Le Culte et le Service.

F.B. Hole

Le christianisme pratique est l’ensemble bien équilibré des côtés passifs et actifs de la vie divine dans l’âme. Tout chrétien est nécessairement quelqu’un qui reçoit, non seulement lors de la conversion, mais tout au long de sa carrière. Il doit s’asseoir quotidiennement aux pieds de Jésus et écouter sa Parole (Luc 10:39), cultivant cette passivité tranquille de l’âme qui assure un état réceptif. Sinon, il n’a rien à transmettre.

D’autre part, ayant reçu, il se voit contraint de donner. Se réjouit-il de la connaissance du pardon des péchés ? Sa joie ne sera pas complète tant qu’il n’aura pas annoncé la nouvelle à quelqu’un. A-t-il découvert une nouvelle vérité de l’Écriture ? Elle ne sera pas vraiment sienne tant qu’il n’aura pas agi en conséquence. Pour posséder une vérité, il faut la pratiquer.

Les deux choses vont de pair. Un chrétien est comme un réservoir possédant une entrée et une sortie. S’il est trop captivé par les activités chrétiennes au point de toujours chercher à donner sans s’arrêter pour recevoir, le vide spirituel et la faillite en résulteront. S’il sombre dans le mysticisme, critiquant toute forme d’activité chrétienne sous prétexte d’être zélé dans la recherche de la vérité divine, une obésité spirituelle surviendra, suivi d’une grande perte.

« à celui qui n’a pas, cela même qu’il a lui sera ôté » (Matt. 25:29) a-t-il été dit du serviteur qui a reçu un talent, mais ne l’a pas donné à fructifier.

Comme le dit un cantique :
« Car nous devons partager si nous voulons garder
« Cette bonne chose d’en haut ;
« Cessant de donner, nous cessons d’avoir,
« Telle est la loi de l’amour. »

Toutes activités chrétiennes découlent d’une source : l’amour, l’amour de Dieu connu et produit dans l’âme. Elles se rangent en deux catégories. Il y a les activités qui ont Dieu seul pour objet et pour fin, et il y a celles qui, bien que la gloire de Dieu soit leur fin, ont l’homme pour objet immédiat.

Considérons brièvement ces deux catégories.

Le culte vient en premier. C’est une activité spirituelle qui n’a pour seul but que Dieu, aussi, ne confère-t-elle aucun bénéfice tangible à quiconque dans le monde. C’est pourquoi, dans ce siècle où tout doit avoir une utilité, il est très négligé et son vrai caractère est peu compris. Que des chrétiens, qu’ils soient nombreux ou non, s’assemblent sciemment dans la présence de Dieu et épanchent leurs cœurs en actions de grâces et en adoration, et ils se verront vite critiquer par beaucoup qui leur diront : « Pourquoi gaspiller ce parfum ? » On leur dira d’aller faire quelque chose qui procure du bien à quelqu’un, et de laisser ce qui ne fait de bien à personne.

Mais les choses vont encore plus loin que ça. Beaucoup de soi-disant serviteurs de Christ pensent tellement aux choses terrestres (Phil. 3:19), qu’ils ne pensent plus aux choses d’en haut que le croyant est invité à chercher (Col. 3:1). Leur but se limite à la prospérité matérielle des hommes. Quel déclin spirituel pitoyable dans lequel ils sont tombés, comme en témoignent leurs activités !

En voici un exemple flagrant : dans un article paru dans un magazine américain, il est décrit comment une église peut être gérée pour que toute la communauté en tire un bénéfice.

« En formant des gens à la musique, en développant des orateurs et des athlètes, en commençant des « classes bibliques - agrémentées d’amusements » et en faisant de l’église un centre social, l’écrivain a créé un nouvel esprit communautaire qui a comme conséquence, d’accroître les valeurs foncières. »

De telles activités ne sont ni un culte ni un service. Il n’y a rien pour Dieu ni pour le bien spirituel de l’homme. De tels « serviteurs » et « églises » doivent avoir depuis longtemps oublié ce que veut dire le mot culte s’ils l’ont quelque fois su.

Qu’est-ce que le culte ? Dans l’Ancien Testament, le terme est fréquent et souvent utilisé dans un sens purement cérémoniel. Le mot hébreu le plus souvent utilisé signifie littéralement « se prosterner ». Dans le Nouveau Testament, le mot a une signification morale et spirituelle ; il indique un élan d’adoration, du croyant vers Dieu maintenant connu comme Père, par amour.

En Jean 4, le Seigneur Jésus, parlant à la Samaritaine, distingue soigneusement les « vrais adorateurs » des adorateurs selon les rites anciens, que ce soit à Jérusalem ou à Samarie, et nous enseigne les éléments essentiels d’un véritable culte. Après avoir parlé du Père comme objet d’adoration, il ajoute : « Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité. »

Ces paroles montrent clairement que c’est Dieu en tant que Père que nous devons adorer. De plus, il doit être adoré selon ce qu’il a révélé de Lui-même.

« En esprit ». Le vrai culte n’est donc pas une question d’émotions religieuses suscitées par une musique rituelle ou sensuelle qui impressionne. L’esprit est la partie la plus élevée de l’homme, et si nous n’adorons pas en esprit, nous n’adorons pas du tout.

« En vérité ». Qu’est-ce que la vérité ? Nous pouvons répondre à la fameuse question de Pilate. La vérité, c’est ce que Dieu a révélé être Lui-même ; ce sont les réalités de Dieu Lui-même. Celui qui, couronné d’épines ce jour-là, se tenait dans la salle du tribunal, était lui-même la vérité, bien que Pilate ne l’ait pas su et ne se soit pas soucié de le savoir. Lui et Lui seul pouvait dire : « Je suis ... la vérité » (Jean 14:6), car Lui seul est la révélation parfaite de Dieu et c’est en tant que Père qu’il L’a révélé. C’est pourquoi il a dit : « Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jean 14:9).

Le Père doit donc être adoré « en vérité », à la lumière de la révélation qui nous est parvenue en Christ. Tout ce qui ne donne pas sa juste place à Christ n’est pas un véritable culte. Adorer Dieu et se réjouir dans le Christ Jésus vont de pair (Phil. 3:3).

Tout cela est d’une grande importance. Il faut vraiment saisir qu’un véritable culte est « en esprit » pour être délivré du ritualisme qui suppose que Dieu puisse être adoré par ce que font les hommes qui pensent que plus la cérémonie est imposante, plus l’environnement est magnifique, plus le « culte » sera acceptable.

D’autre part, saisir que seul le culte « en vérité » est acceptable pour Dieu, chassera le rationalisme qui suppose que la lumière de la science ou l’étude de l’œuvre de Dieu dans la nature donnent lieu à un culte. C’est la connaissance de Dieu lui-même, révélé en Christ, qui est essentielle.

Après le culte, vient le service, résultat de l’activité en grâce de l’amour divin dans le cœur des croyants, qui les conduit à de nombreux travaux pour la gloire de Dieu et le bien des âmes.

Mais ne nous y trompons pas, l’essence même d’un vrai service, même s’il est entrepris pour le bien d’autrui, est pour satisfaire le Seigneur Jésus et est placé sous Sa direction.

Dans le service, notre seul motif devrait être de plaire au Seigneur, qui est devenu Lui-même notre grand Modèle. Parlant du Père, il a dit : « Je fais toujours les choses qui lui plaisent » (Jean 8:29). Faire de bonnes choses ne suffit pas ; si elles sont faites avec un mauvais motif, elles sont mauvaises aux yeux du ciel.

Même avec un bon motif, il ne suffit pas d’agir de notre propre initiative en faisant ce qui nous semble juste. Un homme employé dans un atelier peut être un bon ouvrier, mais un pauvre serviteur. S’il est têtu et indépendant, il ira toujours à l’encontre des souhaits de son chef et causera des problèmes sans fin. Encore une fois, le Seigneur Jésus se présente à nous comme notre Modèle en disant : « Ma viande est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’achever son œuvre » (Jean 4:34). Le service n’est donc pas simplement un travail, ni même un bon travail comme une activité chrétienne des plus scripturaire, mais plutôt une activité qui est sous la direction du Seigneur.

Jean 12:1-9 nous présente une excellente illustration du service et du culte. « Marthe servait ». Il y avait beaucoup de travail pour ce souper, beaucoup en ont bénéficié, mais elle l’a accompli pour Lui. « On lui fit donc là un souper. » C’était un véritable service rendu d’un cœur reconnaissant envers Celui qui avait fait sortir son frère du tombeau.

Lazare « était à table avec lui ». C’est un type de cette communion avec le Maître qui seule donne au service ou au culte, sa raison et son caractère.

Marie a pris le nard pur de grand prix et a oint les pieds de Jésus. Elle l’a tout répandu sur lui. C’était l’élan d’un cœur concentré sur Christ, bien que l’odeur du parfum remplisse la maison. La louange du cœur embaume tout.

Le Père cherche des adorateurs (Jean 4:23). Le Seigneur a besoin de serviteurs (2 Tim. 2:1-7). Puissions-nous répondre à ces deux désirs !

En parlant de culte, parlez-vous de votre forme de culte par rapport à celle d’autres personnes ?

Non, nous n’avons pas de forme de culte, même si d’autres en ont. Aux Juifs, autrefois, Dieu avait donné ce qu’on pourrait appeler une « forme de culte ». Mais il s’agissait d’un cérémoniel national que Dieu acceptait s’il était pratiqué de cœur. Hélas ! il n’en fut pas ainsi et l’Eternel dut bientôt dire : « Ils m’adorent en vain. »

Mais la dispensation des ombres est passée et la réalité est venue. Le culte chrétien n’est pas national ; ce n’est pas une simple question de choses à réciter ; il n’est pas fait de cérémonies et d’observances. Le culte ne peut pas être confiné dans des formes, pas plus qu’on ne peut garder le vin nouveau dans de vieilles outres. Cela a été tenté de nombreuses fois, même par de vrais croyants qui reviennent encore et encore, dans leurs pensées et leur compréhension, aux jours d’avant la chrétienté. En conséquence, soit le vrai culte est maintenu, et les formes sont écartées et disparaissent, soit les formes adhèrent au nouveau vin du vrai culte, et il se répandra et disparaîtra rapidement.

Y a-t-il une si grande différence entre le culte et le service ? Ne devons-nous pas adorer Dieu quand nous allons faire un service ?

Il y a une différence très nette. Mais, tout comme nous parlons de « culte » et non pas de « forme de culte », nous parlons de « service » et non pas « d’un service ». Le fait est que, dans l’esprit de beaucoup, le sujet est obscur et confus au point qu’il ne reste plus d’idée scripturaire claire.

Nous avons entendu parler d’un pasteur qui a déclaré un dimanche matin : « Commençons le culte du Dieu tout-puissant en chantant l’hymne :
« Venez, pauvres pécheurs dans le besoin,
« Faibles et blessés, malades et souffrants. »

Pour lui, de toute évidence, « culte » signifiait toutes sortes de réunions chrétiennes. Mais tel n’est pas le cas ! Le pasteur peut avoir un vrai service pour le Seigneur en tenant une réunion pour l’édification des croyants ou la conversion des pécheurs. Ce n’est pas un service pour les auditeurs, et ce n’est un culte ni pour le pasteur ni pour l’auditeur. L’adoration ne consiste ni à écouter des sermons ou à les prêcher, ni à prier ou à chanter des cantiques d’appel. Elle consiste en un élan d’adoration qui s’élève d’une âme rachetée vers Dieu.

Le culte et le service sont-ils limités à une classe particulière ou tous les chrétiens peuvent-ils y avoir part ?

Tout chrétien est à la fois sacrificateur et serviteur. Nous lisons, par exemple :
« Vous aussi, vous êtes ... édifiés ... une sainte sacrificature, pour offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus-Christ » (1 Pierre 2:5).

« Vous êtes ... une sacrificature royale ... pour que vous annonciez les vertus de Celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière » (1 Pierre 2:9).

Ces paroles ont été écrites non pas au clergé, mais aux chrétiens. Tous sont une sainte sacrificature et tous sont une sacrificature royale. Notons leurs activités ! Dans un cas, ils offrent des sacrifices spirituels à Dieu, c’est le culte. Dans l’autre, ils annoncent les vertus de Dieu, c’est le service.

En relation avec le service, il est vrai que tous les chrétiens n’ont pas un don selon 1 Corinthiens 12, ou ne sont pas évangélistes, pasteurs ou docteurs selon Éphésiens 4. Cependant, tout chrétien peut servir selon Romains 12. S’il ne peut pas prophétiser ou enseigner, il peut faire preuve d’hospitalité ou de miséricorde ; il peut bénir ses persécuteurs, ou pleurer en sympathie avec ceux qui pleurent, et ainsi « servir le Seigneur ».

Y a-t-il des qualités spéciales nécessaires pour que nous puissions adorer ou servir Dieu comme il faut ?

En ce qui concerne le culte, en Hébreux 10:19-22 il est parlé d’avoir « une pleine liberté pour entrer dans les lieux saints par le sang de Jésus », et nous sommes exhortés à nous approcher avec « un cœur vrai et en pleine assurance de foi ». Ce sont deux conditions importantes. La foi doit être en exercice, pour qu’il y ait une assurance totale fondée sur l’œuvre de Christ, sans l’ombre d’un doute ou d’une peur. Un cœur vrai indique une sincérité et une transparence qui résultent d’une conscience délicate et du jugement de soi.

Quant au service, en Actes 20:17-35, on voit l’un des plus éminents serviteurs de Christ qui passe en revue sa carrière. Notre service peut être insignifiant, mais ce qui a marqué l’apôtre doit nous caractériser. En voici quelques traits : « en toute humilité » ; « avec larmes » - la profondeur d’exercice ; « Je ne fais aucun cas de ma vie » - l’assurance de l’âme ; « Je n’ai convoité ni l’argent, ni l’or, ni les vêtements de personne » - une stricte justice devant le monde ; « Je vous ai montré » - la mise en pratique de ce qui est prêché. Ce sont des qualités importantes, assurément.

Que conseiller à une personne récemment convertie qui désire servir le Seigneur ?

Nous encourageons tous les jeunes croyants à servir le Seigneur en faisant simplement ce qui est à portée de main, conduits par le Seigneur. « Faire la chose à portée de main » est une saine devise, alors que, généralement, c’est vraiment la chose que nous ne voulons pas faire.

Il y a bien des années, une jeune fille avait été marquée par la lecture d’un journal intitulé « L’Appel de la Chine pour l’Évangile ». Pendant dix ans, elle a prié le Seigneur de l’envoyer en Chine, sans que cela se réalise.

Alors, un changement s’est opéré en elle, et elle est arrivée à la conclusion qu’elle s’était trompée et que le plan du Seigneur pour elle était qu’elle soit missionnaire dans sa cuisine. Aussitôt sa prière devint : « Fais-moi vouloir être missionnaire pour toi dans ma cuisine »… et le Seigneur a répondu à cette prière.

C’est seulement alors qu’elle rencontra un serviteur du Seigneur qui, entendant son histoire, lui fût en aide pour aller finalement en Chine.

Pendant dix ans, elle avait aspiré à une grande chose, sans pour autant négliger les petites choses, comme le montrait sa vie de piété. Mais c’est quand elle finit par vouloir accepter les très petites choses, comme de briller pour le Seigneur dans le cercle étroit d’une cuisine, que le Seigneur l’envoya à un service très béni en Chine !

Que de tels services se multiplient partout !

« Celui qui est fidèle en ce qui est très petit, est fidèle aussi dans ce qui est grand » (Luc 16:10).