lesquelles l’assemblée n’est pas impliquée. L’assemblée connaît le Seigneur non comme Seigneur, mais comme Tête. Et ce n’est que lorsqu’un homme s’est converti, a la paix avec Dieu et est scellé du Saint Esprit, qu’il devient membre du corps de Christ (1 Cor. 12, 13).

Par réaction contre la doctrine de Rome, le protestantisme (Sardes) a rejeté pour ainsi dire tout ce qui est commun, faisant de tout une question personnelle. Non seulement chacun doit croire personnellement, mais aussi pour tout ce qui concerne l’assemblée (église) ; de très nombreuses églises furent formées, et chacun se ralliait à l’église de son choix, là où il trouvait des hommes qui pensaient comme lui ou qui habitaient dans le même pays ou la même province.

En fait, Naomi avait vendu le champ d’Élimélec, le pays où les droits du Seigneur étaient maintenus (Élimélec signifie mon Dieu est roi) et elle le vend encore. La vraie position chrétienne n’était plus connue (Apoc. 3, 1, 2) et la vérité de la seule assemblée du Dieu vivant était rejetée. La position chrétienne a été rabaissée à la position d’un Juif sous la loi, de sorte que ceux qui se nommaient chrétiens ne portaient en pratique plus aucun caractère du christianisme et devaient être appelés des « morts » par le Seigneur. Et on a présenté la division parmi les chrétiens qui est qualifiée par la parole de Dieu de charnelle, du vieil homme (1 Cor. 1, 10-13 ; 3, 3-5) comme quelque chose de bien en soutenant que « les diverses églises reproduisent chacune quelque chose de la gloire de Dieu, ce qu’une seule église n’est pas capable de faire », ou bien on a prétendu « qu’elles sont comme les rayons d’une roue, qui se trouvent tous liés au centre ».

La loi, le principe de la responsabilité, peut racheter l’héritage et elle est aussi prête à le faire. Elle peut présenter à la conscience la vérité de Dieu et exiger qu’elle soit maintenue. Elle peut montrer aux âmes converties qu’elles ne doivent pas être esclaves du péché, mais qu’il leur faut être placées dans la liberté (Gal. 5, 1). Elle peut leur dire qu’elles sont assises en Christ dans les lieux célestes et qu’elles doivent le réaliser pratiquement. Mais comment quelqu’un qui s’est placé sous la loi, tout en étant peut-être né de nouveau, pourrait-il être affranchi, puisque la position de ceux qui sont sous la loi est celle d’esclaves (Gal. 3, 23 — 4, 7) ? Comment quelqu’un qui prend la place d’un homme naturel vivant sur la terre (car telle est la place de l’homme sous la loi, selon Rom. 7, 1-6) peut-il vivre en pratique comme un ressuscité, assis dans les lieux célestes (Éph. 2, 5, 6) ? Comment quelqu’un qui est un esclave du péché (Rom. 7, 23), qui n’appartient en réalité pas à l’assemblée du Dieu vivant, parce qu’il n’est pas encore scellé du Saint Esprit, peut‑il prendre place en pratique comme membre du corps de Christ, même s’il s’appelle mille fois un chrétien ? Ce n’est pas seulement l’héritage qui doit être racheté, mais aussi l’héritier. C’est ce qui est présenté dans les versets suivants.

« Et Boaz dit : Au jour que tu achèteras le champ de la main de Naomi, tu l’achèteras aussi de Ruth, la Moabite, femme du défunt, pour relever le nom du défunt sur son héritage. Et celui qui avait le droit de rachat dit : Je ne puis pas le racheter pour moi, de peur que je ne ruine mon héritage ; use, toi, de mon droit de rachat, car je ne puis racheter » (v. 5, 6).

Ici nous arrivons au cœur du problème. Il ne s’agit pas seulement de l’héritage, mais il faut susciter un héritier. Le propriétaire légal, auquel Dieu avait donné le champ comme un prêt (Lév. 25, 23 ; Apoc. 2, 5) était mort (Apoc. 3, 1). La seule par laquelle un héritier pourrait venir était Ruth, la Moabite. Comment la loi pouvait-elle s’unir à Ruth ? La loi elle-même avait dit qu’aucun Moabite, même leur dixième génération, ne pourrait entrer dans la congrégation de l’Éternel. Un mariage de ce rédempteur-là avec Ruth détruirait son propre héritage. Si la loi rendait nulles ses propres ordonnances, où seraient sa force et son autorité ?

Nous trouvons dans la Parole deux grandes lignes : celle de la responsabilité et celle de la grâce. La parole de Dieu ne confond jamais ces deux principes. Nous le faisons souvent et les conséquences les plus désastreuses en sont résultées. Lorsque la Parole nous parle de la grâce, tout est sûr et ferme, car là tout est l’œuvre du Seigneur. « Ils paraissent devant Dieu en Sion » (Ps. 84, 7). Mais dès qu’il s’agit de responsabilité, nous trouvons la défaillance de l’homme. Adam transgressa le seul commandement que Dieu lui avait donné. Israël rompit la loi, par laquelle il avait été mis à part de tous les autres peuples et aurait pu posséder les bénédictions de Dieu à toujours. L’assemblée a abandonné son premier amour et s’est corrompue au point que le Seigneur doit annoncer le jugement à Thyatire. Et lorsque, ensuite, Dieu donne une place nouvelle à un résidu, dans la Réformation, pour être son témoignage, Il doit bientôt lui dire : Tu as le nom de vivre, mais tu es mort !

En Apoc. 2 et 3, nous avons l’histoire de l’assemblée, comme corps responsable sur la terre, présentée prophétiquement. Lui qui déclare « dès le commencement ce qui sera à la fin, et d’ancienneté ce qui n’a pas été fait » (És. 46, 10) a présenté d’avance à Israël ce que serait son histoire (Deut. 31, 16 à 32, 43), et de même à l’assemblée.

Les trois premières assemblées (Éphèse, Smyrne et Pergame) ont un caractère commun en ce qu’elles présentent l’assemblée dans son entier à trois époques subséquentes : d’abord au moment où l’Apocalypse fut écrite, puis le temps des persécutions et enfin celui où la chrétienté était sous la protection de l’empereur romain. À ces trois, le Seigneur se présente dans les caractères sous lesquels il a été présenté, en Apoc. 1, comme Juge au milieu des lampes. Il n’en est pas de même pour les trois dernières. De plus, l’ange n’y est plus distingué de l’assemblée, comme dans les trois premières. Thyatire (le papisme) a un caractère mixte. Au début elle a, comme successeur de Pergame, un caractère d’ensemble, car elle représente alors l’assemblée tout entière. Mais lorsque la ruine devient telle que le Seigneur ne peut plus la supporter, Thyatire est mise de côté, sans toutefois s’intégrer dans l’assemblée suivante, comme c’était le cas des trois premières. Le Seigneur mit de côté l’église romaine et produisit, dans la Réformation, quelque chose de tout à fait nouveau, qui devait toutefois subsister à côté de l’église romaine, et ne représente ainsi plus l’assemblée tout entière. C’est pourquoi Sardes (ainsi que Philadelphie et Laodicée) ont davantage un caractère de témoignage.

Mais bientôt, nous voyons que Sardes se corrompt aussi. Nous ne trouvons pas le grand mal manifeste, qui a été le motif de la mise de côté de Thyatire par le Seigneur. Le mal est plutôt négatif : pas de vie, oubli de ce qui avait été une fois reçu et entendu. En ce qui concerne la responsabilité, l’assemblée a tout gâté. Que peut alors faire le principe de la responsabilité, qui est présenté dans le premier rédempteur ? La seule chose est le jugement et la mise de côté de Sardes aussi. Le principe de la responsabilité ne peut susciter aucune vie de la mort. Il ne peut susciter aucun nouvel héritier pour l’héritage donné autrefois à l’assemblée, mais vendu par elle ! Il doit dire : « Je ne puis pas le racheter pour moi, de peur que je ne ruine mon héritage » Moïse, le législateur, ne pouvait pas conduire en sûreté le peuple à travers le désert (seule la sacrificature le pouvait, Nomb. 16, 44, 50) ; le principe de la responsabilité ne peut pas davantage ramener dans l’héritage, lorsque celui-ci a été vendu et que l’héritier est mort. Seul Celui qui a les clefs de la mort et du hadès (le royaume des morts) (Apoc. 1, 18) peut donner la vie à partir de la mort, Lui dont la voix donne la vie à tous les morts qui l’entendent (Jean 5, 25). Il donne la vie de résurrection (Rom. 8, 1-3).

« Or c’était jadis une coutume en Israël, en cas de rachat et d’échange, que, pour confirmer toute affaire, l’un ôtait sa sandale et la donnait à l’autre ; c’était là une coutume en Israël. Et celui qui avait le droit de rachat dit à Boaz : Achète pour toi ; et il ôta sa sandale. Et Boaz dit aux anciens et à tout le peuple : Vous êtes aujourd’hui témoins que j’ai acheté de la main de Naomi tout ce qui était à Élimélec, et tout ce qui était à Kilion : et à Makhlon ; et aussi que je me suis acquis pour femme Ruth, la Moabite, la femme de Makhlon, pour relever le nom du défunt sur son héritage, afin que le nom du défunt ne soit pas retranché d’entre ses frères et de la porte de son lieu : vous en êtes témoins aujourd’hui ! » (v. 7-10).

L’autre proche parent reconnaît publiquement qu’il n’a pas le pouvoir de racheter. La sandale est le signe de la puissance et de la possession (voir par ex. Jean 1, 27 ; Josué 10, 24 ; Ps. 60, 8 et 108, 9). Il n’y a cependant aucune inimitié ni aucune dissension entre lui et Boaz. Bien que la responsabilité et la grâce soient en opposition complète, il n’y a pas de conflit entre elles. Elles opèrent dans des directions différentes, mais la justice de Dieu ne s’oppose jamais à l’amour de Dieu. Chacun a son propre domaine. La responsabilité est ce qu’un homme doit faire de tout ce que Dieu lui a donné. La grâce est ce que Dieu est pour un homme qui a tout gâté et qui a complètement failli à sa responsabilité. La loi domine sur l’homme tant qu’il vit (Rom 7, 1). Lorsque la mort intervient, l’autorité de la loi prend fin (Rom. 7, 4, 6 ; 6, 13, 14). Et alors peut intervenir Celui qui est capable de donner la vie à partir de la mort, une vie de résurrection. C’est pourquoi le premier parent dit à Boaz : Rachète pour toi.

Celui qui montre à Sardes sa responsabilité et lui dit : « Repens-toi » (Apoc. 3, 3) et qui tient les sept étoiles dans sa main droite et marche au milieu des sept lampes d’or, dit à Jean qu’il a les clefs de la mort et du hadès (Apoc. 2, 1 ; 3, 1 ; 1, 16-18). Et Il se présente à Philadelphie comme Celui qui a la clef de David, qui ouvre et personne ne peut fermer, qui ferme et personne ne peut ouvrir (Apoc. 3, 7). Le Boaz de l’assemblée peut racheter et il le fait !

Effectivement, tout semblait perdu à Sardes. Non seulement les pensées de Dieu à l’égard de son assemblée avaient été entièrement perdues de vue, et on n’en voyait plus le témoignage sur la terre, mais aussi la position chrétienne de tout croyant individuellement n’était plus connue. C’était déjà beaucoup si quelqu’un savait que ses péchés étaient pardonnés, mais même cette connaissance était rare. En tant qu’assemblée, Sardes était morte.

L’héritage était-il donc définitivement perdu ? Est-ce que toutes les précieuses bénédictions et la position glorieuse que Dieu avait données aux siens individuellement et à l’assemblée comme ensemble ne seraient plus connues sur la terre ? Nous voyons la réponse de notre rédempteur à Philadelphie.

Boaz achète tout ce qui a appartenu à Élimélec, Kilion et Makhlon. À nos yeux il lui aurait suffi de dire qu’il voulait acheter tout ce qui appartenait à Élimélec. Mais on aurait alors pu penser que quelque chose risquait encore de se perdre. Et Boaz ne veut pas qu’une parcelle de l’héritage du peuple de Dieu se perde. Tout ce qui a été donné à l’assemblée au début, et aussi tout ce qui existait encore de bon au temps où l’assemblée s’était écartée, Il l’achète pour le donner à Naomi et à Ruth. En fait, la parole de Dieu est complète. Il n’y a aucune vérité nouvelle après les paroles inspirées du Nouveau Testament. Toutefois, durant le séjour en Moab, les influences de Moab et du dieu de Moab se sont clairement manifestées. Pensons seulement à l’arianisme, au pélagianisme, à la doctrine du salut universel ou de l’anéantissement des impies et à toutes les fausses doctrines qui se sont infiltrées dans l’assemblée au cours des siècles. L’Esprit de Dieu a toujours à nouveau déployé une bannière contre l’ennemi. Bien qu’il n’y ait ainsi aucune vérité nouvelle, au-delà de ce qui nous est communiqué dans la parole de Dieu, l’Esprit de Dieu a cependant donné parfois, à une époque où, dans l’ensemble, la connaissance des pensées de Dieu était obscurcie, une application des pensées de Dieu relativement à la fausse doctrine de Satan, dont nous pouvons encore aujourd’hui tirer profit. Rien de ce qui est de Dieu n’est perdu pour nous. Notre Boaz a tout acheté pour le donner à son faible témoignage.

Cela n’était possible qu’après la mise de côté du premier rédempteur. Tant qu’un croyant se place sous la loi, il n’y a aucune vraie connaissance de la position chrétienne, ni de l’assemblée comme corps de Christ et maison de Dieu. La loi était le conducteur jusqu’à la foi, jusqu’à Christ. Celui qui se met sous la loi retourne à la position d’un croyant avant l’accomplissement de l’œuvre de la croix, avant la résurrection et le don du Saint Esprit. « La loi a autorité sur l’homme aussi longtemps qu’il vit » (Rom. 7, 1). Mais le chrétien est un homme qui est mort avec Christ (Col. 3, 3), et qui a été vivifié avec Lui, qui est ressuscité et assis en Lui dans les lieux célestes. (Éph. 2, 5, 6). L’assemblée est unie à un Homme glorifié dans le ciel qui, comme tel, est sa Tête (Éph. 1, 20-23). Aucun croyant sous la loi ne peut comprendre cela ou même seulement le savoir. Au moment où il commence à saisir qu’il est mort et ressuscité, il voit qu’il n’est plus sous la loi.

La première chose que le Seigneur a opérée par l’Esprit de Dieu, après avoir mis Sardes de côté, a été de donner la conscience du pardon des péchés et de la perfection de son œuvre sur la croix. Ensuite, il pouvait donner plus, tout ce qui avait appartenu à Élimélec, tout ce que l’assemblée d’Éphèse, qui, dans l’Écriture, est l’image de l’assemblée à son origine, était consciente d’avoir, lorsque l’apôtre le lui eut présenté dans son épître. Alors ce fut Philadelphie.

Mais la position chrétienne, la position de l’assemblée, n’est pas seulement une position glorieuse, élevée et infiniment bénie. Certes, nous avons été bénis de toute bénédiction spirituelle, mais c’est « en Christ » (Éph. 1, 3). Nous avons été élus avant la fondation du monde, mais « en Christ » (Éph. 1, 4). Nous avons été prédestinés à l’adoption, mais « par Jésus Christ » (Éph. 1, 5). Nous sommes héritiers de l’univers, mais « en Christ » (Éph. 1, 10-13). Nous sommes assis dans les lieux célestes « en Christ » (Éph. 2, 6). Et l’assemblée est le corps de Christ et l’épouse de Christ (Éph. 1, 23 ; 5, 25-27).

Boaz n’achète pas seulement l’héritage, mais aussi Ruth. Et il ne l’achète pas pour en faire son esclave, mais pour être sa femme. Sa place est dans son cœur. Elle ne sera plus une veuve moabite, pauvre et méprisée, ni la modeste glaneuse, ni celle qui présente avec crainte sa requête. Sa place est au côté de Boaz, dans sa maison, dans son cœur. Les jeunes hommes ne laisseront plus tomber pour elle des épis, si précieux que cela ait été alors pour elle (2, 16), car maintenant toute la moisson est pour elle. Et ce n’est pas seulement tout l’héritage d’Élimélec, de Kilion et de Makhlon qui est maintenant à elle, mais toutes les richesses de Boaz, cet homme puissant et riche, sont à sa disposition. Telle est la place de celle que Boaz a rachetée. Telle est la vraie position de Philadelphie.

N’avons-nous pas été souvent touchés de voir comment, en Apoc. 3, 7-13, le Seigneur lie tout à Lui-même ? Il ne se présente pas devant les croyants dans une position qu’il prend, comme dans les autres épîtres, mais tel qu’Il est : le Saint et le Véritable. C’est sa Parole qu’ils ont gardée et son nom qu’ils n’ont pas renié. Ils ont gardé la parole de sa patience. Il a mis devant eux une porte ouverte et il fera que même leurs ennemis devront reconnaître qu’il les a aimés. Et la récompense pour le vainqueur est intimement liée à Lui.

La richesse spirituelle de Philadelphie est remarquable. Même au temps des apôtres, il n’a vraisemblablement pas été donné autant de lumière d’une manière générale sur les pensées de Dieu, que le Seigneur en a donnée voici plus de cent ans. Naturellement, l’apôtre Paul avait bien cette lumière et probablement aussi les autres apôtres et peut-être encore quelques proches collaborateurs des apôtres, mais probablement pas l’ensemble des croyants. Ils ne possédaient pas tous personnellement la parole de Dieu dans son entier. Même lorsque tous les livres de la Bible eurent été donnés par Dieu — et à ce moment le déclin avait déjà commencé depuis des dizaines d’années — pas une seule assemblée locale n’avait tout le Nouveau Testament, et cette situation a probablement duré longtemps ; plusieurs n’avaient vraisemblablement que quelques livres. Et il était rare qu’un croyant possédât personnellement plusieurs livres de la Bible. Nous avons, chacun personnellement, toute la parole de Dieu. Grâce à l’imprimerie, la lumière que le Seigneur avait donnée à quelques-uns de ses serviteurs peut être transmise à des milliers de personnes simultanément. Mais ce qui nous touche le plus en tout cela, c’est l’union avec la Personne du Seigneur, visible en tout. Il était placé devant les cœurs. Il était présenté dans les prédications, on regardait à Lui. C’est ce qui rend de nombreux écrits de ces frères du début de Philadelphie si précieux pour le cœur qui aime le Seigneur.

D’où est sortie Philadelphie ? Est-ce la perspicacité et le zèle avec lesquels ces hommes sondaient la Parole qui leur ont donné la lumière ? Certes, ils étudiaient la Parole avec diligence, dans la dépendance du Seigneur et avec prière, choses qui ne se trouvent malheureusement plus guère chez nous. Mais n’y en a-t-il pas eu d’autres, dans les siècles écoulés depuis le temps des apôtres, qui l’ont fait ? Faut-il attribuer à leur fidélité le fait qu’ils soient revenus à ce qui était dès le commencement ? Certes, ils avaient une fidélité qui ne peut que nous faire honte à tous, si nous la comparons à la nôtre. Mais n’y avait-il pas, même dans les temps les plus sombres du Moyen Age, des croyants qui, selon la lumière qu’ils possédaient, consacraient leur vie entière au Seigneur ?

Non, ce n’était pas une œuvre des hommes, si fidèles et pleins de consécration qu’ils aient été. C’était l’œuvre de notre grand Rédempteur, le Seigneur Jésus. Sur la croix il a accompli la rédemption par son sang. Avec Philadelphie, cela a été la rédemption par puissance. Non pas une rédemption par puissance telle qu’il l’opérera quand il délivrera Israël et qu’il purifiera la terre, l’univers même, de tout mal. Cette rédemption-là, nous la trouvons dans l’Apocalypse et dans plusieurs livres prophétiques de l’Ancien Testament. À Philadelphie, c’était la rédemption par la puissance de l’Esprit de Dieu. C’était le don d’une nouvelle semence : une vie nouvelle a été suscitée là où il n’y avait que la mort. Mais c’était une œuvre manifeste. Les anciens et tout le peuple furent appelés comme témoins, pour voir et entendre ce qu’Il faisait.

Certes, Élimélec, Kilion et Makhlon ne sont pas ressuscités. Thyatire et Sardes ne sont pas rétablies dans la position et dans l’état d’Éphèse, mais subsistent — quoique mises de côté par le Seigneur — comme communautés dans la chrétienté. Et, à notre époque, il s’y ajoute encore Laodicée. Philadelphie n’est pas ce que l’assemblée était au début. Dans le juste gouvernement de Dieu, elle ne peut pas prendre possession de l’héritage tel que Dieu l’avait donné au début à son peuple. Mais il en sera de Philadelphie comme de Moïse qui, dans les justes voies gouvernementales de Dieu, n’a pas pu entrer dans le pays, mais a vu, en communion avec Dieu et avec les yeux de Dieu, tout le pays, et cela mieux et d’une manière plus étendue qu’aucun Israélite entré dans le pays ne le vit plus tard (Deut. 32, 52 ; 34, 1-4). L’état glorieux qu’avait l’assemblée au commencement n’est pas rétabli et ne le sera jamais. Nous tous devons aussi subir en cela les conséquences du juste gouvernement de Dieu. Mais si nous ne pouvons pas entrer nous-mêmes dans le pays, nous pouvons cependant le voir dans toute sa beauté, en communion avec le Seigneur et avec les yeux du Seigneur. Nous pouvons considérer l’assemblée, son vrai caractère, ses bénédictions, sa relation avec la Tête et son Époux, son avenir, son ordre divin, oui tout, comme le Seigneur le voit et comme cela sera bientôt parfaitement manifesté dans la gloire, lorsque Christ se présentera l’assemblée à Lui-même, glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et irréprochable. Et nous pouvons le voir en parfaite communion avec Lui, qui dans son amour infini et sa grâce nous donne de le contempler. Quel Sauveur que notre Seigneur !

« Et tout le peuple qui était à la porte, et les anciens, dirent : Nous en sommes témoins. Fasse l’Éternel que la femme qui entre dans ta maison soit comme Rachel, et comme Léa, qui toutes deux ont bâti la maison d’Israël ! Et deviens puissant dans Éphrata, et fais-toi un nom dans Bethléhem ! » (v. 11).

Boaz avait parlé aux anciens et au peuple. Les anciens constituent la puissance en gouvernement. Tant qu’il s’agit d’une question de droit et de justice, seuls les anciens sont nommés (v. 2) ou, si le peuple l’est également (v. 9), ils sont mentionnés en premier. Maintenant que le droit de Boaz d’agir ainsi est établi, le peuple passe au premier plan. Ils reconnaissent et confirment ce que Boaz fait et lui souhaitent que son nom soit glorifié en raison de la grâce avec laquelle il avait agi, et les anciens s’associent à eux en cela.

Ce sont les habitants de Bethléhem, la maison du pain, qui donnent ce témoignage à Boaz. Eux qui jouissent chaque jour des bénédictions de cette ville et qui sont journellement dans la proximité de Boaz, reconnaissent tout de suite ce qu’il fait et acceptent aussitôt Ruth dans la position et la dignité dans lesquelles il la place, par grâce et en amour. Est-ce que quelqu’un qui a été amené par Sa grâce dans la position chrétienne glorieuse de Philadelphie et qui a une communion journalière avec le Seigneur, n’accueillerait pas avec chaleur tous ceux qui viennent dans ce lieu ? Il ne peut qu’admirer et louer la grâce, par laquelle d’autres sont aussi bénis de la même manière et unis à Lui. Personne ne peut goûter la communion journalière avec le Seigneur sans que la grâce ne remplisse aussi son cœur.

Que les paroles du peuple sont prophétiques et profondes ! Ils voient que c’est un nouveau commencement. Rachel et Léa, l’ancien commencement, sont en quelque mesure mises de côté. Nous savons que Rachel et Léa, dans leur union avec Jacob (Gen. 29), sont une image d’Israël et des nations. Rachel, bien que femme aimée de Jacob, est stérile dans une époque où Léa, type des nations, est fertile et enfante six fils. Lorsque Rachel conçoit, elle enfante d’abord Joseph, type du Seigneur, comme Celui qui a été rejeté par ses frères (les Juifs), mais qui, durant le temps de son rejet, reçoit une place de domination sur les nations (voir Ps. 2 et 8 et Éph. 1, 20-23). Puis elle enfante Benjamin, le « fils de ma droite » pour Jacob, mais « fils de ma peine » pour elle (Gen. 35, 17-19). Benjamin est le type du Seigneur régnant au milieu d’Israël. Sa naissance est toutefois la fin de l’ancien Israël selon la chair. Et lorsque lui et Joseph seront unis, l’ère de paix et de bien-être se lèvera pour le monde : le règne de mille ans. Léa est le type des nations ; bien qu’elle ne soit pas aimée de Jacob, elle est bénie de Dieu durant le temps de la stérilité de Rachel et porte du fruit (Gen. 29, 30-35) à la louange de l’Éternel, à la louange de Dieu, qui est entré en relation avec les hommes. Juda signifie : Il sera loué.

Lors de l’appel de Rebecca, nous voyons Israël mis de côté et Rebecca, image de l’assemblée, habiter dans la tente de Sarah, qui était morte (Gen. 23 et 24). L’heure dans laquelle l’assemblée a été constituée (Actes 2 ; 1 Cor. 12, 13) a été celle de la mise de côté publique d’Israël. L’assemblée prit la place d’Israël comme témoignage sur la terre. Mais ici, dans Ruth, Léa est aussi mise de côté. Les nations ont également méprisé les bénédictions et sont pratiquement devenues stériles pour Dieu. L’heure du jugement public n’est pas encore venue (Rom. 11, 13-22). C’est pourquoi le peuple parle ici, et non les anciens. Pourtant ce qui avait été pour Dieu le témoignage d’entre les nations (d’Éphèse jusqu’à Thyatire et Sardes) est mis de côté. C’est un nouveau commencement, non par l’excellence de l’instrument — Ruth était une femme moabite — mais par la grâce et la puissance du Rédempteur, de celui qui a la clef de David.

Rachel et Léa ont toutes deux bâti la maison d’Israël. Israël signifie « Prince de Dieu » ou « Vainqueur de Dieu ». Nous savons qui est le vrai prince et vainqueur de Dieu, Celui qui a vaincu Satan et le monde et qui a été maintenant placé par Dieu comme chef sur toutes choses. C’est Sa maison qui doit être édifiée (Héb. 3, 6). Tel est le but de Dieu avec Philadelphie. Même son nom fait allusion à cela, car Philadelphie signifie « amour des frères ». Et l’amour fraternel n’est-il pas ce qui fait sentir aux enfants de Dieu qu’ils sont unis ensemble ? L’amour fraternel n’est pas le lien qui les unit ! C’est par l’Esprit Saint qu’ils sont baptisés en un seul corps (1 Cor. 12, 13). C’est l’unité de l’Esprit que nous devons garder (Éph. 4, 3). Mais l’amour des frères nous rend conscients que nous sommes un. Le trait fondamental de Philadelphie était que le vrai caractère de l’assemblée comme corps de Christ et comme maison de Dieu était de nouveau vu, l’unité de tous les vrais chrétiens comme membres du corps de Christ et le vrai caractère de l’assemblée comme la maison de Dieu, comme le lieu où le Saint Esprit habite et où, sous l’autorité de Christ et la direction du Saint Esprit, l’ordre divin doit être manifesté.

Éphrata signifie « lieu de fertilité » et Bethléhem « maison du pain ». Le peuple de la ville de Dieu souhaite que Boaz, par son union avec Ruth, devienne puissant dans le lieu de la fertilité et se fasse un nom dans la maison du pain. Quel autre lieu de fertilité y a-t-il sur la terre, que là où de vrais enfants de Dieu sont rassemblés autour du Seigneur Jésus et attendent tout de Lui ? Là ils reconnaissent en pratique qu’il possède seul l’autorité, aussi demandent-ils : Seigneur, que veux-tu que nous fassions ? Et là, en conséquence, ils se placent sous la direction et la discipline du Saint Esprit, qui exerce l’autorité du Seigneur dans les réunions.

Nous trouvons cela en image de Ex. 40 à Nomb. 10. Lorsque la maison de Dieu fut dressée selon les pensées de Dieu (Ex. 40, 16-34), elle fut remplie de la gloire du Seigneur. Et aussitôt le Seigneur commence à révéler ses pensées les plus élevées, de Lév. 1 à Nomb. 10, afin que son peuple puisse apporter avec intelligence de précieux fruits. En Nomb. 7, nous avons les offrandes précieuses qu’ont apportées les princes, comme représentants du peuple. En Nomb. 8, nous trouvons la lumière du chandelier et ensuite les Lévites, comme représentants du peuple, offerts comme offrande tournoyée à l’Éternel, pour accomplir le service du Seigneur. Puis vient la célébration de la Pâque et, principalement l’obéissance parfaite au commandement du Seigneur, le peuple entier étant constamment sous la direction de la nuée (type du Saint Esprit) dans son pèlerinage à travers le désert (Nomb. 9).

Est-ce que notre Boaz est devenu puissant pour nous ? Est-ce que, en relation avec nous, Il s’est fait un nom dans la maison du pain ? Son nom, en relation avec nous, est-il devenu connu, tant des croyants que des incrédules, par la richesse en pain ? C’est le désir de l’Esprit de Dieu, qui a produit ce vœu dans le cœur du peuple et qui leur a donné de l’exprimer. C’est le souhait pour l’ensemble et pour chacun de ceux qui viennent en contact avec Boaz.

« Et que, de la postérité que l’Éternel te donnera de cette jeune femme, ta maison soit comme la maison de Pérets, que Tamar enfanta à Juda ! » (v. 12).

Relevons qu’il n’est pas dit ici « la maison de Juda ». Bien que le nom de Juda (« il sera loué ») soit mentionné et y soit associé, l’accent est mis ici sur Tamar (« palmier »). Elle a enfanté Pérets à Juda. Nous savons que l’initiative venait d’elle. Et quoique nous trouvions bien des choses honteuses en Gen. 38, ici son nom est honoré. Lorsque Juda n’a pas voulu donner Shéla comme lévir, afin que le nom de son frère défunt ne s’éteigne pas, Tamar renonça à son honneur afin de susciter une semence. Le résultat en fut des jumeaux qui devinrent tous deux chefs de maisons. Mais non seulement cela. Pérets qui, selon le jugement de l’homme, devait naître le dernier, naît le premier (Gen. 38). Et deux familles sont issues de lui (Nomb. 26, 21). Pérets signifie « brèche », « faiseur de brèche ». Nous voyons en lui et en Tamar une image de la puissance divine qui opère en nous et porte du fruit pour nous à la gloire du nom du Seigneur (Col. 1, 10, 11). Et Ruth est appelée ici « cette jeune femme ». Celui qui, semblablement à Ruth, vient à Boaz, et est racheté par lui, porte à toujours un caractère de jeunesse et de fraîcheur. Dans sa proximité, on ne devient jamais vieux ni stérile.

« Et Boaz prit Ruth, et elle fut sa femme ; et il vint vers elle ; et l’Éternel lui donna de concevoir, et elle enfanta un fils » (v. 13).

Voyez ce que Boaz fait. Il prend la pauvre Moabite qui ne possède rien, la sort de son abaissement et dit devant tout le peuple : « Vous êtes aujourd’hui témoins... que je me suis acquis pour femme Ruth, la Moabite ». L’homme le plus riche du pays prend la pauvre mendiante et dit : Je l’ai achetée pour en faire ma femme.

Une fois que l’autre parent avait ôté sa sandale et déclaré à Boaz devant les anciens et devant tout le peuple que Boaz devait racheter lui-même, la question était définitivement réglée. On ne pouvait pas revenir en arrière.

Certes, Ruth avait aussi dorénavant une responsabilité. Mais c’était la responsabilité de se comporter conformément à la position haute et glorieuse qu’elle avait maintenant en tant qu’épouse de Boaz. Pourrait-on concevoir que Ruth ait honte de son époux ? Honte de reconnaître Boaz devant d’autres comme son époux, lui l’homme puissant et riche qui l’avait délivrée d’une vie de pauvreté et qui ne s’était pas contenté de ne lui donner que des biens matériels, mais qui s’était donné lui-même avec tout ce qu’il possédait ? C’est pourquoi il n’est rien dit de ce qui s’est passé entre le moment de la déclaration de Boaz devant les anciens et devant le peuple aux versets 1-12, et le mariage au v. 13. De même rien n’est relaté du voyage de Rebecca à travers le désert en Gen. 24, 61 jusqu’à ce qu’elle rencontre Isaac.

Quelle est l’espérance de l’assemblée ? Quelle est votre espérance et la mienne ? Une maison ? Dieu soit loué, il y a quelque chose de meilleur qu’une maison. Une rue d’or et une muraille de jaspe (Apoc. 21, 18-21) ? Non, c’est le Seigneur Lui-même. La grâce ne se contenterait jamais de nous donner une demeure, une magnifique maison. Christ ne donne rien moins que sa propre Personne. Lui « qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi » (Gal. 2, 20).

Frère, sœur, père, mère, nous serons bientôt tous, pour toujours, avec le Seigneur. Ne vaut-il pas la peine de mener ici-bas une vie de renoncement à soi-même ? Une telle espérance ne nous amène-t-elle pas à dire au monde : je me tiens en dehors de toi, je ne veux rien avoir affaire avec toi, sinon de témoigner contre tes mauvaises œuvres ? Nous recevrons alors un sourire de notre bien-aimé Seigneur et nous l’entendrons dire : « Bien, bon et fidèle esclave ; tu as été fidèle en peu de choses... entre dans la joie de ton maître » (Matt. 25, 21) ? Mère, Il revient bientôt ; vis-tu pour Lui ? Sœur, Il revient bientôt ? vis-tu pour Lui ? Père, Il revient bientôt ; vis-tu pour Lui ? Frère, Il revient bientôt ; vis-tu pour Lui ?

Oh ! n’ayez jamais honte de Christ, le Seigneur, qui reviendra peut-être aujourd’hui ! Lorsqu’il viendra, vous n’aurez plus jamais le privilège que vous avez maintenant : de vivre pour Christ, et non pour vous-même, dans un monde qui ne vit que pour soi et qui rejette Ses droits.

Maintenant que le rachat est accompli, les choses profondes de Dieu peuvent être révélées. Ruth n’est plus une pauvre glaneuse dans les champs de Boaz, mais elle a part à tout ce que possède cet homme « puissant et riche ». Elle n’est plus la femme du défunt, mais elle a été acquise par Boaz pour être sa femme ; elle est un avec le vivant, en qui est la force. Elle sait que ses anciens liens avec Moab et la mort ont pris fin pour toujours. La pauvre étrangère de Moab est devenue la première de toutes les mères en Israël. Rachel et Léa peuvent être oubliées, car à leur place est venue une nouvelle épouse, qui bâtira la maison d’Israël. Entrée dans la lignée royale, elle devient la mère d’Obed, grand-père de David, duquel, selon la chair, est né le Seigneur Jésus, Emmanuel, l’héritier de toutes choses. Ainsi les conseils de Dieu sont accomplis. Le petit ruisseau de la grâce, que nous avons suivi dans l’histoire de Ruth, aboutit dans cet océan sans borne de la gloire éternelle. Qui d’autre que le Dieu vivant pouvait opérer quelque chose de semblable en Moab ? Car c’est là qu’a commencé son œuvre dans cette pauvre femme.

« Et les femmes dirent à Naomi : Béni soit l’Éternel, qui ne t’a pas laissé manquer aujourd’hui d’un homme qui ait le droit de rachat ! et que son nom soit nommé en Israël » (v. 14).

Ruth avait été stérile jusqu’ici. Non seulement dans son veuvage, mais aussi dans son mariage avec Makhlon, elle n’avait pas eu d’enfants. Ce n’est qu’après avoir été unie à Boaz qu’elle a des enfants. Cela s’applique aussi à chaque croyant. « Demeurez en moi, et moi en vous. Comme le sarment ne peut pas porter de fruit de lui-même, à moins qu’il ne demeure dans le cep, de même vous non plus vous ne le pouvez pas, à moins que vous ne demeuriez en moi… car, séparés de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jean 15, 4, 5). Mais cela est aussi vrai de l’assemblée dans son ensemble. Sardes qui s’est placée sous la protection et la puissance du monde, ne peut porter aucun fruit. Ses œuvres témoignent seulement du fait qu’elle est morte (Apoc. 3, 1). Comment pourrait-elle, après s’être liée au monde, être un vrai témoignage pour un Seigneur rejeté ? Comment pourrait-elle porter des fruits qui parlent d’une vie de résurrection et d’un caractère céleste ? Ce n’est que lorsque l’assemblée est consciente de son union avec sa Tête glorifiée dans le ciel (Éph. 1, 22, 23) et qu’elle le réalise dans la pratique, qu’elle peut vraiment porter du fruit. Alors elle peut marcher dans les bonnes œuvres que Dieu a préparées à l’avance pour ceux qui sont ressuscités avec Christ et assis en Lui dans les lieux célestes (Éph. 2, 6-10).

Nous le voyons chez Ruth. Unie à Boaz, l’Éternel lui donne de concevoir et elle enfante un fils. Et remarquons que dès ce moment, son nom n’est plus mentionné. Elle a atteint sa vraie position ici-bas. Le nom « Ruth » signifie « satisfaite ». Maintenant, dans la position dans laquelle elle se trouve, elle est parfaitement satisfaite. Il n’y a pas pour l’assemblée sur la terre de position plus élevée, plus complète que d’être unie au Seigneur glorifié dans le ciel. La conscience et la jouissance de cette position donnent au cœur une parfaite satisfaction. Lorsque cette place a été atteinte, Philadelphie a été là. Le fruit a suivi. Et dès lors, il ne s’agit plus de rechercher la vraie place de l’assemblée, ni de chaque personne qui lui appartient, mais de réaliser ce à quoi le Seigneur nous a amenés. C’est pourquoi il est maintenant reparlé de Naomi.

Pouvait-il y avoir une position plus désespérée et sans retour que l’état de Naomi au moment où elle quitta Moab ? Ses paroles à Orpa et à Ruth reposaient sur le fait qu’une délivrance était, humainement parlant, impossible et que le nom du défunt ne pouvait pas être restauré sur son héritage (1, 11-13). Mais le mot « impossible » ne doit jamais être employé en relation avec Dieu, à moins que nous ne parlions de l’impossibilité pour Dieu de mentir ou d’agir d’une manière qui soit indigne de Lui. Il est bon que nous soyons pénétrés de notre entière incapacité. Il n’est, en revanche, pas admissible de fixer des limites à la puissance ou à l’amour de Dieu.

Sans doute il est juste, et cela peut être utile pour nous, d’être amenés à la place la plus basse. Mais quelle joie aura rempli le cœur de la vieille Naomi, lorsqu’elle prit dans son sein l’enfant de Ruth.

Est-ce qu’on aurait pu supposer, il y a 150 ans, en voyant avec des yeux ouverts par le Seigneur l’état entièrement corrompu de l’Église romaine et l’état de mort dans les églises protestantes, qu’une délivrance serait encore possible pour le témoignage de Dieu sur la terre ? Mais le Seigneur l’a opérée. La connaissance de la vraie position de l’Église a produit la séparation du monde et de la profession chrétienne ; la réalisation, dans la pratique, que les croyants sont étrangers sur la terre et citoyens des cieux.

Et maintenant aussi, s’il y a des croyants qui, comme Ruth, ne connaissent pas la richesse et la jouissance de la part que Dieu a donnée à l’assemblée, ou qui, comme Naomi, les ont délaissées pour s’en aller en Moab — la porte est ouverte pour aller au Rédempteur. Ils éprouveront que c’est Sa joie de leur donner, en tant que ressuscité et glorifié, toutes les richesses qu’ils ont abandonnées.

La raison pour laquelle tant de croyants ne jouissent pas de l’héritage provient du fait qu’ils ne réalisent pas qu’ils ne le possèdent pas. Il leur manque les profonds exercices de cœur que nous avons vus chez Naomi. Leur mesure spirituelle ne va pas au-delà de la certitude que leurs péchés sont pardonnés, qu’ils éprouveront la fidélité de Dieu dans leur vie terrestre et qu’ils iront bientôt au ciel. Ils n’ont aucune idée de l’existence des richesses en bénédictions spirituelles dont ils peuvent jouir maintenant. La cause réside — à côté d’un enseignement incomplet ou erroné — dans l’absence d’un intérêt plein d’amour pour les choses du Seigneur. Leurs pensées sont occupées d’eux-mêmes et de leurs intérêts. Dès le moment où le Seigneur glorifié deviendrait l’objet de leur cœur, et où leurs yeux seraient dirigés vers Lui, Il leur montrerait ses richesses qui attireraient à Lui tous les désirs de leur cœur. Comme Naomi et Ruth, ils éprouveraient que Christ est en mesure de donner une pleine jouissance de l’héritage et de satisfaire tous les désirs de nos cœurs à l’égard des choses de Dieu. Et aussi qu’Il peut nous rendre capables, par le Saint Esprit qu’Il nous a donné, de marcher d’une manière digne de notre appel. Ils apprendraient à le connaître comme la source de toutes choses et comme le restaurateur de tout ce que Dieu a donné à l’origine à son peuple. Car tout est en Lui et est ainsi bien gardé !

« Et il sera pour toi un restaurateur de ton âme, et un soutien de ta vieillesse ! Car ta belle-fille qui t’aime, l’a enfanté, elle qui vaut mieux pour toi que sept fils » (v. 15).

Il est remarquable que les femmes appellent aussi le fils de Ruth un rédempteur. Ce droit de rachat est toutefois considéré ici d’une manière quelque peu différente que dans ce qui précède. En Boaz, nous voyons Christ comme le Rédempteur, qui peut entièrement libérer l’héritage, là où la vie du témoignage est morte (Élimélec signifie mon Dieu est roi) et se trouve en Moab, n’étant plus qu’une position de pauvreté totale sur laquelle la mort est inscrite (Naomi). Et il peut, par la vie à partir de la mort, amener la famille du témoignage à une vie nouvelle ainsi qu’à la possession et à la jouissance de l’héritage. En Obed, nous voyons le fruit de l’union avec un Seigneur ressuscité et glorifié — et de l’héritage qui est ainsi reçu à nouveau — qui peut libérer l’assemblée de sa pauvreté et de sa mort.

Les mots « restaurateur de ton âme » peuvent être traduits par « restaurateur de ta vie ». Cela confirme ce que nous avons vu plus haut. Quelle influence a eue, sur le comportement pratique des croyants, le retour, au siècle passé, à ce qui était dès le commencement. Le retour à la position céleste de l’assemblée les a conduits à être pratiquement étrangers sur la terre et séparés du monde sous toutes ses formes. Et cela s’est trouvé non seulement chez ceux qui ont quitté Sardes et Thyatire, mais leur exemple a eu une influence sur toute la chrétienté. Et c’était selon les pensées de Dieu.

Lorsque Israël parvint à Kadès, au premier mois de la quarantième année de son pèlerinage dans le désert, Marie mourut là (Nomb. 20, 1). Le voyage avait duré longtemps, les ressources étaient épuisées et la voix de la prophétie et du chant de louange (Marie) s’était éteinte. Alors Dieu donne à nouveau de l’eau du rocher, afin que tout le peuple ne meure pas.

Dans 1 Rois 1, nous voyons David à la fin de sa vie. Il était « vieux, avancé en âge. Et on le couvrit de vêtements, mais il ne fut pas réchauffé. Et ses serviteurs lui dirent : Qu’on cherche pour le roi, mon Seigneur, une jeune fille vierge, et qu’elle se tienne devant le roi, et qu’elle le soigne, et qu’elle couche dans ton sein, et que le roi, mon Seigneur, se réchauffe ». Abishag, la Sunamite, vint et « elle soignait le roi et le servait » (v. 2, 4).

Ces deux exemples nous font comprendre la signification des mots « Il sera pour toi un restaurateur de ton âme (ou : de ta vie), et un soutien de ta vieillesse ». Le Seigneur a donné Philadelphie à toute l’assemblée, pour la restaurer ; pour la ramener à ce qui était au commencement, et pour la soutenir dans sa vieillesse. Par « toute l’assemblée », il faut entendre naturellement tous les croyants ensemble, où qu’ils se trouvent. Pensée glorieuse ! Mais aussi, combien sérieuse pour ceux qui sont amenés sur le terrain de Philadelphie et qui ont la responsabilité de manifester ses caractères. Cette pensée nous gardera de tout esprit sectaire et nous fera reconnaître notre devoir envers tous les croyants.

Le Seigneur désire que nous apportions de la chaleur dans une profession en train de mourir et que nous la servions, comme Abishag le fit pour David. Ainsi que nous le verrons au v. 17, le nom « Obed » signifie serviteur. C’est aussi le caractère de Philadelphie. Les femmes appellent Ruth « ta belle-fille qui t’aime... elle qui vaut mieux pour toi que sept fils ». Pour une femme en Israël, sept fils constituent une bénédiction parfaite (1 Sam. 2, 5).

« Et Naomi prit l’enfant, et le mit dans son sein, et elle lui tint lieu de nourrice. Et les voisines lui donnèrent un nom, disant : Un fils est né à Naomi ! Et elles l’appelèrent du nom d’Obed. Ce fut le père d’Isaï, père de David » (v. 16, 17).

Naomi reconnaît l’enfant comme sien et le prend à elle. Et ensuite, les voisines lui donnent un nom et le considèrent comme le fils de Naomi. Ici ce ne sont pas « les femmes », mais les voisines. Le cercle se resserre et l’intelligence augmente. Plus on a d’intérêt pour le peuple de Dieu et pour le Rédempteur donné par le Seigneur et plus on y est attaché, plus aussi on reçoit de lumière sur les voies et les actes du Seigneur, également en ce qui concerne la vie pratique.

Obed veut dire « serviteur » ou « adorateur ». Il semble que les deux significations sont contenues dans le nom. Et toutes deux paraissent être en relation avec Dieu, de sorte que nous pouvons dire qu’ « Obed » signifie serviteur et adorateur (de Dieu). Ce sont les deux choses auxquelles un homme est tenu envers Dieu (Deut. 6, 13 ; Matt. 4, 10).

Quel fruit digne de notre Boaz, qui était venu pour servir et se laisser percer l’oreille, afin d’être esclave à toujours (Ex. 21, 5, 6) ! Il a accompli son service sur la croix, Il sert maintenant et Il servira durant l’éternité. Il a dit : « J’aime mon maître, ma femme et mes enfants, je ne veux pas sortir libre ».

L’homme naturel devait servir et adorer Dieu, mais nous savons qu’il ne le fait pas. « Il n’y a personne qui recherche Dieu, ils se sont tous détournés » (Rom. 3, 11, 12). La présence du service et de l’adoration de Dieu est un signe de vraie délivrance. « Je te prie, ô Éternel ! car je suis ton serviteur ; je suis ton serviteur, le fils de ta servante ; tu as délié mes liens » (Ps. 116, 16).

Cela s’applique à toutes les économies. Lorsque Israël était en Égypte, il servait le Pharaon, et non pas Dieu (Ex. 2, 23-25 ; 3, 18 ; 5, 1 ; 8, 1, 8, 20, 27, 28, etc. ). Israël n’est pas là une image d’incrédules, mais de croyants se trouvant dans l’état de Rom. 7. Il est le peuple de Dieu, et il est pourtant forcé de servir le péché et le monde ; il est sous la puissance du péché et du monde. Lorsque, en revanche, par la puissance de Dieu, il est délivré de l’Égypte en vertu de l’agneau pascal, il devient adorateur et serviteur de Dieu (Ex. 15). Il en sera de même dans l’avenir, lorsque Israël sera délivré de tous ses ennemis (Ps. 22, 26-31 ; 110, 3). Certes le service et l’adoration sont le mieux réalisés là où la délivrance porte le caractère le plus élevé, là où les rachetés sont fils de Dieu et unis à Celui qui est leur Rédempteur. « L’heure vient, et elle est maintenant, que les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car aussi le Père en cherche de tels qui l’adorent. Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité » (Jean 4, 23, 24).

Pour pouvoir servir il faut être délivré de la puissance du péché et de la mort. Celui qui se confie encore en la chair ne peut pas servir Dieu. Le croyant né de nouveau de Rom. 7 sert le péché, et non pas Dieu (Rom. 7, 15, 16, 19, 23, 24). « Nous sommes la circoncision, nous qui rendons culte par l’Esprit de Dieu, et qui nous glorifions dans le Christ Jésus, et qui n’avons pas confiance en la chair » (Phil. 3, 3). Le mot, qui est parfois traduit par « servir », a ici plutôt la signification de rendre culte. C’est le mot que nous trouvons aussi en Luc 2, 37 ; 1, 74 ; Actes 7, 42 ; 26, 7. Qui peut servir Dieu, adorer, comme celui qui, délivré de tout ce qui le retenait captif et l’accablait, est maintenant libre de s’occuper de l’excellence de l’objet de notre adoration et de l’exprimer avec reconnaissance.

Nous savons que ce service ne se trouve ni dans l’Église catholique, ni dans les églises réformées. Rome a un service d’adoration, un service divin, mais il n’est pas en esprit et en vérité. Elle est retournée au service terrestre et naturel d’Israël, qui avait été mis de côté par Dieu, car il ne correspondait pas à la position glorieuse de ceux qui ont été rachetés par Christ. Les églises réformées ne connaissent absolument pas le service de l’adoration. Elles ont seulement une prédication de la Parole et appellent cela un culte. Elles ne voient pas du tout la grande différence entre un homme parlant, même au nom de Dieu, à la congrégation pour l’enseignement ou l’exhortation et une assemblée s’adressant au Père pour Lui exprimer la louange et la reconnaissance pour ce qu’Il a fait pour eux, et pour donner cours avec révérence à l’adoration qui remplit leur cœur en contemplant et en considérant sa Personne merveilleuse ou l’œuvre et la Personne de leur Rédempteur. Et cela non pas d’une manière terrestre, matérielle, mais en esprit et en vérité. « En vérité » signifie selon la révélation que Dieu a donnée de Lui-même dans le Seigneur Jésus : c’est-à-dire comme le grand Donateur, qui est le Père de tous ceux qui ont reçu le Seigneur Jésus comme leur Sauveur et Seigneur. « En esprit » veut dire selon le vrai caractère de Dieu, ainsi non pas d’une manière matérielle, naturelle, comme le faisait Israël, mais spirituellement (voir par ex. Héb. 13, 15 et Jean 4, 10, 21-24).

Lorsque, dans sa grâce, le Seigneur révéla clairement à nouveau à des cœurs humbles le salut parfait et la délivrance, alors aussi le service de l’adoration a été retrouvé : la réunion de l’assemblée avec le but unique de louer le Père et le Fils et de leur apporter la reconnaissance et l’adoration sous la direction de l’Esprit Saint.

Au ciel nous ne serons plus enseignés, ni exhortés. Là, nous n’aurons plus besoin de consolation, ni de réconfort, ni d’édification, ni de répréhension, ni de croître dans la connaissance ou la sagesse (1 Cor. 13, 3-12). Les réunions qui ont lieu à cet effet cesseront donc, si nécessaires et bénies qu’elles soient ici-bas. Mais la louange, la reconnaissance et l’adoration ne cesseront jamais dans le ciel. L’assemblée sera alors autour de l’Agneau immolé pour l’adorer d’une manière parfaite. Cela ne montre‑t-il pas que l’adoration est la chose la plus élevée qu’il puisse y avoir dans les réunions de l’assemblée ? Aussi le Seigneur aimerait nous y amener. Il nous instruira par sa Parole et nous exhortera tant que nous sommes ici-bas dans la faiblesse. Mais il voudrait nous amener déjà maintenant à ce qui nous est présenté dans Apoc. 5 pour le ciel : L’assemblée réunie autour de l’Agneau immolé pour Lui apporter, ainsi qu’au Père, la louange, la reconnaissance et l’adoration de leurs cœurs. Et pour ceux qui le connaissent déjà, ce service n’est-il pas un avant-goût du ciel ?

Ce service, exercé d’une manière spirituelle, aura de nouveau des conséquences pour la vie pratique. D’Obed est issu Isaï, dont le nom signifie : « Celui qui est » ou « l’Étemel est ». Lorsque, dans le culte, nous sommes occupés du Père, ainsi que de la Personne et de l’œuvre du Sauveur et que nous adorons, toute notre vie en est pénétrée et ce sera alors une réalité vivante pour nous de voir en tout le Père et le Fils. Cela n’imprimerait‑il aucun caractère sur notre vie ? La conscience vivante, dans nos cœurs, que le Père et le Fils, que nous voyons dans toute leur gloire, leur puissance et leur amour merveilleux, sont, qu’ils ne changent pas et sont éternels (Héb. 13, 8), ne nous élèvera-t-elle pas au-dessus des circonstances terrestres ? Nous savons alors, non seulement par notre intelligence, mais aussi par notre cœur et nos sentiments, que rien ne peut nous arriver sans l’approbation du Père (Il a même compté les cheveux de notre tête) et sans le choix de l’amour du Seigneur Jésus. Quel repos et quelle confiance parfaite cela donnera-t-il à nos cœurs.

Et pensons-nous que cela n’a aucune valeur pour le Père et pour le Seigneur Jésus ? D’Isaï est issu David. David signifie « Ami », « Bien-aimé ». Nous sommes donc devenus pour Lui des amis, des bien-aimés, nous sommes semblables à ce grand Fils de David, dont David est un type, Lui qui est appelé par le Père, le Bien-aimé (Éph. 1, 6), et le Fils de son amour (Col. 1, 13) en qui il a trouvé son plaisir. Nous avons alors communion en pratique avec le Père et avec son Fils Jésus Christ (1 Jean 1, 3). Quelle merveille d’être les confidents du Père et du Fils, ceux auxquels ils communiquent leurs pensées (Jean 15, 15).

« Et ce sont ici les générations de Pérets : Pérets engendra Hetsron ; et Hetsron engendra Ram ; et Ram engendra Amminadab ; et Amminadab engendra Nakhshon ; Nakhshon engendra Salma ; et Salmon engendra Boaz ; et Boaz engendra Obed ; et Obed engendra Isaï ; et Isaï engendra David » (v. 18-22).

Le verset 17 terminait en fait le livre de Ruth. La vraie place est atteinte. En ce qui concerne la position, c’est être un avec un Christ ressuscité et glorifié, dont Boaz était un type et, en ce qui concerne l’état pratique, c’est avoir une communion effective, comme adorateurs, avec le Père et avec le Fils.

Le registre des généalogies qui nous est maintenant donné est une annexe et doit ainsi avoir une signification particulière. Au point de vue historique, ce sera de montrer que Ruth entre dans la généalogie du Seigneur Jésus, comme Matt. 1 le dit expressément. Au point de vue spirituel, nous devrons la découvrir en relation avec la signification spirituelle du livre, d’après les expressions employées et la signification des noms.

Il est magnifique d’être amené dans la position et l’état pratique de Philadelphie, tels que le Seigneur nous les présente en Apoc. 3 et tels que nous les trouvons dans ce livre. Mais nous savons par expérience combien facilement nous reculons. Le Seigneur doit dire à ceux qui sont à Philadelphie : « Tiens ferme ce que tu as, afin que personne ne prenne ta couronne » et celui qui agit ainsi est appelé par Lui un vainqueur. Ceux qui ont été amenés par le Seigneur à Philadelphie, et qui y seront amenés, ne sont pas meilleurs que les « saints et fidèles » d’Éphèse auxquels le Seigneur devait dire peu de temps après : « Tu as abandonné ton premier amour ».

Notre responsabilité est de demeurer dans cette position et dans cet état, si le Seigneur nous y a conduits. Mais comment pourrions-nous le faire par nous-mêmes ? C’est encore beaucoup plus impossible que d’accomplir la loi du Sinaï. Il y a cependant une puissance qui peut nous maintenir debout. « À celui qui a le pouvoir de vous garder sans que vous bronchiez et de vous placer irréprochables devant sa gloire avec abondance de joie » (Jude 24). Et cette puissance de Dieu opère en nous, en fortifiant notre foi (1 Pierre 1, 5) et celle-ci vainc le monde (1 Jean 5, 4). Nous avons vu au v. 12 que Pérets est un type de cette puissance divine qui agit en nous, qui produit par nous des fruits et glorifie le nom du Seigneur (Éph. 3, 16, 20 ; Col. 1, 10, 11). Maintenant, le registre généalogique nous donne « les générations de Pérets ». Nous voyons là le moyen d’être vainqueur.

C’est la puissance de Dieu qui opère en nous. Cependant elle est ici en relation avec notre responsabilité. La parole de Dieu a pris dix noms du registre généalogique de Pérets pour nous présenter la chose. Cinq noms sont en rapport avec l’Égypte et la traversée du désert, et cinq avec le séjour dans le pays. Comme nous le savons, cinq est le chiffre de la responsabilité de l’homme comme créature, soutenue mais aussi contrôlée par le Créateur. Et ce nombre cinq est ici souligné par le fait que le Saint Esprit a manifestement laissé de côté certains noms pour arriver à ce deux fois cinq noms. Comme nous pouvons le lire dans la brochure du frère Moll : « De chronologie der Heilige Schrift » (La chronologie des Saintes Écritures), à la page 14, Salomon a commencé à régner (et David est donc mort) 590 ans après la sortie d’Égypte et ainsi 550 ans après l’entrée dans le pays. Les cinq personnes mentionnées ici couvrent ainsi ensemble 550 ans, ce qui montre que le Saint Esprit a choisi expressément cinq noms, et ces cinq, pour nous faire connaître ses pensées.

Pérets signifie « brèche » ou « celui qui fait une brèche ». Le récit de sa naissance montre quel est le résultat de la puissance qui opère en nous (Gen. 38, 27-30). Est-ce que lui et son frère Zérakh ne sont pas une image de la nouvelle nature que nous avons reçue à la nouvelle naissance, et de la vieille nature qui est encore en nous ? « Ce qui est spirituel n’est pas le premier, mais ce qui est animal ; ensuite ce qui est spirituel » (1 Cor. 15, 46). Zérakh tend la main et la sage-femme croit qu’il va être le premier-né. Mais Pérets sort et le devient. L’homme en Rom. 7 est caractérisé par Zérakh, bien qu’il soit né de nouveau. L’homme de Rom. 8, qui marche selon l’Esprit et qui est dirigé par l’Esprit, est représenté par Pérets. En lui la juste exigence de la loi, soit l’obéissance, est accomplie, et cela par la puissance divine en lui. La vieille nature, le moi, est tenu pour mort, et ainsi le Saint Esprit, qui agit dans la nouvelle nature, peut le garder dans la place merveilleuse dans laquelle il a été amené.

Le fruit qui en résulte est « Hetsron », ce qui signifie « enfermé » ou « celui qui est enfermé » ou « entouré d’une clôture ». Dieu dit de Jérusalem : « Moi, je lui serai, dit l’Éternel, une muraille de feu tout autour, et je serai sa gloire au milieu d’elle » (Zach. 2, 5). « Jérusalem ! — des montagnes sont autour d’elle, et l’Éternel est autour de son peuple, dès maintenant et à toujours » (Ps. 125, 2). « L’ange de l’Éternel campe autour de ceux qui le craignent, et les délivre » (Ps. 34, 7). En Job 1, 9, 10, Satan dit que Dieu a entouré Job d’une haie de protection. Si la puissance divine peut agir librement en nous comme nous l’avons vu en Pérets, Dieu peut nous entourer, de sorte que l’ennemi est impuissant contre nous. Ensuite naît Ram (élevé). Alors nous sommes comme Moïse quarante jours avec Dieu sur la montagne, et nous voyons sa gloire, la gloire de sa miséricorde et de sa bonté, et toute notre vie la reflétera pour d’autres (Ex. 34, 4-7, 29, 30 ; 2 Cor. 3, 18). Et Ram engendra Amminadab (« Peuple du donateur bien disposé » ou « peuple de franche volonté »). Dans sa seconde signification, le mot se trouve dans le Cantique des cantiques 6, 12 où l’époux dit : « Sans que je m’en aperçusse, mon âme m’a transporté sur les chars de mon peuple de franche volonté ». Mais c’est aussi vrai dans la première signification. Combien nous apprenons à connaître le Seigneur comme le grand donateur, lorsque nous sommes avec Lui sur les hauteurs ! Là, nous découvrons les richesses qu’il nous a données. Cela attache nos cœurs à cette place près de Lui ! Amminadab engendra Nakhson (« voyant »). De la montagne, nous voyons devant nous le pays entier dans toute sa gloire et toute sa beauté (Deut. 34, 1-4), et nous recevons en outre la certitude que nous le posséderons un jour dans son entier. Quelles choses merveilleuses le Saint Esprit nous présente dans 1’Écriture pour l’avenir, quand nous sommes ainsi en communion avec le Seigneur ! À ceux qui se trouvent dans la vraie position de Philadelphie, le Seigneur dit : « Je viens bientôt ». C’est la dernière chose qui soit en rapport avec la position dans le désert.

Puis vient Salma ou Salmon (« habit, vêtement ou revêtu »). Ici nous sommes dans le pays, car, selon Matt. 1, 5, Salmon avait épousé Rachab. Dans le pays nous apprenons que nous sommes revêtus de la meilleure robe : « Rendus agréables dans le Bien-aimé » (Éph. 1, 6) et nous apprenons aussi à connaître notre vêtement. C’est le Bien-aimé en qui nous avons la « rédemption par son sang », Lui qui a donné sa vie pour nous, mais qui maintenant est assis glorifié à la droite du Père. Et nous voyons que nous ne sommes pas seulement sauvés, mais qu’une puissance est active pour nous (Boaz : « en lui est la force » ou puissance) ; elle a prouvé ce qu’elle peut faire en ressuscitant d’entre les morts Celui qui est mort pour nous et en Lui donnant une place à la droite de Dieu au-dessus de « toute principauté, et autorité, et puissance, et domination… non seulement dans ce siècle, mais aussi dans celui qui est à venir » (Éph. 1, 18-23). Et nous apprenons que nous avons été vivifiés avec Lui et ressuscités ensemble, et que nous sommes assis ensemble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus (Éph. 2, 5, 6). La connaissance de ces bénédictions nous amène à servir et à adorer, et aussi à une communion pratique avec le Père et avec le Fils, ainsi qu’à la conscience d’être les objets de leur amour et de leur bon plaisir, comme nous l’avons vu au v. 17, dans les noms d’Obed, d’Isaï et de David. Et elle nous conduit aussi à la conscience glorieuse que, quoi que nous puissions être et de quelque manière que nous ayons aussi gâté ce que le Seigneur nous avait confié, nous ne pouvons pas détruire son œuvre. Isaï (l’Éternel est) nous parle de Jésus Christ, « le même, hier, et aujourd’hui, et éternellement » (Héb. 13, 8). Il bâtira son assemblée et les portes du hadès ne prévaudront pas contre elle (Matt. 16, 18). Il se la présentera bientôt à Lui-même, glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et irréprochable (Éph. 5, 27). Nous sommes amenés à la sécurité inaltérable de tout ce qui est de Dieu. Ce que nous attendons encore, c’est que notre Seigneur prenne à Lui son assemblée, se la présente glorieuse et l’introduise dans la maison du Père. Alors ce sera le repos parfait, non seulement pour notre conscience et pour notre cœur, mais aussi pour notre corps. Et alors nous connaîtrons la joie entière du cantique nouveau : « Tu es digne de prendre le livre, et d’en ouvrir les sceaux ; car tu as été immolé, et tu as acheté pour Dieu par ton sang, de toute tribu, et langue, et peuple, et nation ; et tu les as faits rois et sacrificateurs pour notre Dieu » (Apoc. 5, 9, 10).

Tel est le chemin et tels sont les moyens par lesquels « la puissance qui opère en vous » nous garde dans la place et l’état où le Seigneur nous a amenés, si nous laissons libre cours à cette puissance pour agir en nous et nous conduire.

Puissent votre foi et la mienne augmenter afin de mieux remporter la victoire sur le « présent siècle mauvais » (1 Jean 5, 4) et d’attendre plus réellement le monde à venir. Le monde actuel a rejeté le Fils de Dieu, mais le monde à venir le reconnaîtra. C’est ce présent siècle mauvais (Gal. 1, 4) qui l’a vendu pour trente pièces d’argent. C’est ce monde qui l’a crucifié. C’est « l’orgueil de la vie », « la tromperie des richesses », le fait de recevoir « de la gloire l’un de l’autre », les occupations journalières de ce monde : acheter et vendre, planter et bâtir, manger et boire, qui l’ont crucifié. C’est ce qui est considéré comme élevé dans ce monde qui l’a fait. Et c’est tout cela qui s’oppose à ce qu’il règne et désire qu’il ne vienne pas encore. Mais son jour viendra sur tout cela, comme un voleur dans la nuit.

Oh ! bien-aimés, n’aimez pas le monde, ni les choses qui sont dans le monde ! Souvenez-vous de la femme de Lot ! Soyons semblables à des hommes qui attendent leur Seigneur. En tant que morts avec Christ, glorifiez-vous en sa croix. Reconnaissez comme précieux le sang du Fils de Dieu, que le monde a versé et pour lequel il devra rendre compte, en étant prêts à être rejetés avec Lui par ce monde. Et sachez que, dans très peu de temps, il confessera nos noms sans valeur devant les anges de Dieu et nous présentera irréprochables devant sa gloire avec abondance de joie. Que son nom, qui seul est digne, soit loué et maintenant, et pour tous les siècles !