Sécurité et Sainteté.
F.B. Hole
Quand Dieu a appelé Israël hors d’Egypte, Il a commencé par mettre son peuple à l’abri du jugement, par le sang de l’agneau immolé puis il a sanctifié les premiers-nés qui avaient été protégés. Exode 12 donne des détails sur la mise à l’abri du sang, et Exode 13 commence par la sanctification : « Sanctifie-moi tout premier-né ».
C’est le type dans l’Ancien Testament. Dans le Nouveau Testament, la protection et la sanctification sont à nouveau liées. En Jean 17, par exemple, le Seigneur Jésus parle de la protection des siens. Quant au passé, il dit : « j’ai gardé ceux que tu m’as donnés ». Pour l’avenir, il prie son Père en disant : « Père saint, garde-les en ton nom » (v. 11, 12). Immédiatement après, il prie pour leur sanctification (v. 17, 19).
Ces versets nous montrent que la pensée de Dieu est de mettre le croyant en sécurité et de le sanctifier. Cependant, ne lions pas notre sécurité à notre croissance dans la grâce, ne les séparons pas non plus pour en faire des bénédictions séparées par des années d’expérience. Pour comprendre la relation correcte entre être mis en sécurité et être sanctifié, nous devons connaître la signification biblique de ces termes et ce de quoi ils dépendent.
Il n’est pas difficile de savoir ce que signifie « sécurité ». Pour « sanctifié », il peut en être autrement. Peu de mots dans les Écritures sont plus incompris que celui-ci.
Pour certains, sanctification
est synonyme de « bigoterie ». Ce n’est ni cela ni « devenir
très saint ». La signification première
de sanctifier est de mettre à part - quitter un état initial pour être
mis au service de Dieu. Par exemple :
« Tu oindras l’autel ... et sanctifieras l’autel
... tu oindras la cuve ... et le sanctifieras » (Ex. 40:10, 11).
« Je [Jésus] me sanctifie moi-même » (Jean
17:19).
« Sanctifiez le Seigneur le Christ dans vos
cœurs » (1 Pierre 3:15).
Dans quel sens un objet en bois ou en métal est-il sanctifié ? Il ne peut pas être rendu saint au sens ordinaire du mot. Les objets inanimés n’ont pas d’esprit ou de personnalité. Ils peuvent toutefois être solennellement réservés à un usage divin. Moïse a ainsi mis à part l’autel et la cuve, et ils ont ainsi été sanctifiés ou rendus saints, selon le sens biblique de ce terme.
Comment concevoir que Dieu lui-même ou le Seigneur Jésus soit sanctifié, eux devant qui les anges se couvrent la face en criant : « Saint, Saint, Saint est l’Eternel des armées » ? Dans ce même sens, le Seigneur Jésus seul s’est mis à part dans le ciel pour nous ; et nous pouvons mettre Dieu lui-même à part dans nos cœurs, en lui donnant toujours cette place de suprématie et d’honneur qui lui revient.
De même, lorsqu’il s’agit de nous, croyants, la sanctification a cette signification première. En Exode 13:2, déjà cité, Dieu revendique pour lui-même ceux qu’il a mis à l’abri du sang ; c’est cela la sanctification. Nous sommes ainsi séparés, ou mis à part, pour le plaisir et le service de Dieu.
Cependant, pour nous, la sanctification a deux aspects. Le premier, absolu, concerne notre position – Dieu nous met à part, c’est le point de départ de notre vie chrétienne. Le second, progressif, concerne notre vie pratique – ce travail s’approfondit tout au long de notre chemin sur la terre.
Les versets qui parlent de la sanctification du croyant comme une chose faite, ont naturellement le premier sens. Par exemple, Paul, dans la première épître aux Corinthiens, écrit aux « sanctifiés dans le Christ Jésus » (1 Cor. 1:2). Il dit encore : « Mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus et par l’Esprit de notre Dieu » (1 Cor. 6:11). Ces paroles sont frappantes, car les chrétiens de Corinthe étaient à bien des égards très blâmables. Ils n’avaient pas encore bien avancé dans la sainteté pratique, mais l’apôtre n’hésite pas à leur rappeler qu’au nom du Seigneur Jésus et par l’Esprit de Dieu, ils avaient été sanctifiés aussi véritablement qu’ils avaient été lavés et justifiés. Ils ont été mis à part pour Dieu.
En Hébreux 10, il est dit : « Par une seule offrande, il a rendu parfaits à perpétuité ceux qui sont sanctifiés » (v. 14). Qui sont ces sanctifiés ? Des croyants ayant atteint un niveau spécial de sainteté ? Non, ce sont tous des chrétiens sans distinction ni classe - mis à part pour Dieu en vertu du seul sacrifice de notre Seigneur Jésus-Christ.
Mais il y a d’autres versets où la sainteté est présentée comme un objectif à atteindre et à désirer. Il est dit : « C’est ici la volonté de Dieu, votre sainteté » (1 Thess. 4:3) ; « Le Christ a aimé l’assemblée et s’est livré lui-même pour elle, afin qu’il la sanctifiât, en la purifiant » (Éph. 5:25, 26) ; « Si donc quelqu’un se purifie de ceux-ci, il sera un vase à honneur, sanctifié, utile au Maître » (2 Tim. 2:21).
Dans ces versets, bien que la sanctification ait toujours le sens premier de « mettre à part », elle est clairement considérée comme ce que Dieu attend de son peuple ; comme ce que Christ fait pour son église, aujourd’hui - non pas : a fait ; et comme ce que nous devons rechercher individuellement et qui, au lieu d’être déjà nôtre par la grâce de Dieu, sera nôtre si nous répondons aux instructions divines. En un mot, c’est la sainteté pratique et progressive.
Voyons maintenant de quoi dépendent ces choses ? Dans l’Écriture, notre sécurité est toujours liée à la valeur infinie de l’œuvre expiatoire de Christ et à son pouvoir de nous garder. Notre sainteté pratique après la conversion, aussi importante soit-elle, à sa place, n’y apporte rien. Dans cette nuit tragique, en Égypte, aucun fils aîné n’aurait été épargné si le chef de la famille avait collé, au linteau de la porte, un papier rappelant les excellences de son fils ou ses progrès en sainteté. La sécurité de tous les premiers-nés épargnés ne dépendait que de l’aspersion du sang et de rien d’autre. Il en est ainsi pour nous. Notre sécurité, notre pardon et notre justification dépendent entièrement du sang précieux de Christ. Nous sommes pardonnés « par son nom » (Actes 10:43), nous sommes justifiés « par son sang » (Romains 5:9).
Mais de quoi dépend la sanctification ? Quant à notre position, elle est fondée sur l’œuvre de Christ. Nous sommes sanctifiés par sa seule offrande. Elle dépend aussi du Saint-Esprit. Nous sommes « élus ... en sainteté de l’Esprit » (1 Pierre 1:2). Nous sommes nés de nouveau par l’Esprit et en croyant à la vérité, nous sommes finalement scellés par ce même Esprit. En vertu de tout cela, nous sommes mis à part pour Dieu.
Quant à l’aspect pratique et progressif, la sainteté dépend de la vérité. « Sanctifie-les par ta vérité ; ta parole est la vérité » (Jean 17:17). Par conséquent, la sainteté d’Éphésiens 5:26 est « par la Parole ». Ceci étant, il est facile de voir que la diligence et la disposition de cœur à se retirer de l’iniquité sont indispensables pour cela. « Marchez par l’Esprit, et vous n’accomplirez point les convoitises de la chair » (Gal. 5:16). Christ est devant nous comme notre objet et nous sommes amenés sous l’influence de la vérité de la Parole ; nous sommes ainsi pratiquement séparés pour Dieu en esprit et dans nos affections. Cette sanctification pratique se poursuit tous les jours de notre pèlerinage.
Si nous déconnectons sécurité et sainteté, les gens ne penseront-ils pas qu’ils peuvent être sauvés tout en continuant à vivre comme ils veulent ?
Nous ne les déconnectons pas, loin de là. L’Ecriture montre clairement que Dieu sépare pour lui-même ceux qu’Il met à l’abri du jugement. Il est tout simplement impensable pour l’esprit chrétien que quelqu’un soit mis à l’abri et laissé dans le monde sous la puissance du péché. Seul un incrédule peut avoir une telle pensée.
Nous ne les déconnectons pas mais nous les distinguons, car les Écritures le font. Malheureusement, certains confondent ces deux choses. Ils désirent tellement que nous soyons humbles et marchions dans un chemin droit, qu’ils voudraient nous faire croire que notre sécurité dépend du niveau de notre sainteté pratique.
En est-il ainsi ? Notre mise à part est-elle si incertaine qu’il nous faille rester dans une dangereuse incertitude pour ne pas la mettre en péril ? Prenons une image. Faut-il terrifier les petits enfants pour qu’ils se conduisent bien ? Est-ce la seule méthode, ou la meilleure, pour y arriver ? Sinon, pourquoi Dieu traiterait-Il ses enfants de cette façon ? En vérité, toute bonne conduite découle du fait de savoir que nous sommes mis à l’abri et de comprendre que nous sommes séparés pour Dieu.
Le progrès dans la sainteté pratique améliore-t-il le titre du croyant pour avoir une place au ciel ?
Pas du tout, mais sans la sainteté, nul ne verra le Seigneur. A la fin d’une vie zélée, marquée par un si haut niveau de sainteté pratique et de dévouement, l’apôtre Paul écrit : « déloger et être avec Christ, cela est de beaucoup meilleur » (Phil. 1:23). Au brigand mourant, tout juste converti, qui avait peu d’heures de sainteté pratique à son actif, Jésus dit : « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis » (Luc 23:43).
Lequel des deux avait la plus grande perspective d’aller au ciel et d’être avec Christ ? Paul ? Non, ils avaient la même perspective, et elle était aussi sûre et ferme que l’œuvre de Christ et la sûre Parole de Dieu pouvaient la rendre.
L’aptitude pour le ciel n’est pas ce à quoi le croyant travaille – il est apte dès le début de sa course. Nous rendons grâce au Père « qui nous a rendus capables de participer au lot des saints dans la lumière » (Colossiens 1:12). Notons bien : « nous a rendus » ! C’est quelque chose qu’Il a fait et non pas qu’Il fait.
Les progrès dans la sainteté pratique améliorent cependant notre aptitude pour la terre ! Nous sommes ainsi rendus beaucoup plus capables de prendre notre place en tant que témoins et serviteurs de Christ dans ce monde.
Quand a lieu cette sainteté progressive ou pratique ? L’obtenons-nous par un acte de foi ?
Personne ne peut dire qu’à tel jour ou telle heure, « il a été sanctifié pratiquement », sinon, comment serait-ce progressif ? Nous ne sommes pas non plus sanctifiés pratiquement par un acte de foi. Il faut bien sûr la foi dans le fait que nous sommes mis à part par Dieu pour Lui-même. La foi n’est pas un acte auquel nous parvenons par une sorte d’effort suprême. La foi agit vraiment, mais de façon constante et continue. Avoir cru, c’est bien, mais il faut continuer à croire !
En nous laissant guider par les Écritures, nous apprenons que la vérité sanctifie et que la parole de Dieu est la vérité (Jean 17:17). De plus, l’Esprit de Dieu sanctifie. Il est la puissance sanctifiante, car c’est lui qui nous guide dans toute la vérité (Jean 16:13). La vérité nous présente Christ, elle dévoile sa gloire à notre âme et, comme nous le voyons par la foi, nous sommes transformés à son image, de gloire en gloire (2 Cor. 3:17-18). C’est la sanctification progressive !
Quand est-ce qu’un chrétien a le droit de se dire sanctifié ?
Chaque vrai croyant est sanctifié. Il peut être dit de chacun : « Vous êtes de lui dans le Jésus-Christ, qui nous a été fait sagesse de la part de Dieu, et justice, et sainteté, et rédemption » (1 Cor. 1:30). En sorte que, si vous êtes vraiment converti et « dans le Christ Jésus », vous pouvez dire que vous êtes saints avec autant d’assurance que vous dites que vous êtes racheté.
Si, toutefois, cette question concerne la sainteté pratique, la réponse est : jamais ! Ceux qui manifestent le plus de sainteté, autrement dit qui ressemblent le plus à Christ, sont les derniers à le dire. Ce qui remplit leurs âmes, c’est Christ, et non leur sainteté pratique. Comme Paul, ils poursuivent l’excellence de la connaissance du Christ Jésus leur Seigneur (cf. Phil. 3:8), et s’ils parlent d’eux-mêmes, c’est pour dire : « Non que je sois déjà parvenu, à la perfection » (Phil. 3:12).
Dans les Écritures, il est question de croyants entièrement sanctifiés. De tels croyants ne sont-ils pas parfaits et hors d’atteinte des tentations ?
Ceux qui ne regardent pas le
contexte des expressions bibliques, pensent parfois qu’être sanctifié
entièrement, c’est avoir la vieille nature éliminée entièrement. Un coup d’œil sur le passage nous aidera toutefois à saisir
le sens de ces mots. Il dit ainsi :
« Abstenez-vous de toute forme de mal. Or le Dieu
de paix lui-même vous sanctifie entièrement ; et que votre esprit, et
votre âme, et votre corps tout entier, soient conservés sans reproche en la
venue de notre Seigneur Jésus-Christ » (1 Thess. 5:22-23).
L’apôtre Paul désirait, pour chacun de ces croyants, que leur être tout entier soit mis pratiquement à part pour Dieu. Chacune des trois parties qui composent un homme - esprit, âme et corps - devait être affectée, au point de ne pas être seulement séparés du mal, mais aussi de toute forme de mal. Ce devrait être aussi l’objet de notre désir sincère. Mais « si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous » (1 Jean 1:8). Il va sans dire que si l’ancienne nature n’est pas éradiquée, aucun croyant ne peut dire qu’il est parfait ou hors de portée de toute tentation.
Pourquoi la Bible insiste-t-elle autant sur cette sanctification absolue de position que possède tout croyant ? Quel avantage pratique en retirons-nous ?
C’est de la plus haute importance. La loi propose un idéal qu’il faut s’efforcer d’atteindre. Les voies de Dieu en grâce nous montrent ce que nous SOMMES, par son choix souverain, afin que nous soyons conséquents.
Prenons une allégorie. Deux garçons naissent le même jour : l’un est le fils d’un roi, mis à part, par naissance, pour de hautes fonctions ; l’autre est le fils d’un pauvre homme. Pourquoi le jeune prince porte-t-il toujours sur lui qu’il est fils du roi ? En a-t-il un avantage pratique ? Bien sûr. Les deux garçons peuvent arpenter les mêmes rues, mais leur vie pratique et leur façon de se comporter sont très différentes. Puisque par naissance le prince est absolument mis à part pour des fonctions royales, il se tient pratiquement à l’écart des choses vulgaires.
Il doit toujours en être ainsi pour nous. Nous ne pouvons jamais trop nous rappeler que nous avons été mis à part pour Dieu par l’œuvre de rédemption de Christ, par le travail de l’Esprit et son habitation en nous. C’est ce qui conduit à une vie de sainteté.