F.B. Hole
À première vue, ce sujet semble appartenir plutôt à la superstructure de la foi qu’à ses fondements, mais il n’en est rien. Il est vraiment fondamental, comme nous allons le voir.
Les deux expressions en tête de cet article figurent dans l’argumentation sur la résurrection en 1 Corinthiens 15. Il faut lire les versets 35 à 49 pour en saisir la force.
Dans ces versets, le point en question concerne le corps dans lequel apparaîtront les saints ressuscités. L’apôtre montre que l’identité entre le corps enseveli et le corps ressuscité est préservée, mais que la condition et le caractère de ce dernier sont tout à fait nouveaux. Quant à la condition, le premier est marqué par la corruption, le déshonneur et la faiblesse, le dernier par l’incorruptibilité, la gloire et la puissance. Quant au caractère, le premier est un corps naturel, le second un corps spirituel.
Le point suivant est qu’il existe une race naturelle et une race spirituelle, de la même manière qu’il existe un corps naturel et un corps spirituel. « Le premier homme, Adam, est devenu une âme vivante, le dernier Adam ... un esprit vivifiant » (v. 45).
Dans l’Écriture, Adam est présenté comme celui dont la race humaine descend. Il est sorti de la main de Dieu (Gen. 2:7) ; son corps a été formé à partir de la poussière, mais la partie spirituelle de son être a été reçue par le souffle de Dieu ; il est ainsi devenu une âme vivante. Cette triple nature de l’homme est clairement énoncée en 1 Thessaloniciens 5:23. Dans la création, ce qui caractérisait donc la position d’Adam, c’est qu’il était une âme vivante - une âme vivante possédant et un esprit et un corps. Le dernier Adam, qui n’est autre que notre Seigneur Jésus-Christ, a un caractère infiniment plus élevé. Il est ‘esprit’ plutôt que ‘âme’, et n’est pas simplement ‘vivant’ mais ‘vivifiant’ ou ‘donnant la vie’.
Ici, paraît la vraie gloire divine du Seigneur Jésus. Il est Esprit - comme Dieu. Il vivifie parce qu’il est Celui qui donne la vie. « Suis-je Dieu pour tuer et faire vivre ? » demandait le roi d’Israël (2 Rois 5:7). Lui ne l’était pas, mais Jésus l’était et l’est. Ainsi donc, celui qui est Esprit vivifiant est le dernier Adam, vraiment homme, tête et source d’une nouvelle race humaine, lui attribuant un caractère spirituel, de même que le caractère naturel est imprimé sur le premier Adam et sa race.
Notons aussi qu’il est ‘le dernier Adam’. Le contraste ici est entre le premier et le dernier, et non pas entre le premier et le second. Pourquoi dernier ? Parce que ce mot exclut de toute évidence le fait qu’une troisième race ou qu’une race ultérieure survienne. « Il ôte le premier pour établir le second », dit Hébreux 10:9. Le second est établi, il n’est jamais enlevé au profit d’un troisième ! Le dernier Adam demeure sans rival ni successeur, car la perfection, qui est une perfection divine et non pas simplement humaine, est atteinte en lui.
Le verset 46 de notre chapitre indique l’ordre historique des deux Adams. D’abord celui qui est naturel, ensuite le spirituel ; bien qu’en importance et dans les pensées et les plans de Dieu, le dernier était toujours le premier.
Le verset 47 parle à nouveau des deux chefs, soulignant la condition qui les a marquées plutôt que leurs caractères respectifs, comme au verset 45. L’un est ‘tiré de la terre, poussière’. L’autre est ‘du ciel’. Dans ce verset, ils sont appelés ‘le premier homme’ et ‘le second homme’, et non ‘le premier’ et ‘le dernier’. Alors, pourquoi est-ce le second ? Parce qu’ici, où ce qui est devant nous est l’humanité de Christ plutôt que sa seigneurie, l’objectif de l’Esprit de Dieu est d’exclure tout autre homme. Après le premier Adam et jusqu’au dernier Adam, historiquement, aucun homme n’a compté. Le deuxième homme, c’était le dernier Adam et non Caïn, comme on aurait pu le supposer.
Qui et qu’était donc Caïn ? Il n’était que la reproduction d’Adam. Adam « engendra ... à sa ressemblance, selon son image » (Gen. 5:3). « Au jour où Dieu créa Adam, il le fit à la ressemblance de Dieu » (Gen. 5:1). Cette ressemblance, hélas, a été entachée par la chute, car il n’a engendré ‘à son image’ qu’après être devenu une créature déchue. Il s’est reproduit à la fois physiquement et moralement. Par conséquent, du point de vue de ce passage en 1 Corinthiens 15, il n’y avait que ‘le premier homme’ jusqu’à l’apparition de Christ, qui est le second. Pendant cette période, chacun des millions de descendants d’Adam, cet être merveilleux et complexe, était un individu dont le caractère apparent était, pour ainsi dire, une combinaison différente des nombreux éléments composant la nature adamique qui étaient tous, fondamentalement, un en nature et en caractère.
À ce stade, nous pouvons peut-être mieux comprendre l’immense importance du fait que le Seigneur Jésus-Christ est né d’une Vierge. Il y avait une allusion de ce grand fait dans la première prophétie Le concernant. C’est l’Eternel lui-même qui parlait de ‘la femme’ et de ‘sa postérité’ (Gen. 3:15). Par conséquent, « quand l’accomplissement du temps est venu, Dieu a envoyé son Fils, né de femme » (Gal. 4:4), mais conçu directement du Saint-Esprit (Luc 1:35). C’est pourquoi, même si le libérateur était par la femme, il n’était pas du tout un fils d’Adam. La naissance virginale signifie que le Seigneur Jésus, bien que vraiment homme était un homme d’un nouvel ordre.
Le verset 48 considère les deux races, rangées respectivement sous les deux chefs. Il est dit que la race terrestre du premier homme participe du caractère et de la position d’Adam, et la race céleste de celle de Christ. Pour bien comprendre la race, il faut donc bien comprendre son chef.
Le verset 49 lie la vérité des versets précédents avec le grand thème du chapitre – la résurrection, en montrant que l’identité entre le dernier Adam et sa race doit être complète, jusqu’au corps physique. Comme nous avons porté l’image d’Adam dans nos corps physiques, nous porterons l’image du dernier Adam, l’homme céleste. Nos corps de résurrection seront rendus conformes à son corps de gloire.
Considérons Romains 5, à partir du verset 12. Nous trouvons ici les résultats spirituels découlant des actes caractéristiques des deux têtes. L’acte caractéristique d’Adam était la désobéissance, tandis que Christ était caractérisé par l’obéissance, jusqu’à la mort même de la Croix. Du péché d’Adam ont découlé la mort et la condamnation. De l’obéissance de Christ jusqu’à la mort découle la vie et la justification. Dans la démonstration de l’apôtre le verset 18 fait suite au verset12 ; les versets 13 à 17 sont une parenthèse qui donne des détails de la démonstration, détails qui montrent que ce qui est offert en Christ, la tête ressuscité du nouvel ordre de chose, ne peut être confiné à aucune partie de l’humanité, comme Israël. C’est aussi universel que le sont les conséquences de la chute d’Adam. De plus, les bénédictions ainsi introduites sont de nature à satisfaire – et plus que satisfaire – aux peines encourues par cette chute.
Les versets 18 et 19 sont importants en ce qu’ils résument toute la question. Le verset 18 parle ‘d’une seule faute’ dont les conséquences sont ‘envers tous les hommes en condamnation’ et ‘d’une seule justice’ dont les conséquences sont envers tous les hommes en justification de vie’. Le verset 19 indique que ‘plusieurs ont été constitués pécheurs’ et que ‘plusieurs seront constitués justes’.
Nous observons là, la même distinction que nous avons vue auparavant lorsqu’il s’agissait des péchés, en Romains 3:22. Ici, il s’agit du péché dans sa nature, mais à nouveau, la portée de la seule justice de Christ, accomplie dans sa mort, est distinguée de son effet réel. Sa portée est envers tous avec la justification comme objectif, mais ici, ce n’est pas une justification quant à des transgressions, mais plutôt une justification de vie. La justification quant aux péchés est, bien sûr, parfaite et absolue, mais sa portée est un peu négative en ce que nous perdons et la culpabilité et la condamnation. La justification quant au péché est plus positive et montre une libération complète et parfaite qui est la part de tout croyant en vertu de sa position, ayant la vie, et donc la nature, de l’Homme Christ Jésus ressuscité. Il aurait pu plaire à Dieu de nous libérer de la culpabilité de nos péchés sans couper les liens avec l’Adam déchu et nous implanter dans le Christ ressuscité. Cependant, cette nouvelle grande faveur est nôtre, en tant que croyants et, par conséquent, nous sommes maintenant ‘constitués justes’. Alors que nous sommes dans ce monde, la vieille nature avec ses tendances inchangées est toujours en nous, comme le montrent d’autres passages, mais dans ce verset, l’Esprit de Dieu considère ce que nous sommes en Christ, tel que Dieu nous voit.
Romains 8:1 résume cette partie de l’épître et revient à la vérité que nous venons de voir. « Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus. » S’il était dit qu’au jour du jugement, nous, croyants, devrions échapper à la condamnation, ce serait déjà merveilleux. Mais il est écrit que c’est MAINTENANT qu’il n’y a aucune condamnation. La condamnation a été portée et épuisée en ce qui nous concerne, et nous sommes maintenant dans la vie de Christ ressuscité et donc libéré de toute condamnation, comme Il l’est lui-même.
Nous craignons qu’un grand nombre de chrétiens n’aient jamais sérieusement envisagé cet aspect important de la vérité. Il traite de la vie et de la nature plutôt que des actes manifestes par lesquels la vie et la nature s’expriment ou, comme on dit souvent, de ce que nous sommes plutôt que de ce que nous avons fait, et par conséquent, l’appréhension en est moins aisée. Pourtant, c’est ce qui nous conduit vraiment au secret de la profonde bénédiction qui caractérise le christianisme, et nous perdons beaucoup si nous l’ignorons.
Quelle est la différence entre ‘le premier homme’ et ‘le vieil homme’ ?
Le premier homme, comme le montre le contexte en 1 Corinthiens 15, est Adam personnellement, en prenant l’expression dans son sens premier. Il y a cependant un sens secondaire, comme en témoigne le fait que nous ne rencontrons pas le deuxième homme avant que Christ n’apparaisse. Comment alors désigner les millions d’humains qui les séparent ? Ils avaient tous le caractère de ‘premier homme’ ; de sorte que, dans un second sens, ‘le premier homme’ recouvre Adam et sa race.
Le ‘vieil homme’, en revanche, est une conception purement abstraite. Cela n’indique aucun être humain ou groupe d’êtres humains en particulier, mais plutôt la personnification de toutes les caractéristiques morales qui caractérisent Adam déchu et sa race. C’est la personnalité adamique déchue personnifiée.
‘En Christ’ est une expression que l’on trouve souvent dans les épîtres de Paul. Quelle est sa signification ?
Comme le montre 1 Corinthiens 15:22 , cette expression est en contraste avec ‘en Adam’. Nous sommes tous ‘en Adam’ par nature, c’est-à-dire que nous descendons de lui et que nous sommes devant Dieu dans les mêmes nature, position et statut. Le croyant est ‘en Christ’, par grâce, dans la mesure où nous devons notre existence spirituelle à son action vivifiante en tant que dernier Adam. Nous sommes donc devant Dieu dans les mêmes nature, position et statut que Christ ressuscité, comme homme.
Comme illustration, nous pourrions utiliser le procédé d’une greffe, en nous permettant d’inverser ce que fait le jardinier qui greffe ce qui a de la valeur sur ce qui n’en a pas, en sorte que ce qui n’a pas de valeur est condamné et ce qui en a, domine et caractérise l’arbre. En Romains 11, la greffe est utilisée comme illustration des relations de Dieu avec les Juifs et les Gentils, et l’apôtre indique au verset 24 qu’il utilise la figure ‘contre nature’ en supposant que la branche d’olivier sauvage est greffée dans le bon olivier et partage ainsi les vertus de ce dernier. C’est l’adaptation de ce procédé que nous utilisons pour notre illustration. Le chrétien est ‘déconnecté’ de la race ‘d’Adam’ par l’opération de Dieu et greffé en Christ, prenant part à sa plénitude. Il est ‘en Christ’, bien que la chair soit toujours en lui.
‘En Christ’ ne se réfère-t-il alors qu’à la nouvelle position, ou statut, du croyant devant Dieu ?
Le verset 1 de Romains 8 dit que nous sommes ‘en Christ’, mais dans les versets 8 et 9 il est dit : « ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu. Or vous n’êtes pas dans la chair, mais dans l’Esprit, si l’Esprit de Dieu habite en vous. »
‘Dans l’Esprit’ est aussi clairement opposé à ‘dans la chair’ que ‘en Christ’ l’est à ‘en Adam’ et indique la nouvelle condition, ou état, qui correspond à la position en Christ.
Ces deux choses, bien que distinctes et distinguées dans les Écritures, ne doivent pas être déconnectées. Il n’est jamais dit qu’une personne puisse être en Christ sans être ‘dans l’Esprit’, ni vice versa. Ce sont les deux parties d’un tout. De manière générale, on peut donc dire que l’expression ‘en Christ’ inclus souvent notre nouvel état ‘en esprit’ ; cependant, si nous l’analysons plus profondément, comme en Romains 8:1-9, elle se réfère principalement à la nouvelle position du croyant plutôt qu’à sa nouvelle condition.
Tout cela a-t-il un rapport avec la ‘nouvelle création’ dont parle l’Écriture ?
Certainement. Il est dit : « si quelqu’un est en Christ, c’est une nouvelle création » (2 Cor. 5:17).
La nouvelle création ne signifie pas la destruction de la personnalité ou de l’identité. Si cette greffe inversée – ‘contre nature’ – dont parle Romains 11 pouvait être réalisée dans la nature, nous verrions l’olivier sauvage porter de bons fruits et se comporter comme l’arbre cultivé. Ce serait en effet une nouvelle création, cependant l’identité du rameau greffé resterait.
Pourtant, c’est une création : une œuvre de Dieu aussi positive que la création de Genèse 1. Comme le dit Ephésiens 2:10 : « Nous sommes son ouvrage, créé dans le Christ Jésus, pour de bonnes œuvres ... » Être l’ouvrage de Dieu est une chose merveilleuse.
Le premier homme est remplacé de façon évidente par le second Homme. Quand cela a-t-il eu lieu ?
Si nous considérons les choses du point de vue du propos de Dieu, il n’a jamais rien eu d’autre que le Second devant lui. Nous n’avons jamais été choisis en Adam, de quelque manière que ce soit. Dieu « nous a élus en lui [Christ] avant la fondation du monde » (Eph. 1:4).
Si, toutefois, nous considérons les choses de notre point de vue, nous pouvons dire que le vrai caractère du premier homme a été pleinement révélé à la Croix. Là, il a été jugé et, au même moment, la perfection du second Homme s’est pleinement révélé et il a été glorifié (voir Jean 13:31). Historiquement, la Croix était donc le moment suprême. Le premier a été jugé et remplacé par le second, qui a été éprouvé jusqu’au bout et a été ressuscité d’entre les morts.
Dans le nouveau ciel et la nouvelle terre d’Apocalypse 21:1-7, une nouvelle création caractérisera toute la scène : « Voici que je fais toutes choses nouvelles ». Le remplacement du premier par le second sera alors absolu et complet.