L’Élection et la libre grâce.
F.B. Hole
Dès le début des Écritures, apparaissent deux grands faits constituant la base de toutes les relations de Dieu avec les hommes : premièrement, Dieu est absolument souverain ; deuxièmement, l’homme est une créature intelligente dotée de facultés morales et responsable envers son créateur.
Ces deux faits, la souveraineté de Dieu d’un côté et la responsabilité de l’homme de l’autre, ont toujours présenté une difficulté pour certains, surtout lorsqu’il s’agit de la prédication de l’Évangile et de sa réception par le pécheur. Entre la souveraineté de Dieu qui s’exprime dans l’élection de certains pour la bénédiction et la libre grâce offerte à tous, il semble y avoir une contradiction ou une divergence difficile à éviter et à expliquer.
Bien sûr, si nous mettons de côté l’un de ces faits au profit de l’autre, en tombant, selon le cas, dans un dur hyper-calvinisme ou dans l’arminianisme, la difficulté disparaîtra. Mais cela signifierait le sacrifice de la vérité. Puisque nous ne pouvons pas le faire, mais que nous devons accepter ces deux faits qui se trouvent tous deux dans les Écritures, nous devons rechercher humblement la solution divine, sachant que la seule difficulté réelle est la petitesse de notre esprit et sa capacité à saisir les pensées de Dieu.
Nous trouvons ces deux vérités dès le début de la Bible. « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre » (Gen. 1:1) – c’est une des vérités. « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’ils dominent » (Gen. 1:26) – c’est l’autre vérité. L’homme a été créé à l’image de Dieu, c’est-à-dire comme représentant de Dieu dans la création. Il était à l’image de Dieu, dans la mesure où il était, à l’origine, un être libre, intelligent et moral. Bien qu’il soit tombé et ne soit plus sans péché, sa responsabilité demeure.
Il est difficile de trouver une plus belle confession sur la souveraineté de Dieu que celle faite par Nebucadnetsar, le grand monarque païen en qui la souveraineté humaine a atteint son apogée. Il a dit : « Il agit selon son bon plaisir dans l’armée des cieux et parmi les habitants de la terre ; et il n’y a personne qui puisse arrêter sa main et lui dire : Que fais- tu ? » (Dan. 4:35).
Nous ne pouvons pas non plus trouver de présentation plus frappante de la responsabilité de l’homme déchu que celle donnée par Paul dans son argumentation pour prouver la ruine complète de la race (Rom. 1:18 - 3:19). Si le péché et la déchéance détruisaient la responsabilité de l’homme, il y aurait toute excuse pour sa condition, mais il est démontré que le païen le plus dégradé est « sans excuse », tout comme l’idolâtre civilisé et le juif religieux.
Jusqu’ici tout est simple. La difficulté survient quand on commence à appliquer ces vérités. Les croyants sont considérés comme « élus en lui avant la fondation du monde » (Eph. 1:4), « élus selon la préconnaissance de Dieu le Père » (1 Pierre 1:2). Le Seigneur Jésus a clairement dit à ses disciples : « ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisi » (Jean 15:16) ; et encore : « Nul ne peut venir à moi, à moins que le Père qui m’a envoyé ne le tire » (Jean 6:44). Puisque le choix appartient à Dieu et que personne ne vient à Christ s’il n’est pas tiré par le Père, devons-nous déduire de ces passages que tout effort d’évangélisation est inutile, et que prêcher à des personnes autres que celles choisies par Dieu est une perte de temps ?
D’autre part, à ses auditeurs dont le cœur était saisi de componction, Pierre a dit : « sauvez-vous de cette génération perverse » (Actes 2:40) ; aux pécheurs insouciants et rebelles, il a dit : « Repentez-vous donc et convertissez-vous » (Actes 3:19). Paul dit qu’il a insisté auprès des Juifs et des Grecs « sur la repentance envers Dieu et la foi en notre Seigneur Jésus-Christ » (Actes 20:21).
Pouvons-nous ignorer ces exhortations des apôtres ? Auraient-ils plutôt dû dire : « Hommes frères, vous ne pouvez absolument rien faire. Vous êtes spirituellement morts ; vous devez simplement attendre le bon plaisir de Dieu. S’il vous a élus, vous serez sauvés. Sinon, vous serez perdus » ? Ou opterons-nous pour le point de vue opposé en essayant d’expliquer l’application des versets sur la souveraineté de Dieu à la conversion, en disant qu’ils veulent simplement dire que Dieu, étant omniscient, connaît la fin d’une chose avant son commencement, mais qu’il n’a pas de volonté particulière à l’égard de quiconque, et que l’homme est tout à fait libre et capable de choisir ce qui est droit pourvu que cela lui soit présenté de façon suffisamment attrayante, et que nous devons donc tout faire pour rendre l’Evangile agréable et gagner les hommes ?
Incliner vers une vérité au détriment de l’autre serait s’exposer au vif tranchant de ces paroles : « O gens sans intelligence et lents de cœur, à croire tout ce que les prophètes ont dit » (Luc 24 : 25).
Les difficultés que nous pouvons avoir disparaîtront en grande partie si nous comprenons mieux le vrai caractère de la ruine de l’homme et de la grâce de Dieu.
En quoi consiste la ruine de l’homme ? En péchant, il est devenu coupable et s’est rendu passible de jugement. Et plus que cela, il a acquis une nature entièrement déchue et incorrigible, avec un cœur « trompeur par-dessus tout et incurable » (Jér. 17:9). Et ce n’est pas tout. Le péché agi comme un poison subtil qui intoxique et perverti tellement sa raison, sa volonté et son jugement, qu’il n’y a « personne qui ait de l’intelligence, il n’y a personne qui recherche Dieu » (Rom. 3:11). Même en présence de la grâce et des doux appels de l’Évangile, les hommes rejettent le Sauveur et préfèrent unanimement les folies du monde. Comme le « troupeau de pourceaux », ils se précipitent à la destruction. Le seul espoir est donc une intervention souveraine de Dieu.
La parabole du « grand souper » (Luc 14) en est une illustration. La table du souper bien garnie représente les bénédictions spirituelles résultant de la mort de Christ. Tout a été préparé à grands prix, et pourtant tout semble l’avoir été en vain. Une autre chose est nécessaire : la mission du Saint-Esprit, illustrée par la mission du « serviteur ». Les choses sont alors menées à bien et la maison est remplie, uniquement parce qu’Il a « contraint » les gens.
Si nous réalisons l’ampleur de la ruine dans laquelle le péché nous a plongés, nous serons délivrés de l’« arminianisme » et nous reconnaîtrons que l’action souveraine de Dieu en nous choisissant et en nous tirant par la puissance de Son Esprit était notre seul espoir. Au lieu de contester ce côté de la vérité, nos cœurs se prosternerons avec reconnaissance devant Dieu.
Le pauvre homme déchu reste cependant une créature responsable. La raison, la volonté et le jugement peuvent être pervertis, mais ils ne sont pas détruits ; d’où l’ampleur de la grâce de Dieu.
Qu’est-ce que la grâce ? Est-ce la bonté spéciale qui visite et sauve les âmes des élus ? Non, cela, c’est la miséricorde. En Romains 9 et 11, où l’élection est le grand sujet, la miséricorde est sans cesse mentionnée. La grâce est la puissance qui sort du cœur de Dieu vers ceux qui pèchent et ne méritent rien. Elle ne fait acception de personne, elle ne connait aucune restriction. C’est un océan large et profond. « Tous les hommes » (1 Tim. 2: 3-6) sont ses seules frontières et « là où le péché abondait, la grâce a surabondé » (Romains 5:20) est la seule mesure de sa profondeur.
Nous entendons les accents de la grâce dans la dernière grande commission de Christ ressuscité, à ses disciples, « que la repentance et la rémission des péchés soient prêchés en son nom à toutes les nations, en commençant par Jérusalem » (Luc 24:47). Ces instructions étaient bien similaires à celles données par le roi de cette autre parabole du festin, rapportée dans Matthieu 22 : « Allez donc dans les carrefours des chemins, et autant de gens que vous trouverez, conviez-les aux noces ». Dans cette parabole, nous n’avons pas « le serviteur » comme dans Luc 14, mais « les serviteurs ». Ce n’est pas l’Esprit de Dieu dans ses activités souveraines et secrètes, mais des rachetés qui, ne sachant rien de ces choses secrètes, font simplement ce que le roi leur a dit de faire. Trouvent-ils quelqu’un sur les grandes routes du monde ? Alors, sans se poser la question s’il est élu ou non, ils lui donnent l’invitation. Tous ceux qui écoutent sont rassemblés, qu’ils soient mauvais ou bons, et les noces sont « peuplées d’invités ».
Y a-t-il une grande difficulté à cela ? Sûrement pas. Sachant qu’il plaît à Dieu « par la folie de la prédication de sauver ceux qui croient », l’évangéliste propage la bonne nouvelle. Quand les hommes croient en son message il attribue cette œuvre à l’Esprit de Dieu et s’en réjouit, sachant qu’ils sont élus par Dieu (1 Thess. 1:4).
Il n’y a rien non plus qui puisse faire broncher un pécheur qui cherche. Le fait même qu’il cherche indique qu’il est tiré du Père. Dire qu’un pécheur puisse rechercher sincèrement le Sauveur, en ce jour de grâce, et ne pas être entendu parce qu’il n’est pas élu est une déformation horrible de la vérité. Les paroles du Seigneur Jésus sont toujours vraies : « Cherchez et vous trouverez » (Matt. 7:7).
Le fait est que l’élection n’a rien à voir avec le pécheur en tant que tel. Elle n’est jamais évoquée dans les prédications des apôtres qui nous sont rapportées, alors qu’elle est fréquemment mentionnée, pour affermir la foi des croyants. En général, ce n’est que lorsque des prédicateurs extrémistes la tirent de son contexte dans les Ecritures et la présentent à leurs auditeurs inconvertis que cela engendre des difficultés à leurs esprits.
Peut-on montrer que l’élection signifie vraiment autre chose que le fait que Dieu sache tout, et sait donc dès le début qui va croire ou non ?
Assurément. En 1 Pierre 1:2, nous lisons : « élus selon la préconnaissance de Dieu le Père ». L’élection est donc distincte de la préconnaissance, bien que fondée sur celle-ci. L’élection ou le choix de Dieu n’est pas un tirage au sort aveugle et fataliste. Cette conception est purement païenne. Une telle légende existe à propos de Bouddha. Quand les hommes ont été créés, on dit qu’il a jeté un sort en criant : « Ceux-ci vont au ciel, peu m’importe, ceux-là en enfer, peu m’importe. » Mais notre Dieu et notre Père n’agit pas ainsi. Il choisit à la lumière de sa préconnaissance. Par conséquent, aucun pécheur, qui veut vraiment être sauvé, ne trouve la porte fermée parce qu’il n’est pas l’un des élus. Son désir même est le fruit du travail de l’Esprit. Et le choix de Dieu, comme dans le cas d’Esaü et de Jacob, est toujours justifié par les résultats. (Comparez Rom. 9:12-13 avec Mal. 1:2-3).
Si Dieu élit vraiment, pourquoi n’a-t-il pas élu tout le monde ?
Comment peut-on le dire ? Est-il probable que Dieu dise aux créatures que nous sommes, les motifs qui sont à la base de ses décrets ? S’il l’expliquait, nos esprits finis seraient-ils capables d’en comprendre l’explication ? Nous pouvons être assurés que tous ses décrets sont en parfaite harmonie avec le fait que « Dieu est lumière » et « Dieu est amour ». Pour le reste, si quelqu’un conteste nous nous contentons de citer les paroles inspirées : « Voici, je te répondrai, ... Dieu est plus grand que l’homme, pourquoi contestes-tu avec lui ? car d’aucune de ses actions il ne rend compte » (Job 33:12-13). Etant Dieu, pourquoi le devrait-il ?
Si l’homme est moralement incapable de marcher ou de choisir droitement, comment peut-il être vraiment responsable ?
Répondons par une analogie. Si un pauvre homme comparaissait pour la centième fois devant les magistrats pour état « d’ébriété et scandale », pourrait-on accepter pour sa défense un plaidoyer qui affirmerait qu’il est tellement dégradé, qu’il est moralement incapable de résister à l’alcool ou de choisir une vie meilleure, et qu’il n’est donc ni responsable ni susceptible d’être puni ? Non, bien sûr. Aucune personne sensée n’imagine qu’il suffit de sombrer suffisamment dans le crime pour se dégager de toute responsabilité.
Hélas ! qui peut mesurer les profondeurs de perversité et d’impuissance dans lesquelles l’homme s’est plongé par le péché ? Sa responsabilité n’en demeure pas moins.
La « libre grâce » signifie-t-elle que nous avons le salut simplement par un choix fait par notre libre arbitre ?
Non. Cela signifie que l’évangile de Dieu s’adresse à tous. Christ est mort pour tous (1 Tim. 2:4-6). L’Evangile est envoyé à tous, comme s’il était certain que tous allaient le recevoir tout naturellement… comme si, hélas ! ils le rejettent naturellement. Des multitudes, cependant, le reçoivent ; alors, la justice de Dieu qui est « envers tous » dans son intention, est en réalité « sur tous ceux qui croient » (Rom. 3:22-24). Ceux-ci sont sauvés par la grâce, par la foi et cela ne vient pas d’eux-mêmes, c’est le don de Dieu (Éph. 2:8). Leur bénédiction vient de Dieu, du début à la fin, et ils ont le droit de se considérer comme élus par lui.
Le pécheur doit-il choisir Christ ?
Pour être précis scripturairement, la réponse est : non. Il doit recevoir Christ ; mais c’est une autre question. Choisir est un verbe actif. Cela implique la faculté de faire des distinctions et des sélections. Parler d’un pécheur qui choisit Christ suppose qu’il dispose de facultés qu’il ne possède pas.
Recevoir est un verbe passif plutôt qu’actif. Cela implique qu’au lieu d’exercer ses pouvoirs, le pécheur se conforme simplement à l’offre de Dieu. C’est le terme que l’Ecriture utilise.
Il est dit que les enfants de Dieu sont « tous ceux qui l’ont reçu (Christ) » (Jean 1:12). Cette réception n’était pas le résultat de leur libre arbitre, mais de l’opération de Dieu en grâce ; ils sont « nés ... de Dieu » (v. 13).
Avons-nous raison de prier les pécheurs de se repentir et de croire ?
Certainement, le Seigneur lui-même l’a fait (Marc 1:15). Il en a été de même pour Pierre (Actes 3:19) et Paul (Actes 16:31 ; Actes 20:21 ; Actes 26:20). Nous devons non seulement proclamer que la foi est le principe sur lequel Dieu justifie le pécheur, mais nous devons exhorter les hommes à croire. Le fait que la foi soit le résultat du travail de Dieu dans l’âme et que toute croissance spirituelle chez le croyant se fait par l’action de l’Esprit de Dieu, ne contredit pas le fait que le serviteur de Dieu soit sincère et persuade les hommes.
Paul a prêché à Thessalonique « avec beaucoup de combat » (1 Thess. 2:2) Il « persuadait les hommes » (2 Cor. 5:11) et, avec Barnabas, il persuadait des personnes converties à « persévérer dans la grâce de Dieu » (Actes 13:43).
Ces exemples suffiront à contrer tout raisonnement contraire.
Que répondre à une personne qui dit : « Je ne peux pas croire jusqu’à ce que Dieu m’en donne la force » ?
Remarquons que la repentance et la foi exigent moins de force que de faiblesse. Se repentir, c’est reconnaître la vérité quant à soi-même ; croire, c’est se reposer sur Christ.
Remarquons aussi que le commandement de Dieu donne à l’homme le pouvoir d’agir. L’homme à la main sèche est un exemple typique (Luc 6:6-10). La force était là aussitôt que la parole a été prononcée.
Si un pécheur dit qu’il voudrait croire, mais que Dieu ne le lui permettra pas s’Il l’a ainsi décrété, il faut lui dire clairement que ce n’est pas vrai. Il délaisse ce qui est sensé pour l’imagination de la raison déchue. Jamais le moindre désir envers Christ ne surgit dans le cœur d’un pécheur, mais la grâce peut produire une foi ferme. Si ce raisonneur se met à chicaner, il faudra le laisser. Au lieu d’occuper une âme perplexe et inquiète de questions relatives à la souveraineté de Dieu, qui sont au-dessus de l’intelligence de l’homme fini, je l’exhorterais à mettre sa confiance dans le Sauveur et à prêter attention à ces grandes vérités qui sont énoncées de façon si claire que « ceux qui vont ce chemin, même les insensés, ne s’égareront pas » (Esaïe 35:8).
« Ne laissez jamais ce que vous ne savez pas, troubler ce que vous savez », a déclaré un homme sage.
N’oublions jamais que celui qui a dit : « Tout ce que le Père me donne viendra à moi », a immédiatement ajouté : « et je ne mettrai pas dehors celui qui vient à moi » (Jean 6:37).