Propitiation et substitution.

F.B. Hole

Si l’Ancien Testament contient de nombreux types du sacrifice de Christ, l’épître aux Romains surtout présente la doctrine concernant ce sacrifice. Les mots ‘propitiation’ et ‘substitution’ expriment les deux grands aspects de sa mort expiatoire.

Rappelons tout d’abord que tout péché est contre Dieu. Il est le premier concerné, et non pas seulement nous qui sommes pécheurs. Certes, le péché ruine l’homme et le place sous le pouvoir de la mort et sous le jugement, mais il outrage aussi la sainteté de Dieu, méprise Son autorité et Le déshonore aux yeux de ses créatures. C’est pourquoi, non seulement le sacrifice expiatoire doit délivrer le pécheur en ôtant son péché, mais il doit, en premier lieu, satisfaire toutes les exigences de Dieu dues à sa sainteté et à sa justice, pour Le justifier pleinement.

C’est un principe juste, reconnu parmi les hommes. Si un problème survient entre deux parties, bien que les deux soient concernées, la première considération doit être pour la partie lésée. Prenons le cas d’une dette, par exemple. Le débiteur, s’il est droit, reconnaît la dette et se fait du souci s’il ne peut pas la payer. Nous aimerions l’aider, mais nous ne pouvons pas avoir de pitié que pour lui ; qu’en est-il du créancier ? S’il n’est pas fortuné, il ne peut pas se permettre de perdre ce qui lui revient de droit. Il se fait peut être autant de souci, sinon plus, que le débiteur.

Seule l’intervention d’un tiers pourra remédier à la situation et satisfaire les créances du créancier. Il s’ensuivra naturellement que le débiteur sera soulagé. Il est indiscutable que ce qui est à considérer en priorité sont les droits du créancier, et en second lieu les nécessités du débiteur.

Tout cela est simple, mais lorsque nous considérons l’œuvre de Christ, qui nous concerne au plus haut point en tant que pécheurs, nous oublions facilement le côté de Dieu de la question, étant occupés du nôtre. Pour pallier à cela, voyons comment la mort du Seigneur Jésus est présentée en Romains 3 et 4.

La faillite totale de l’humanité ayant été révélée dans les trois premiers chapitres de cette épître, à partir du verset 21 du chapitre 3, nous voyons les mesures que Dieu a prises devant cette situation ; car c’est le grand Créancier lui-même qui est intervenu ! Il a manifesté sa justice pour qu’elle soit un bouclier de protection « sur tous ceux qui croient » (v. 22) au lieu de tomber sur eux implacablement, comme on aurait pu s’y attendre.

C’est à la croix qu’une telle justice a été manifestée !

Mais quel caractère particulier de la Croix de Christ explique une telle justice ? C’est la propitiation. Elle ne nous a pas simplement protégés miséricordieusement des assauts de la justice de Dieu, mais elle l’a fait passer de notre côté.

À la croix, Dieu « a présenté » le Seigneur Jésus « pour propitiatoire par la foi en son sang » (v. 25). Le ‘propitiatoire’ n’est pas la propitiation, c’est le lieu où, selon la loi de Moïse, la propitiation était faite. Nous avons cela en Lévitique 16 qui présente l’ordonnance au sujet des sacrifices offerts le grand jour des propitiations qui avait lieu annuellement, le dixième jour du septième mois. Ce jour-là, le souverain sacrificateur tuait un taureau en sacrifice pour le péché, pour lui-même et sa maison, et un bouc en sacrifice pour le péché, pour le peuple. Le sang de ces deux victimes n’était pas appliqué sur le peuple, mais était porté dans le lieu très saint. Il en était fait aspersion sur le propitiatoire et devant celui-ci, puis sur l’autel de l’holocauste. Ainsi, en type, les exigences de Dieu étaient satisfaites et son caractère était préservé face aux péchés du peuple.

Ce qu’était le propitiatoire dans ce système de types et d’ombres, le Seigneur Jésus l’est dans la grande réalité. Le propitiatoire est le lieu où Dieu rencontrait l’homme (cf. Exo. 25:21-22) et Christ est Celui en qui Dieu s’est rencontré avec les hommes d’une manière et à un niveau inconnus auparavant. Tout est devenu efficace ‘dans son sang’ tout comme le ‘propitiatoire’ n’était effectivement le siège de la grâce qu’à cause du sang répandu, sinon il se serait rapidement révélé être le siège du jugement.

Quel est donc la conséquence de la propitiation de Christ ? Les versets 25 et 26 de Romains 3 montrent que Dieu a été justifié quant à sa façon d’agir avec le péché et avec les pécheurs. Autrefois, il passait par-dessus les péchés de ses saints en anticipant la Croix ; maintenant, au temps de la grâce, il ne fait pas que ‘remettre’ les péchés ou ‘passer dessus’, il justifie positivement ceux qui croient en Jésus. La propitiation étant accomplie, sa justice est pleinement manifestée dans ces deux actions. Qui pourrait remettre cela en question ? Devant la mort de Christ, l’incrédulité peut s’interroger, alors que la foi, même face aux voies de Dieu qui semblaient les plus déroutantes, a toujours dit avec Abraham : « Le juge de toute la terre ne fera-t-il pas ce qui est juste ? »

Maintenant, une telle question ne se pose plus. Il a fait ce qui est juste. Dans l’œuvre propitiatoire de Christ, la justice et la sainteté divines ont été satisfaites au plus haut degré ; toutes les sanctions de la loi ont été respectées et tous les attributs de la nature divine ont été manifestés avec une harmonieuse plénitude.

La conséquence de tout cela est que Dieu se présente maintenant aux hommes universellement comme le Dieu-Sauveur. Le verset 22 de notre chapitre parle de « la justice de Dieu par la foi en Jésus-Christ envers tous et sur tous ceux qui croient... car tous ont péché ». La préposition ‘envers’ indique la portée de ce qui est en jeu, tandis que ‘sur’ indique plutôt ce qui est effectif. La prédication de l’évangile est universelle, parce que le besoin des hommes est universel. L’effet réel de l’évangile est cependant limité à ‘tous ceux qui croient’. L’universalité de ce qu’offre l’évangile est donc fondée sur la propitiation. Dieu ayant été entièrement satisfait en rapport avec le péché et les péchés, les obstacles sont tous ôtés de son côté et il se présente universellement à l’homme comme un Dieu qui pardonne et qui justifie. Pour que l’évangile porte du fruit, les obstacles du côté de l’homme – tels que l’orgueil, l’autosatisfaction et l’incrédulité – doivent être ôtés. Ce n’est que lorsqu’un pécheur vient à la repentance et à la foi en Christ que la justice divine est ‘sur’ lui en bénédiction. La justification appartient à ‘tous ceux qui croient’ et à eux seuls.

‘Substitution’

Cela nous amène au deuxième aspect de la mort expiatoire de Christ. Le mot ‘substitution’ ne se trouve pas dans les Écritures, mais ce qu’il exprime s’y trouve souvent, et même dix fois rien qu’en Esaïe 53. Le verset 5 de ce chapitre le contient quatre fois : « Il a été blessé pour nos transgressions, il a été meurtri pour nos iniquités ; le châtiment de notre paix a été sur lui, et par ses meurtrissures nous sommes guéris. »

La substitution signifie mettre une chose à la place d’une autre. Chacune des quatre clauses de ce verset 5 contient cette idée. Le glorieux ‘Il’ se tient à la place du pauvre ‘nous’. Les transgressions et les iniquités étaient les nôtres ; les blessures et les meurtrissures ont été siennes. Nous avons la paix et la guérison ; Lui a subit le châtiment et les meurtrissures pour nous les acquérir.

Le dernier verset de Romains 4 et le premier verset de Romains 5, nous présente la même vérité, avec une clarté qui était impossible à l’époque de l’Ancien Testament. « Jésus notre Seigneur ... a été livré pour nos fautes et a été ressuscité pour notre justification. Ayant donc été justifiés sur le principe de la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ. » Ici encore, notons le "notre" et le "nous". Lui a été livré à la mort et au jugement, mais c’était pour nos fautes et non pour celles de tous les hommes, bien que, comme propitiation, il ait réglé toute la question du péché afin que l’évangile puisse être offert à tous. Il a été ressuscité pour notre justification – à savoir la justification de tous ceux qui croient – car nous sommes ‘justifiés par la foi’, comme le montre le verset suivant.

En considérant la mort de Christ sous l’angle de la substitution, nous la regardons non pas du côté de Dieu, mais du nôtre. Ce n’est pas la satisfaction du Créancier au sujet du sacrifice de Christ qui est en vue, mais plutôt l’efficacité de l’intervention de Christ au nom des débiteurs et leur acquittement total qui en résulte, sachant que seuls ceux qui croient peuvent Le reconnaitre comme leur substitut.

Une illustration peut nous aider à comprendre les deux aspects.

Il y a des années, une grande publicité a été faite dans la presse pour une promotion d’une célèbre compagnie d’assurance qui offrait des prestations pour presque rien. Tout ce que l’on devait faire était de s’abonner au journal en question auprès d’un marchand de journaux, et de s’inscrire. « Un lecteur inscrit est un lecteur assuré », déclarait l’un des journaux.

« Comme c’est simple ! » aurait-on pu dire, « n’y a-t-il rien d’autre à faire ? » Rien ! Ce qu’il faut dire, c’est que les propriétaires du journal avaient beaucoup fait avant que l’offre ne soit publiée. Les milliers de petites transactions d’inscription ne coûtaient que le timbre postal d’un courrier, mais derrière elles se trouvait la grande transaction que les propriétaires du journal avaient faite avec un chèque de plusieurs milliers de livres en faveur de la compagnie d’assurance qui assumait la responsabilité.

Cette grosse prime d’assurance qui permettait que l’offre soit présentée gratuitement à tous ceux qui achetaient le journal, est une bonne illustration de la propitiation. L’offre du pardon de Dieu est fondée sur le sacrifice propitiatoire de Christ, et sa portée s’étend à tous les hommes.

Lors du paiement de la prime, on ne parlait pas de ceux qui bénéficieraient de la promotion. La question était que la compagnie d’assurance était si satisfaite qu’elle pouvait présenter son offre sur des bases solides.

Le fait de s’inscrire à cette promotion était en revanche purement individuel. Seuls les lecteurs inscrits étaient assurés ; eux seuls pouvaient dire que la prime payée par les propriétaires du journal se substituait à celle qu’ils auraient dû payer s’ils étaient allés vers la compagnie d’assurance pour s’assurer contre des risques similaires. L’inscription du lecteur illustre bien le pécheur qui se tourne vers Dieu avec repentance et foi. Il s’inscrit, pour ainsi dire, dans le grand plan du salut de Dieu. Seul un tel homme peut à juste titre parler de Christ comme le substitut qui a porté ses péchés en Son corps sur le bois.

Nous avons insisté sur ce point, car cette question est très importante. L’évangile ne peut être présenté avec clarté et cohérence que par ceux qui comprennent l’aspect relatif de la propitiation et de la substitution. La propitiation est le grand thème de leur prédication en s’adressant aux hommes en général et la substitution est ce qu’ils enseignent à ceux qui croient. De plus, une bonne appréhension de ces choses contribue à résoudre les difficultés que beaucoup rencontrent en considérant la souveraineté de Dieu et la responsabilité de l’homme, face à l’offre gratuite de la grâce de Dieu.

Quelques-uns dénigrent la propitiation sous prétexte qu’elle réduit Dieu au niveau d’une divinité païenne que l’on garde de bonne humeur par des sacrifices sanglants. Que leur répondre ?

Premièrement, la Bible n’enseigne jamais que Dieu est mal disposé envers nous, tel une divinité mécontente devant continuellement être apaisée par des sacrifices propitiatoires qui feraient changer ses sentiments envers nous. Cela, c’est une conception païenne dépravée. La vérité biblique est : « en ceci est l’amour, non en ce que nous, nous ayons aimé Dieu, mais en ce qu’il nous aima et qu’il envoya son Fils pour être la propitiation pour nos péchés » (1 Jean 4:10). Loin de devoir faire changer son cœur envers nous par un sacrifice propitiatoire, son cœur tourné vers l’homme est la source même de toutes nos bénédictions. Nos péchés avaient nécessité la propitiation ; c’est Lui-même qui a fourni le sacrifice.

Deuxièmement, notons bien qui était la propitiation : « Il envoya son fils ». Celui qui était Dieu est devenu la propitiation ! Ce profond mystère est loin des idées païennes dépravées. La propitiation n’était pas nécessaire pour changer le cœur de Dieu afin qu’Il soit pour nous, elle était au contraire l’expression la plus parfaite de son amour. C’est ce que l’apôtre relève en s’exclamant : « en ceci est l’amour ! »

Si la propitiation était inutile pour changer la disposition de Dieu à notre égard, en quoi était-elle nécessaire ?

Elle l’était à l’égard de Sa sainteté et de Sa justice. Il ne faut jamais oublier que Dieu a la suprématie et gouverne l’univers. S’il autorisait le moindre laxisme moral ou le moindre écart de justice, qui maintiendrait ce qui est juste ? La justice inflexible de Dieu est ce dont quoi tout dépend, sinon l’univers entier sombrerait dans le mal.

Le maintien de la justice et de la sainteté est donc toujours la première des choses pour Dieu, et ce n’est que si leurs exigences sont satisfaites que la bénédiction peut atteindre les pécheurs.

La propitiation répond à toutes ces exigences préalables de manière si complète que la justice, au lieu d’être totalement contre l’homme, est maintenant envers tous (Rom. 3:22). Sur le terrain de la propitiation, la justice tend les bras à tout homme, pour ainsi dire, l’invitant à trouver refuge dans son sein. La propitiation elle-même est le fruit de l’amour de Dieu.

On associe généralement l’idée d’une colère apaisée à la propitiation. Est-ce juste en ce qui concerne Dieu ?

C’est tout à fait juste. La justice et la colère sont étroitement liées ; c’est un fait éternel. La colère donne sanction à la justice et la renforce ; sans elle, la justice serait impuissante. Il en est ainsi parmi les hommes. Un gouvernement, si juste et honnête soit-il, va à la catastrophe s’il n’a pas de pouvoirs et de dispositif pénal pour faire respecter ses décrets.

La justice et la colère sont étroitement liées dans les Ecritures. Romains 1:17-18 en est la preuve.

En présence du péché, la justice de Dieu a de terribles exigences. Dieu a un pouvoir infini ; Il exécutera la colère et la vengeance comme le montre Romains 2:2-9.

Le fait qu’il y ait la propitiation nous permet-il de dire à quiconque que ses péchés sont pardonnés ?

Nous ne pouvons pas dire cela. En revanche, nous pouvons dire à quiconque que Christ est mort pour lui, et lui annoncer le pardon des péchés (Actes 13:38). Nous pouvons le faire parce qu’en tant que propitiation, il s’est donné « en rançon pour tous », il est mort « pour les impies ». Cependant, le pardon des péchés n’est accordé qu’à ceux qui croient, et dont il est le substitut.

Le pardon peut en effet être prêché librement à tous les hommes, mais seuls ceux qui croient sont pardonnés.

La parabole du Seigneur sur les deux débiteurs en Luc 7 semble sous-entendre que Simon, le pharisien incrédule, était autant pardonné que la femme repentante. Est-ce juste ?

Il est dit : « comme ils n’avaient pas de quoi payer, il quitta la dette à l’un et à l’autre » (v. 42). Le mot utilisé ici et traduit par le verbe ‘quitter’ aux versets 42 et 43 signifie faire grâce, tandis que le mot utilisé par le Seigneur aux versets 47 et 48 est le mot habituel pour pardonner ; il signifie renvoyer.

Le créancier de la parabole a été miséricordieux envers les deux débiteurs eu égard à leur situation de faillite, tout comme Dieu, sur le terrain de la propitiation, agit actuellement en grâce envers tous les hommes et leur présente le pardon des péchés par l’évangile.

La femme qui s’est approchée de Jésus avec des larmes de repentance et de foi a eu ses péchés pardonnés. « Tes péchés sont pardonnés » - c’est-à-dire renvoyés, rejetés. Mais cela n’a jamais été dit à Simon le pharisien.

Une affirmation telle que « Christ ayant été offert une fois pour porter les péchés de plusieurs », ne laisse-t-elle pas supposer que Christ n’est mort que pour les élus ?

Un tel passage considère sa mort sous l’angle de la substitution et ne considère que les effets réels de son œuvre parmi les hommes. De ce point de vue, il n’a porté les péchés que de ceux qui croient, les élus.

Un passage similaire dit : « Le Fils de l’homme est venu ... pour donner sa vie en rançon pour plusieurs » (Marc 10:45). Ici encore, il s’agit du résultat réel de sa mort parmi les hommes. Mais il est dit ailleurs : « L’homme Christ Jésus, qui s’est donné en rançon pour tous » (1 Tim. 2:5-6). Ici, c’est le point de vue de la propitiation, il est question de la valeur de sa mort devant Dieu ; il s’agit donc la portée de sa mort pour tous les hommes.

L’enseignement disant que Christ est mort pour tous ne conduit-il pas logiquement au salut universel ?

Si l’enseignement de la Bible était que Christ est mort comme le substitut de tous, le salut universel en serait la conclusion logique ; mais l’enseignement est qu’il est la propitiation pour le « monde entier » (1 Jean 2:2). En reprenant notre exemple, cela n’implique pas plus le salut universel que la grosse prime payée par le journal impliquait l’assurance de tous ses lecteurs.

Chaque lecteur avait reçu l’offre de l’assurance et était éligible, de même que la propitiation implique que le salut est offert à tous et que l’évangile est annoncé universellement. Mais l’assurance effective du lecteur était acquise par son inscription ; le slogan était : « Un lecteur inscrit est un lecteur assuré ». Nous pourrions déclarer de la même façon : « un pécheur croyant et repentant est un pécheur pardonné ». Grâce à Dieu, c’est cela la vérité de l’Evangile.