Le sang et l’eau.
F.B. Hole.
L’apôtre Jean relate un fait historique : un soldat perça le côté de Christ déjà mort avec une lance et « aussitôt il en sorti du sang et de l’eau » (Jean 19:34). Puis l’apôtre s’interrompt, au verset 35, pour attester ce fait en tant que témoin oculaire personnel. Il le fait d’une manière si solennelle que nous pouvons en conclure qu’il y attachait une importance toute particulière, même s’il n’en était plus jamais parlé.
Mais nous ne sommes pas laissés à spéculer, puisque dans sa première épître, le même apôtre revient sur le sujet et complète le récit historique de son Évangile en nous donnant la portée de ce fait (1 Jean 5:6-8). Il dit : « C’est lui qui est venu par l’eau et par le sang, Jésus le Christ, non seulement dans la puissance de l’eau, mais dans la puissance de l’eau et du sang » (v.6) ; puis il parle de l’Esprit, de l’eau et du sang en tant que trois témoins du Fils de Dieu (v.8).
La signification de ces mots n’est pas
évidente à première vue. Deux choses, cependant, sont apparentes.
1. Le sang et l’eau sont liés à la mort de Christ.
2. Bien qu’étroitement liés, ils sont si distincts qu’ils peuvent être
cités séparément comme témoins. Nous devons donc les distinguer
soigneusement.
Nous trouvons dans les Écritures que la purification
est liée au sang et à l’eau, par exemple :
« Le sang de Jésus-Christ, son Fils, nous purifie de tout
péché » (1 Jean 1:7).
« Afin qu’Il la sanctifiât en la purifiant par le lavage d’eau par
la Parole » (Eph. 5:26).
Essayons de bien distinguer les deux purifications mentionnées. De façon générale, on peut dire qu’elles sont liées aux deux grands effets du péché : à savoir sa culpabilité et sa souillure.
Le sang nous présente la mort expiatoire de Christ, qui efface notre culpabilité et nous apporte le pardon. Nous sommes de ce fait purifiés judiciairement.
L’eau nous présente la même mort, mais plutôt sous le côté où notre état de péché a été jugé et a pris fin. Nous sommes délivrés de notre ancienne condition et de nos associations dans lesquelles nous vivions autrefois. De ce fait, nous sommes purifiés moralement et le pouvoir du péché sur nous est brisé.
Dans l’hymne « Rock of Ages »,
le poète a écrit avec raison :
« Que l’eau et le sang, coulant de ton côté percé
« Soient du péché le double remède,
« Me purifiant de sa culpabilité et de son pouvoir.
Les vertus et la puissance du sang de
Christ sont exposées en Hébreux 9 et 10. Le grand thème de ces chapitres est
l’efficace de ce sang, en contraste avec l’inefficacité du sang des taureaux et
des boucs. Nous y trouvons :
1. Le sang de Christ purifie la conscience du pécheur des œuvres mortes
pour servir le Dieu vivant (Héb. 9:14).
2. Il a ôté les transgressions des saints d’autrefois, accumulées depuis
des siècles sous la première alliance, c’est-à-dire la Loi (Héb. 9:15).
3. Il a ratifié une nouvelle alliance de grâce (Héb. 9:15-18).
4. Il a ôté les péchés du croyant et posé les bases de l’abolition du
péché dans sa totalité (Héb. 9:22, 26).
5. Pour la foi, il a tout fait si complètement, qu’une fois purifiée, la
conscience du croyant est libérée à jamais quant à la question judiciaire de
ses péchés (Heb. 10:2).
6. Le croyant a donc la liberté d’entrer dans la présence même de Dieu
(Héb. 10:19).
7. Il a sanctifié (mis à part pour Dieu) une fois pour toutes le croyant
(Héb. 10:10, 29).
Gardons à l’esprit que le grand sujet ici est l’accès à Dieu du croyant, en vertu du sang de Christ. Sa purification judiciaire est parfaite, par cette seule offrande qui n’a pas besoin d’être répétée. D’où l’expression « une seule », « une fois » (cf. Héb. 9:12, 26, 28 ; Héb. 10:2, 10, 12, 14) qui caractérise ces chapitres. Elle revient sept fois, pour que nous n’oubliions pas la pleine suffisance et la gloire particulière du sang précieux de Christ.
Mais si la purification judiciaire par le sang est le grand thème de ces chapitres, la nécessité d’une purification morale n’est pas oubliée. Nous nous approchons de Dieu en ayant non seulement « les cœurs par aspersion purifiés d’une mauvaise conscience », mais « le corps lavé d’eau pure » (Héb. 10:22). Cela fait sans aucun doute allusion à la consécration d’Aaron et de ses fils à la fonction sacerdotale, rapportée en Exode 29. Ils ont été lavés avec de l’eau (v. 4) et le sang a été mis sur eux (v. 20). C’était l’ombre de la réalité que nous avons : la mort de christ. Celle-ci opère de deux façons : le sang nous purifie judiciairement et nous donne une position parfaite devant Dieu ; l’eau nous purifie moralement, en ôtant l’ancienne vie dans laquelle nous vivions et en nous amenant dans une vie nouvelle.
Dans la nature même des choses, cette purification morale par l’eau doit être maintenue ; la notion de répétition convient donc pour celle-ci. Nous le retrouvons dans le type. Lors de leur consécration, Aaron et ses fils ont été lavés de la tête aux pieds avec de l’eau ; cela n’a pas été répété, mais une cuve a été placée pour que les sacrificateurs s’y lavent les mains et les pieds (Exo. 30:17-21). L’instruction était claire : « Quand ils entreront dans la tente d’assignation, ils se laveront à l’eau afin qu’ils ne meurent pas. »
En passant du type à l’antitype, nous avons la même pensée. Dans la chambre haute à Jérusalem, probablement juste avant d’instaurer la cène, le Seigneur Jésus s’est ceint d’un linge et, versant de l’eau dans un bassin, s’est mis à laver les pieds de ses disciples (Jean 13). La réticence de Pierre est l’occasion pour le Seigneur de présenter la vérité selon laquelle un tel lavage est nécessaire si l’on veut jouir de la communion avec Lui dans sa position céleste. « Si je ne te lave pas, tu n’as pas de part avec moi » (v. 8). L’enthousiasme soudain de Pierre conduit le Seigneur à dire : « Celui qui a tout le corps lavé [ou baigné] n’a pas besoin de se laver les pieds ; mais il est tout net » (v. 10).
Ici, les deux sens avec lesquels la purification par l’eau est présentée dans les Écritures sont soigneusement distingués. La mort de Christ nous a purifiés de notre ancienne vie une fois pour toutes – nous avons été entièrement lavés, mais nous avons néanmoins besoin de l’application de cette mort à notre âme jour après jour. Sans cela, nous ne pouvons pas nous approcher du sanctuaire ni avoir de « part avec » Christ.
Avec ces pensées devant nous, nous pourrions revenir aux paroles de 1 Jean 5 citées au début et y trouver une signification plus profonde.
Jésus Christ, le Fils de Dieu, est venu par l’eau et par le sang ; sa venue était caractérisée par ces deux choses. Pourquoi l’Esprit de Dieu relève-t-il spécialement ce point en disant : « Non seulement dans la puissance de l’eau, mais dans la puissance de l’eau et du sang. » ? Ne serait-ce pas à cause de la tendance actuelle croissante – qui mûrit rapidement vers l’apostasie – d’enseigner que Christ n’est venu que par l’eau ? Beaucoup disent qu’Il est venu pour purifier l’homme moralement en plaçant devant lui les idéaux les plus élevés et en les vivant Lui-même pour nous motiver ; Il est venu pour être un trait d’union entre Dieu et l’homme. Une telle théorie ignore avec mépris la pensée de l’expiation.
Prévoyant cette erreur funeste, l’Esprit dit : « non seulement dans la puissance de l’eau, mais dans la puissance de l’eau et du sang ». Non seulement par la purification morale, mais par la purification morale ET l’expiation du péché. C’est l’Esprit qui témoigne et « l’Esprit est la vérité ».
Il y a ainsi trois témoins, l’Esprit, l’eau et le sang : l’Esprit, le Témoin vivant, qui agit et parle ; l’eau et le sang, deux témoins silencieux ; tous trois sont d’accord. Ils témoignent que Celui qui est venu de cette manière est le Fils de Dieu, la Fontaine de la vie éternelle, et qu’en Lui, la vie éternelle est nôtre, nous qui croyons au nom du Fils de Dieu.
Grâce à Dieu, nous pouvons proclamer avec ferveur, que lorsque le soldat a transpercé Son côté avec sa lance, « aussitôt il en sortit du sang ET de l’eau ! »
Le ministère de Christ, les moqueries et la flagellation qu’il a subies de la part des hommes, n’ont-ils pas une part dans l’expiation des péchés ?
Non, les Écritures disent clairement : « Lui-même a porté nos péchés en son corps sur le bois » (1 Pierre 2:25). Le salaire du péché n’est rien moins que la mort. Il est parfois avancé que Romains 5:19 enseigne le contraire : « Par l’obéissance d’un seul, plusieurs seront constitués justes ». Mais une lecture attentive de tout le passage (v. 12 à 21), montre qu’il confirme exactement ce que Pierre a écrit. Paul oppose les deux chefs de race, Adam et Christ – le péché de l’un avec le train de désastre qui s’ensuit ; la justice et l’obéissance de l’autre avec son train de bénédictions. Il est question de la « seule faute » et de la « seule justice ». La seule justice de Christ était son obéissance jusqu’à la mort.
Si le sang nous purifie de tout péché, à quoi sert l’eau ?
Répondons à cette question en en posant une autre. Ne pensez-vous pas avoir autant besoin d’être purifié de l’amour du péché que de la condamnation du péché ? Il y a un grand besoin de « l’eau », un besoin criant que les chrétiens détestent le péché comme Dieu le déteste.
Quant à la purification quotidienne dont parle la cuve d’airain, n’en avons-nous pas besoin dans ce monde souillé ? N’avons-nous pas beaucoup de choses à supprimer personnellement, sans parler des influences subtiles de ce monde qui nous affectent souvent insensiblement ? Tout chrétien ayant une conscience sensible sera sûrement d’accord que nous en avons besoin.
N’est-ce donc pas scripturaire, d’avoir affaire au sang pour la purification quotidienne ? Il est dit « purifie » en 1 Jean 1:7.
Dans les Écritures, nous ne trouvons nulle part que la purification par le sang de Christ doit être répétée quotidiennement. L’argument disant que le verbe purifier est au présent en 1 Jean 1:7 n’est pas valable. Le verbe est au présent pour indiquer la propriété inhérente du sang précieux. Dans le langage courant nous utilisons aussi le présent en parlant de généralités. Prenons l’exemple de quelqu’un qui expose un sac de chaux vive à la pluie, en disant : « La pluie s’en occupera. L’eau éteint la chaux. » Il ne veut pas dire qu’à chaque fois qu’il va pleuvoir l’eau va réagir avec la chaux, car la chaux ne peut être éteinte qu’une seule fois ; il a juste fait référence à la propriété bien connue de l’eau sur la chaux, une propriété valable tout le temps et partout.
C’est ainsi que l’apôtre parle en 1 Jean 1:7.
En revanche, les Ecritures mentionnent que les lavages par l’eau sont répétés ; et si nous insistons sur cette distinction, ce n’est pas pour une simple précision théologique. Enseigner que nous devons répéter de nouvelles applications du sang déshonore le sang de Christ, et replace le saint dans la position de pécheur pour qu’il répète sans cesse le processus de purification et de justification.
La vérité est que « par une seule offrande, il a rendu parfait à perpétuité ceux qui sont sanctifiés » (Héb. 10:14). Retenons-le fermement.
Parlons un peu plus de cette purification quotidienne par l’eau. Comment se fait-elle ?
Par la Parole. L’eau et la Parole sont clairement liées dans le passage « afin qu’il la sanctifiât en la purifiant par le lavage d’eau par la Parole » (Éph. 5:26).
C’est la Parole de Dieu qui rappelle à nos âmes la puissance et la richesse spirituelle de la mort de Christ. Le péché est révélé dans toute son horreur, et nos affections en sont purifiées. « Comment un jeune homme rendra-t-il pure sa voie ? Ce sera en y prenant garde selon ta parole » (Ps. 119:9).
Nous oublions souvent cet effet de purification de la Parole de Dieu, alors que nous sommes peut-être avides d’en avoir une meilleure connaissance textuelle.
Un jour, une croyante se plaignait auprès d’un croyant âgé plus mûr, de sa difficulté à se rappeler les points de l’enseignement chrétien qu’elle avait écouté. Il la pria de lui rapporter de l’eau avec une passoire. Elle ne pouvait ramener que quelques gouttes à chaque fois, mais il lui montra qu’à chaque fois, la passoire était toujours plus propre !
Arrêtons-nous beaucoup sur la Parole de Dieu. Il est possible que nous ne soyons jamais profondément versé dans les Ecritures - c’est une considération secondaire - nos vies et nos voies en seront en tout cas purifiées.
En Jean 3, il est question d’être né d’eau. Y a-t-il un lien entre cela et ce dont nous parlons, ou s’agit-il du baptême ?
C’est lié à ce dont nous parlons. Par l’eau de la Parole appliquée par la puissance du Saint-Esprit de Dieu, nous naissons de nouveau et possédons une vie nouvelle et une nouvelle nature entraînant la condamnation de l’ancienne. C’est, en type le lavage initial de la tête aux pieds des sacrificateurs (cf. Exo. 29:4 et Jean 13:10).
Il ne s’agit pas du baptême. C’est évident en lisant attentivement le passage : (1) le Seigneur ne parle que d’une nouvelle naissance ; (2) qu’elle est « d’eau et de l’Esprit », l’eau est le moyen, l’Esprit est la puissance ; (3) le Seigneur dit expressément qu’elle est indéfinissable et que l’homme n’en contrôle rien (v. 8). Le baptême, en revanche, est bien défini et c’est l’homme qui en a le contrôle. Par conséquent, ce n’est pas ce dont parle ce passage.
Est-ce seulement quand nous péchons que nous avons besoin d’eau ?
Nous en avons besoin quand nous avons péché, mais aussi parce que nous sommes dans un monde de souillures. Elle est nécessaire si nous voulons adorer, être en communion avec Dieu, et le servir. En Nombres 19, nous trouvons en type l’eau comme purification du péché ; en Exode 30:17-21, nous avons en type l’eau supprimant toute souillure terrestre en vue de s’approcher de Dieu dans le sanctuaire, sans qu’il y ait référence à des péchés effectifs. Dans le Nouveau Testament, Jean 13 est plus lié à ce dernier aspect qu’au précédent.
Combien nous dépendons non seulement du sang, mais de l’eau !