Dieu connu comme Père et la position de fils

F.B. Hole

Un des graves effets du péché entré dans le monde est que l’humanité a perdu la vraie connaissance de Dieu. Une fois perdue, cette connaissance la plus élevée et la meilleure de toutes ne pouvait être retrouvée par aucun effort de la volonté ou de l’intelligence de l’homme. Tsophar demandait : « Peux-tu, en sondant, découvrir ce qui est en Dieu ? » (Job 11:7), alors qu’auparavant, Job avait confessé son incapacité à le faire, en disant : « Voici, il passe près de moi, et je ne le vois pas ; et il passe à côté de moi, et je ne l’aperçois pas » (Job 9:11). Puisque nous ne pouvons donc pas découvrir Dieu, il est nécessaire qu’il se fasse connaître à nous. La révélation devient une nécessité ; et le point culminant de cette révélation de lui-même a été atteint quand, en Christ, il s’est fait connaître comme Père.

Il est évident que l’humanité n’a pas perdu la connaissance de Dieu dès que le péché étant entré. Romains 1: 18-32, l’apôtre Paul dresse un sombre tableau de l’état du monde païen, en est la preuve. Il relève trois choses en passant :

- Que tous, même les peuples païens les plus dégradés, ont eu la connaissance de Dieu. Il est dit : « ayant connu Dieu » (v. 21).

- Que, ne le glorifiant pas comme Dieu, ils ont progressivement perdu toute vraie connaissance de lui. Ils sont « devenus vains dans leurs raisonnements », « leur cœur destitué d’intelligence fut rempli de ténèbres » et ils ont donc « changé la gloire du Dieu incorruptible en la ressemblance de l’image d’un homme corruptible et d’oiseaux et de quadrupèdes et de reptiles » (v. 23).

- Que tout cela a eu lieu parce qu’« ils ne voulaient pas garder la connaissance de Dieu » (v. 28). C’était leur volonté, de l’oublier.

Ce réquisitoire montre que l’éloignement de l’homme à l’égard de Dieu était d’abord délibéré. Il s’est ensuite dégradé et a fini par de graves péchés honteux.

Quand ces ténèbres ont atteint leur apogée après la tour de Babel, Dieu a commencé à œuvrer pour se révéler. Nous n’oublions pas, bien sûr, qu’il y a toujours eu une certaine connaissance de Dieu chez quelques individus choisis, tant avant qu’après le déluge, mais la période de la révélation a commencé avec l’appel d’Abram. Le Dieu de gloire lui apparut au début, puis à l’âge de quatre-vingt-dix-neuf ans, « l’Eternel apparut à Abram, et lui dit : Je suis le Dieu tout-puissant ; marche devant ma face, et sois parfait » (Gen. 17:1).

La toute-puissance de Dieu s’est manifestée avec la naissance d’Isaac, qui était humainement impossible. Quand, à l’annonce de sa naissance, Sarah a ri, incrédule, l’Eternel dit : « Y a-t-il quelque chose qui soit trop difficile pour l’Eternel ? » (Gen. 18:14). Un enfant peut-il naître de parents qui sont comme morts ? C’était le test suprême : la vie peut-elle provenir de la mort ? Oui, Isaac est né. Dieu est le Tout-Puissant.

Quatre cents ans plus tard, Dieu appela la nation issue d’Isaac hors d’Égypte. Ce faisant, il s’est révélé sous un jour nouveau. Il dit à Moïse : « Je suis apparu à Abraham, à Isaac et à Jacob, comme le Dieu Tout-Puissant, mais je n’ai pas été connu d’eux par mon nom d’Éternel » (Exo. 6:3). Notons ce qui est dit exactement. Il n’a pas dit : « Ils ne connaissaient pas mon nom ‘Éternel’. » Abraham connaissait le nom ‘Éternel’ ; nous voyons qu’il l’utilise dans la Genèse. Cependant, il ne connaissait pas Dieu sous ce nom, c’est-à-dire que la signification réelle du nom ‘Éternel’ ne lui était jamais apparue, car les circonstances qui nécessitaient une telle révélation n’étaient pas encore là. Maintenant, le moment était venu pour le dévoiler, et le Tout-Puissant se présenta, s’engageant en relation avec Israël, comme ‘JE SUIS’ – Celui qui est et qui est donc immuable, toujours vrai et fidèle à Sa parole. Cela a été abondamment vérifié dans l’histoire d’Israël. À la fin de l’Ancien Testament, Dieu dit : « Moi, l’Éternel, je ne change pas ; et vous, fils de Jacob, vous n’êtes pas consumés » (Mal. 3:6).

La pleine révélation de Dieu attendait cependant la venue du Seigneur Jésus. La seule chose possible, même pour un homme aussi grand que Moïse, c’était de voir l’Eternel seulement ‘par derrière’ (Exo. 33:23). Certains attributs divins ont été magnifiés, telles que sa miséricorde et sa longanimité, mais la révélation complète de lui-même n’était possible que dans le Fils unique qui était Dieu et qui devint homme. « Personne ne vit jamais Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître » (Jean 1:18).

Dieu avait dit à Moïse : « Tu ne peux pas voir ma face, car l’homme ne peut me voir et vivre » (Exo. 33:20). Mais le chrétien peut dire : « Dieu ... a relui dans nos cœurs, pour faire luire la connaissance de la gloire de Dieu dans la face de Christ » (2 Cor. 4:6). L’homme peut bien moins voir Dieu dans son essence et sa gloire que fixer des yeux le soleil à midi, mais aujourd’hui, le croyant peut contempler tout ce que Dieu est, révélé en Jésus. Aucun rayon ne manque, mais ils brillent tous d’une douceur particulière qui les met à la portée de créatures telles que nous. La rédemption était nécessaire pour que nous puissions nous tenir devant une telle révélation sans être troublés. Mais Celui qui révélait était aussi le Rédempteur.

Or, le nom qui caractérise la révélation de Dieu en Christ est ‘PÈRE’. Non loin du jardin de Gethsémané, le Seigneur Jésus leva les yeux au ciel et prononça la merveilleuse prière de Jean 17 : « Père ... j’ai manifesté ton nom aux hommes que tu m’as donnés du monde » (v. 6). Demandons-nous, avec respect : Que signifie le nom de Père ?

Tout d’abord, cela montre clairement une relation. La connaissance de Dieu comme Tout-Puissant ou comme l’Éternel n’en impliquait pas, ce qui explique sans doute la façon dont les inconvertis parlent de lui comme ‘Dieu tout-puissant’ en évitant instinctivement ‘Père’, car dans leur cas, la relation n’existe pas.

De plus, cela signifie une relation la plus intime qui soit. Les termes associés à Père sont ‘enfants’ et ‘fils’ ; dans le Nouveau Testament, les deux sont utilisés pour les Chrétiens. L’étroitesse de la relation est accentuée par le fait qu’elle est réelle et vitale et pas simplement supposée. Nous sommes enfants de Dieu, vu que nous sommes nés de Dieu (Jean 1:12-13 ; 1 Jean 3:9-10).

Mais le point culminant dans la révélation de Dieu comme Père réside dans le fait que le Seigneur Jésus lui-même qui s’est incarné est le Fils. Il a toujours été le Fils dans l’unité de la Divinité, mais nous considérons la place qu’il a prise dans la condition humaine (voir Luc 1:35 ; Gal. 4:4). Donc, à sa venue, tout ce que Dieu est comme Père en relation avec tout ce qu’Il est lui-même comme Fils a été présenté ; et maintenant, nous connaissons Dieu comme ‘le Dieu et le Père de notre Seigneur Jésus-Christ’ (Eph. 1:3).

Beaucoup de choses en dépendent, et nous exhortons le lecteur à méditer cela avec prière, pour se l’approprier. Nous avons tendance à ne relier le côté de Dieu comme Père qu’à nous-mêmes, et ainsi l’abaisser au point que cela ne devienne pour nous qu’une question de sollicitude paternelle qui nous donne la nourriture, le vêtement et les grâces dans cette vie. Toutes ces choses sont bien nôtres, de la main de notre Père, mais Ses pensées et Son amour vont infiniment au-delà.

Faire le lien entre Dieu comme Père et Christ, le Fils – qui est le digne objet de son amour et qui y répond parfaitement – nous donne aussitôt la clé qui ouvre le sujet dans sa plénitude. C’est la révélation dans sa perfection, le niveau est là !

Nous sommes fils de Dieu, ayant ‘l’Esprit de son Fils’ dans nos cœurs, ‘criant Abba, Père’, mais nous ne sommes fils qu’en vertu de la révélation du Fils de Dieu et de la rédemption accomplie (voir Gal. 4:4-6). Ce n’est qu’ainsi que ce merveilleux message a été rendu possible. « Je monte vers mon père et votre père, et vers mon Dieu et votre Dieu » (Jean 20:17).

La ‘position de fils’ est donc ce qui exprime le mieux la proximité et la dignité de la place de bénédiction occupée par un croyant aujourd’hui. Il faudrait lire tout le passage de Galates 3:21 à 4:7, pour voir que l’argument de l’apôtre consiste à dire que la venue de Christ a inauguré une nouvelle ère. Avant qu’Il vienne, la loi qui régnait ne révélait Dieu que partiellement ; les croyants étaient alors comme des enfants mineurs, sous un conducteur. Christ étant venu, et la rédemption étant accomplie, nous sommes comme des enfants majeurs, affranchis du régime de l’enfance et placés dans la pleine liberté de la maison du Père. « De sorte que », dit l’apôtre, « tu n’es plus esclave, mais fils ; et, si fils, héritier aussi par Dieu » (Gal. 4:7).

Notre place avec Dieu est en parfaite cohérence avec la lumière dans laquelle il s’est plu à se révéler à nous. Mais l’éclat de la révélation et le niveau de cette place se trouvent en CHRIST.

Aujourd’hui, aucun enseignement n’est plus populaire que celui qui présente ‘Dieu, comme Père universel’. Quelle vérité y a-t-il là ?

Présentée ainsi, cette doctrine populaire n’est pas vraie. Les Écritures révèlent clairement Dieu comme ‘Créateur universel’ ; si c’était cela que l’on entendait en parlant de ‘Père universel’, il y aurait peu de choses à redire. Mais ce n’est pas le cas, car la théorie veut que Christ, en prenant la condition humaine, a élevé l’humanité dans cette relation avec Dieu, ou du moins qu’il a mis en lumière la relation qui existait entre Dieu et la race humaine. En tout cas, cela signifie que Christ n’est que le meilleur spécimen de la race d’Adam qui, comme telle, est reconnue de Dieu ; alors qu’en vérité, Christ est le deuxième homme et le dernier Adam – la tête d’une nouvelle race qui est selon Lui – et que seuls ceux de sa race sont en relation avec Dieu.

Dieu est le ‘Père de notre Seigneur Jésus-Christ’ (Eph. 1:3) et par conséquent le Père de ceux qui sont en Lui.

De plus, Jean 1:12 nous dit que « à tous ceux qui l’ont reçu, il leur a donné le droit d’être enfants de Dieu », et ceux qui l’ont reçu sont ceux qui ‘croient en son nom’ et qui sont ‘nés de Dieu’ et non pas tout le monde.

De plus, en présence de notre Seigneur, les Juifs revendiquaient que Dieu était en quelque sorte leur ‘Père universel’, en disant : « Nous avons un Père, Dieu. » Il leur répondit : « Si Dieu était ton Père ... » Ce ‘si’ niant cette affirmation ! Il alla même plus loin et dit : « Vous avez pour père le diable ... Quand il profère le mensonge, il parle de son propre fonds, car il est un menteur, et le père du mensonge » (Jean 8:41-44), apposant ainsi sur eux et la doctrine qu’ils représentaient, la marque de leur véritable origine.

Quel langage tranchant que celui-là ! L’idée que Dieu est le Père universel est, en fait, un mensonge provenant de Satan.

Qu’en est-il alors de la fraternité universelle des hommes ?

Cette idée découle de celle que nous venons de voir et en est un corollaire. Il y a également une certaine vérité au sens de la création, en ce que Dieu a « fait d’un seul sang toutes les races des hommes » (Actes 17:26). C’est faux, dans un autre sens. Les Écritures tracent la ligne la plus nette entre le croyant et l’homme du monde. En 1 Jean 3 et 4, l’apôtre a beaucoup à dire au chrétien qu’il considère comme son frère. Et qui est le frère en question ? Tout enfant d’Adam ? Non, mais tout enfant de Dieu ; quiconque est ‘né de Dieu’. Jean, dans le style clair et tranchant de son grand Maître, aiguise sa plume et parle des ‘enfants du diable’ en opposition aux ‘enfants de Dieu’ (1 Jean 3:10).

Une parenté universelle, à un degré très atténué, existe entre les hommes. La seule vraie fraternité chrétienne est celle qui existe entre chrétiens nés de Dieu.

On nous dit parfois que nous sommes les enfants adoptés de Dieu. Est-ce correct ?

Ce n’est pas correct, Dieu merci. Si nous n’étions qu’adoptés dans la famille de Dieu, il n’y aurait pas plus de lien vital entre Dieu et nous qu’il n’en existe entre le directeur d’une institution de bienfaisance et un enfant qui y est recueilli. Le croyant est né de Dieu, il existe donc un lien très vital.

Le croyant n’est pas seulement un enfant de Dieu, en étant né de Dieu, il est aussi un fils. Cela parle de position et de dignité, et ainsi en Romains 8:23, il est dit : « attendant l’adoption [litt. : la position de fils], la délivrance de notre corps », dans la mesure où le plein accès à la dignité de cette position glorieuse est encore futur, et aura lieu lorsque nos corps seront rachetés à la venue du Seigneur.

Le mot ‘adoption’ de nos Bibles est une traduction du mot grec qui signifie ‘mis dans la position de fils’.

Dans ses écrits, Jean parle toujours d’enfants de Dieu et non de fils, et il fait souvent allusion au fait que nous sommes nés de Dieu. Paul dans les Galates, par exemple, parle toujours de fils.

Si Dieu n’est pas pleinement révélé jusqu’à la venue de Christ, cela n’implique-t-il pas une certaine infériorité des croyants de l’Ancien Testament ?

Oui, d’une certaine manière. Galates 3:21-4:7, comme nous l’avons déjà remarqué, met en contraste la position du croyant de l’Ancien Testament avec celui du Nouveau Testament. Le premier est un enfant mineur, ‘enfermé’, sans réelle liberté ni accès au Père, maintenu sous la loi qui est comme un conducteur, et cette condition persistait jusqu’à ce que Christ vienne et accomplisse la rédemption. Le dernier est un fils majeur dans la liberté de la maison du Père.

Cependant, cela ne signifie aucune infériorité des saints de l’Ancien Testament quant à ce que l’on pourrait appeler leur niveau spirituel. Le fait qu’ils ne connaissaient Dieu que partiellement, en leur temps, fait que la clarté et la force de leur foi en ce qu’ils ont connu n’en sont que plus remarquables. Ils avaient une grande confiance dans une révélation partielle ; nous avons, hélas ! souvent peu de foi en une révélation complète.

La révélation de Dieu en Christ a-t-elle eu lieu une fois pour toutes ?

Oui. La révélation est complète et absolue. Le Seigneur Jésus pouvait dire : « Celui qui m’a vu, a vu le Père » (Jean 14:9). Il est « l’image du Dieu invisible » (Col. 1:15). Dieu a parlé autrefois par les prophètes, mais maintenant, il nous a parlé, non pas par mais « en son Fils » (Héb. 1:2) Lui-même, sans intermédiaire, nous a parlé dans cette personne, car le Fils était et est Dieu à égalité avec le Père. Il n’y a donc plus rien à ajouter. Dieu est pleinement « dans la lumière » (1 Jean 1:7) et l’objectif est atteint.

Cela ne signifie pas qu’il n’y a plus eu de développement des pensées et du propos de Dieu après le ministère du Seigneur, car il a lui-même promis qu’il y en aurait une lorsque le Saint-Esprit serait venu (voir Jean 16: 12-15) ; et ce ministère promis a été accompli par les apôtres et conservé pour nous dans les épîtres.

Cela ne signifie pas non plus que le Seigneur lui-même a tout révélé du Père d’un seul coup. La façon dont il a parlé du Père à ses disciples juste avant de les quitter, comme on le voit en Jean 13-16 et dans sa prière de Jean 17, est manifestement bien plus avancée que tout ce qu’il a dit en Matthieu 5 à 7, par exemple. Dans le sermon sur la montagne, il faisait connaître le Père céleste comme ayant un intérêt pour son peuple sur la terre, tandis qu’en Jean, nous est présenté le Père, dans son amour et ses desseins, ainsi que les cœurs de ses disciples, élevés à la communion avec le Père, dans ses propres circonstances. Dans le sermon sur la montagne, le Père s’abaisse à notre modeste demeure sur la terre. Dans le sermon de la chambre haute, nous sommes élevés au palais du Père, dans le ciel.