La grâce et le caractère du disciple.
F.B. Hole
Dans son essence même, la grâce de Dieu est libre et inconditionnelle. Il nous est clairement dit dans les Écritures qu’elle est reçue par la repentance et la foi. Même s’il peut y avoir des conditions pour la recevoir, la grâce elle-même n’y fait pas obstacle. Certains hommes sont des adeptes de l’art de donner d’une main et de reprendre de l’autre, de donner des cadeaux tellement enveloppés de restrictions et de conditions qu’ils sont totalement inutilisables, mais ce n’est pas la façon de faire de Dieu.
« La libre grâce de Dieu » est une expression courante, utilisée à juste titre, et la plupart d’entre nous y croyons. Pourtant, en ouvrant leurs Bibles, beaucoup sont étonnés de tomber sur des passages qui commencent de manière inattendue par un « si ». Par exemple : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce soi-même, et qu'il prenne sa croix chaque jour, et me suive » (Luc 9:23).
Qu’est-ce que cela signifie ? Le salut est-il aussi libre que nous l’avions supposé ? Devons-nous faire une sorte d’entente avec le Maître dans ces termes, avant de pouvoir être comptés comme siens ?
Répondons à ces questions en considérant les versets 25 à 35 de Luc 14. Les mêmes pensées s’y retrouvent : « Si quelqu'un vient à moi, et ne hait pas son père, et sa mère, et sa femme, et ses enfants, et ses frères, et ses sœurs, et même aussi sa propre vie, il ne peut être mon disciple. » Ces six derniers mots sont répétés trois fois (v. 26, 27 et 33). Notez bien qu’il n’est pas dit : « il ne peut être sauvé », mais « il ne peut être mon disciple ».
Des quatre évangiles, celui de Luc est celui qui met l’accent sur la grâce. Le paragraphe qui précède celui que nous avons lu contient la parabole du « grand souper » (Luc 14:15-24). C’est une merveilleuse présentation de la grâce de Dieu. Il est intéressant de noter qu’après avoir présenté la grâce divine d’une manière telle que de grandes foules s’assemblaient autour de Lui, le Seigneur se tourne vers elles et met à l’épreuve leur sincérité en leur proposant les conditions pour être disciple. Tout en distinguant bien ces deux aspects, nous devons les maintenir ensemble dans l’ordre dans lequel Il les a mis.
Ils peuvent être distingués ainsi :
La grâce est la forme spéciale que prend l’amour divin, lorsqu’il s’épanche vers ceux qui en sont entièrement indignes. Il s’adapte à leurs besoins et, dans les richesses de ses ressources, répond au-delà de ces besoins.
La condition de disciple est la forme particulière prise par l’amour qui naît dans le cœur d’un croyant. C’est le retour vers sa source de l’amour divin versé dans le cœur. Un disciple est quelqu’un qui apprend, mais aussi qui suit. Lorsque la grâce de Dieu s’empare d’une âme et qu’une nouvelle vie commence, son premier instinct est d’apprendre du Sauveur et de le suivre.
En saisissant cela, il est facile de voir que la grâce est le ressort essentiel d’un disciple, et ce n’est pas sans raison que les deux sont liés en Luc 14.
Dans la parabole du grand souper, la porte du salut est largement ouverte, et aux pires invités. Aucune demande ne leur est faite, aucune condition n’est imposée, aucun marché n’est conclu. La grâce brille sans être ternie par de telles choses. Mais Celui qui disait cette parabole était bien conscient de deux choses :
1. Que beaucoup prétendraient recevoir la grâce sans être vrais dans leur profession.
2. Que ceux qui la reçoivent réellement ont ainsi eu dans leurs âmes un amour qui les tire irrésistiblement après Celui dont il provient, et ils doivent comprendre ce qu’il faut pour Le suivre.
C’est pourquoi Il fait suivre ce qu’Il a dit sur la grâce par des instructions pour devenir disciple et ajoute deux courtes paraboles pour montrer l’importance de calculer la dépense.
« Il en coûte trop cher d’être chrétien », disait un jour un sombre individu. Avait-il raison ?
S’il avait dit : « Cela coûte trop cher d’être sauvé », il se serait totalement trompé. Le coût indicible du salut est tombé sur Celui qui pouvait le porter, et ayant été fait péché pour nous, Il a tout porté. Pour nous, il n’en coûte rien.
Mais il a utilisé le mot « chrétien » dans son sens propre, car ce sont les disciples qui ont été appelés chrétiens premièrement à Antioche (Actes 11:26). Il voulait dire : « Il en coûte trop cher d’être disciple ». Encore une fois, il avait tort. Il en coûte d’être un disciple, mais cela ne coûte pas trop cher ! Le fait est que notre sombre ami n’était pas sauvé, il n’avait jamais goûté la grâce et n’avait donc rien à dépenser. Quand un homme va au marché sans argent dans sa poche, tout coûte trop cher ! Il mettait la condition de disciple avant la grâce, ce qui revient à placer la demande avant l’offre et la responsabilité avant la puissance qui permet d’y répondre – dans le langage courant, c’est « mettre la charrue avant les bœufs ».
Combien il en coûte d’être disciple ? Cela coûte des sacrifices dans tout domaine ; c’est pourquoi les courtes paraboles sont données. Il faut se donner de la peine pour fortifier sa position et avoir beaucoup d’énergie pour combattre ses ennemis.
« Car quel est celui d'entre vous qui, voulant bâtir une tour, ... » (v.28) Avez-vous une telle intention ? Vous devez l’avoir, si vous vous proposez de suivre vraiment le Seigneur. Une tour parle de protection ; nous en avons besoin. Dans les Écritures, rien n’est plus clair, bien que nous soyons gardés par la puissance de Dieu, nous le sommes « par la foi » (1 Pierre 1:5). La responsabilité de nous édifier sur notre très sainte foi repose sur nous. « Prier par le Saint-Esprit » est donc la seule attitude qui nous convienne, et le résultat est de nous conserver « dans l’amour de Dieu » (cf. Jude 20, 21). Avec l’amour de Dieu qui nous enveloppe comme une tour de défense, nous sommes vraiment fortifiés !
La foi est la main qui construit. La foi – que nous trouvons dans la Parole de Dieu – est le grand fondement sur lequel nous bâtissons. La prière est l’attitude appropriée pour ce travail de construction. L’amour de Dieu, consciemment connu, est notre tour de défense.
Tout cela, c’est pour atteindre un but. Etant bien équipés sur le plan défensif nous pourrons agir offensivement contre l’ennemi. La truelle vient en premier, et l’épée suit de près.
« Ou, quel est le roi qui, partant pour faire la guerre... » Savez-vous quel est ce mouvement agressif ?
Si vous êtes un disciple vous devez l’avoir. Remarquez que c’est le roi
avec les dix mille hommes qui se propose de prendre l’offensive contre
le roi avec les vingt mille. Quelle offensive osée ! Ah, derrière lui se
trouvait une base fortifiée, sa tour était construite. C’est toujours le chemin
de Dieu. La tour de David était construite dans le désert, lorsqu’il a
rencontré le lion et l’ours, par conséquent, Goliath n’était pas une terreur
pour lui. Luther, « le moine qui a secoué le monde », s’est avancé
avec son petit livre dans le foyer haineux de Worms. Oui, mais son cri de
bataille était :
« C’est un rempart que notre Dieu, Une défense sûre. »
Être disciple signifie tout cela. Cela comprend la prière et l’étude de la Parole de Dieu. Cela comprend des exercices inconnus de ceux qui ne sont pas disciples, et le choc du combat contre le monde, la chair et le diable. Asseyez-vous et calculez la dépense. Tremblez-vous ? Alors, recalculez la dépense à la lumière de la puissance de Dieu et des immenses ressources de la grâce, et vous commencerez à vous « réjouir dans le Christ Jésus » et réaliserez toujours plus à n’avoir « aucune confiance en la chair ».
Ainsi, la grâce et être disciple vont de pair. Le cas de Bartimée en est une bonne illustration (Marc 10:46-52). La grâce ne bougea pas devant son cri et lui donna librement tout ce qu’il désirait. « Jésus lui dit : va …. » Bartimée, aucune condition ne t’est imposée, va au nord, au sud, à l’est ou à l’ouest, comme tu le désires, tu es libre ! Dans quel chemin est-il allé ? « aussitôt, il recouvra la vue et il Le suivit dans le chemin. » Contraint par la grâce, il est devenu disciple. Il a suivi Jésus.
Chaque chrétien est-il disciple, ou seuls quelques favorisés ont-ils ce titre ?
Il n’y a pas de « favorisés » dans le christianisme. Il est vrai que le monde ayant envahi et conquis la profession chrétienne, le clergé et les laïcs de tout grade, correspondant à la société mondaine, se trouvent de toutes parts. Le christianisme de la Bible, tout en admettant des dons et des fonctions spirituels, n’a rien de cela. Tous les chrétiens du début étaient des croyants, des saints, des disciples, (Cf. Actes 1:15 ; 6:1 ; 9:38 ; 19:9 ; 20:7). Le plus important des apôtres était juste un croyant, un saint ou un disciple avec les autres, même s’il avait reçu un don d’en-haut et était revêtu d’une autorité incontestable.
Nous sommes certains que c’est une grave erreur de considérer que le fait d’être un disciple n’appartient qu’à quelques-uns – une sorte de clergé – et que les gens plus ordinaires peuvent se contenter d’être sauvés et de se rendre bientôt au paradis, sans avoir besoin de servir à quoi que ce soit. Honte à nous si, comme Bartimée, nous recevons la vue, et qu’ensuite, contrairement à lui, nous allons nous promener pour nous distraire dans Jéricho !
Il existe bien une telle tendance ; c’est pourquoi le Seigneur dit à quelques Juifs qui croyaient en lui : « Si vous persévérez dans ma Parole, vous êtes vraiment mes disciples » (Jean 8:31).
Être disciple appartient à tous les chrétiens, mais hélas, beaucoup ne le sont pas !
Quelles sont les conditions pour être un disciple chrétien ?
Lisez attentivement Luc 9:23-26 ; Luc 9:46-62 , et Luc 14:25-33 encore une fois, pour en apprendre un peu plus.
L’essentiel semble être contenu en Luc 14:26 et 33, où nous trouvons que la seule condition absolument indispensable c’est que Christ soit en premier et que le reste - les relations, les biens, et particulièrement notre « moi » - soit nulle part.
« Haïr . . . » non pas dans l’absolu, mais comparativement, bien sûr. Notre amour pour Christ devrait tant surpasser l’amour naturel que nous portons à nos relations, que celui-ci devrait apparaître comme une haine par rapport au premier. (Luc 9:59-60 en donne un exemple).
« Renoncer... » c’est-à-dire que les affections sont détachées de nos biens ; ils ne sont plus nôtres, mais ceux de notre maître et ils doivent être comptés pour Lui. Cela peut signifier se séparer de tout, comme dans le cas des premiers chrétiens, ou, comme Lévi, tout quitter, bien qu’ayant encore tout. La maison de Lévi était encore « la sienne » et il utilisait son argent pour faire un grand festin pour Christ et attirer les pécheurs vers lui (Luc 5:27-29). Un bel exemple pour beaucoup d’entre nous !
Mais si Christ est le premier, le « moi » doit partir, c’est pourquoi le disciple doit se renier et prendre sa croix chaque jour.
« Se renier », c’est dire NON à soi-même. C’est accepter d’être comme mort quant à notre volonté propre. C’est un travail intérieur.
« Prendre sa croix tous les jours », c’est l’aspect extérieur. Accepter la mort comme nous coupant du monde et de sa gloire. C’est dire NON à l’amour de la réputation et de la popularité.
C’est un travail rude qui est amer pour la chair, mais qui est adouci par l’amour de Christ. Telles sont les conditions pour être disciple.
Il est facile de voir ce que signifiait ‘être disciple’ pour les premiers chrétiens. Nos jours sont différents. Qu’est-ce que cela signifie pratiquement pour nous aujourd’hui ?
C’est la même chose aujourd’hui qu’alors. La seule différence est dans les détails. C’est plus que jamais dire « non » à nos propres volontés. C’est porter la croix – le rejet par le monde – plus que jamais. Le monde les a rejetés par la croix ou par l’épée, par les bêtes sauvages ou par le feu ; il peut nous rejeter par un mépris silencieux, une suspicion bien choisie ou un rejet social. C’est la même chose. Dans leur cas, c’était des attaques vives et courtes, et tout était fini ; pour nous, elles sont chroniques, pas si vives, mais persistantes.
C’est pratiquer le jugement de soi et marcher dans la séparation du monde, même sous ses formes religieuses. C’est renoncer à beaucoup de choses légitimes en elles-mêmes pour l’amour de Son nom. C’est se poser LA question à tous moments et en toutes circonstances : non pas : « Qu’est-ce que je veux ? » mais : « Qu’est-ce que Tu veux ? »
Le vrai disciple ne risque-t-il pas de perdre beaucoup dans ce monde ? Que gagne-t-il ?
Il gagne « beaucoup plus en ce temps-ci et, dans le siècle qui vient, la vie éternelle » (Luc 18:30). Le gain ne sera pas de la nature qui plaît à l’homme du monde, qui estime les choses principalement par le montant de son compte en banque. C’est plus réaliste que cela. Voici le caractère de ce gain : « Si quelqu’un me sert, qu’il me suive ; et là où je suis, moi, là aussi sera mon serviteur : si quelqu’un me sert, le Père l’honorera » (Jean 12:26).
La compagnie de Christ, l’honneur du Père. Qui peut estimer le gain de ces deux choses ? Il en a été donné un aperçu aux trois disciples quand, après avoir été clairement informés de ce que cela impliquerait d’être disciples, ils furent témoins de la transfiguration (Luc 9) – « étant avec lui sur la sainte montagne » (2 Pierre 1:16-18).
Il n’est donc pas étonnant que Paul – qui figurait au premier rang des disciples et qui a tout perdu pour Christ – fixant les yeux de la foi sur les choses éternelles estimait le côté « perte » d’être disciple comme n’étant que « notre légère tribulation d’un moment », et le côté « gain » comme étant « en mesure surabondante, un poids éternel de gloire » (2 Cor. 4:17-18).
Quelle différence y a-t-il entre un disciple et un apôtre ?
Il y a une différence très nette. Il est dit : « Il appela ses disciples. Et, en ayant choisi douze d’entre eux, lesquels il nomma aussi apôtres » (Luc 6:13). Le mot « disciple » signifie « enseigné » ou « formé ». Le mot « apôtre » signifie « envoyé ». Tous ceux qui suivaient le Seigneur étaient des disciples ; seuls les douze ont été envoyés par Lui comme apôtres. Ils avaient donc une place particulière d’autorité et de service.
De plus, les apôtres avaient affaire avec les fondements de l’Église (Éph. 2:20) et ils sont morts depuis longtemps ; mais depuis lors et jusqu’à ce jour, ce sont des disciples de Christ qui se trouvent sur la terre.
D’où vient la puissance pour être disciple et comment pouvons-nous le rester ?
La puissance nécessaire ne se trouve ni en nous-même, ni dans des exercices religieux, elle est en Dieu seul. Cependant, elle nous est donnée très simplement. Un frère parlait de la « puissance expulsive d’une nouvelle affection ». Nous pouvons tout aussi bien parler de la « puissance impulsive d’une nouvelle affection ». Que les rayons lumineux de l’amour de Dieu pénètrent dans un cœur, aussi sombre soit-il, et aussitôt une nouvelle puissance s’impose et la vie de disciple commence.
Ce qui fait commencer cette vie la soutient. Jean 14-16 est un parfait manuel de la condition de disciple. Vous verrez que l’amour est la source de tout. Le consolateur, le Saint-Esprit, est la puissance, et l’obéissance, le fait de garder et d’accomplir les commandements de Christ, est le chemin dans lequel les pieds du disciple sont conduits.
Quels conseils donner à ceux qui cherchent à vivre comme disciples du Seigneur Jésus ?
Je dirais juste trois choses :
1. Vous aurez besoin de sagesse. Vous devez donc donner aux Écritures leur juste place. La volonté de notre Maître et Seigneur y est exprimée ; notre tâche en tant que disciples est de rechercher cette volonté, étant soumis à l’enseignement du Saint-Esprit. Les « Écritures » doivent donc être pour nous la « Parole de Dieu » et nous devons les étudier attentivement.
2. Vous devez être dans un esprit de dépendance envers Dieu. La prière est donc nécessaire. Le disciple doit toujours cultiver l’esprit de prière.
3. Vous devez toujours rechercher un chemin d’obéissance. En tant que disciples, notre grand travail consiste à obéir plutôt qu’à faire des exploits. Le Prince Rupert, de renommée historique, a accompli de grands exploits au service de Charles I. Mais ses exploits ont en grande partie contribué à la défaite écrasante que Charles I a subie à Naseby, face au brave Cromwell. Et ils ont conduit non seulement à la perte de la couronne de son maître, mais aussi de sa tête. S’il avait pensé moins à ses exploits individuels et plus à la stratégie du chef, les résultats auraient peut-être été différents.
L’obéissance à la Parole de Dieu est notre première affaire. Laissons de côté tout fardeau qui nous entraverait, en nous rappelant les paroles de notre grand Maître lui-même : « Si vous savez ces choses, vous êtes bienheureux si vous les faites » (Jean 13:17).